Apprendre à reprogrammer le cerveau

  • Forum
  • Le 17 mars 2014

  • Dominique Nancy

Après un AVC, il existe, disent les chercheurs, une fenêtre au cours de laquelle les interventions sont le plus efficaces. Le temps est un facteur tout à fait crucial. (Photo: iStockphoto)On a longtemps pensé que les lésions de la moelle épinière et les accidents vasculaires cérébraux (AVC) avaient des conséquences irréversibles sur la motricité et les perceptions sensorielles des patients.

 

Mais des soins en réadaptation permettent aujourd'hui d'entraîner des changements dans les connexions nerveuses qui aident ces personnes à recouvrer une partie de leurs fonctions sensorielles et motrices.

« Le cerveau possède une qualité précieuse : la plasticité. De sorte que, à l'intérieur du système nerveux, les structures survivantes se réorganisent lorsque les interventions sont faites au bon moment », explique Serge Rossignol, professeur au Département de neurosciences de l'Université de Montréal mondialement connu pour ses travaux sur le rôle de la moelle épinière dans le contrôle de la locomotion.

Mais comprendre les mécanismes de récupération et les effets du traitement sur la réorganisation du cerveau est complexe. C'est pourquoi le 36e symposium international du Groupe de recherche sur le système nerveux central (GRSNC) aura pour thème la réadaptation sensorimotrice et réunira des spécialistes de la recherche fondamentale et du milieu clinique qui travaillent auprès de personnes atteintes de lésions de la moelle épinière ou du cerveau.

« Rapprocher les cliniciens et les chercheurs revêt une importance fondamentale pour le bien-être de ces patients », estime M. Rossignol. Il est, avec les professeurs Numa Dancause, du Département de neurosciences, et Sylvie Nadeau, de l'École de réadaptation, l'un des organisateurs de cette rencontre, qui aura lieu les 12 et 13 mai à l'UdeM.

Une vingtaine de sommités, dont Eberhard E. Fetz, pionnier dans l'élaboration des prothèses neuronales, seront présentes au symposium organisé en collaboration avec l'Équipe de recherche en réadaptation sensorimotrice (ERRSM).

Sylvie Nadeau, Serge Rossignol et Numa DancauseIssus d'une quinzaine d'universités, d'hôpitaux et de centres de réadaptation des quatre coins du monde, les experts présenteront des communications qui s'articulent autour de deux axes: les lésions de la moelle épinière et les AVC. Un jour entier sera consacré à chaque problématique.

Les sujets abordés iront de l'évaluation des déficits aux essais cliniques en cours, en passant par des thèmes d'actualité tels que la plasticité cérébrale chez des modèles animaux et l'être humain ainsi que l'utilisation de nouvelles technologies comme la réalité virtuelle pour améliorer l'intégration de l'information sensorielle.

« Pour chacun des axes, de nouvelles avenues de traitement seront discutées », signale Numa Dancause. Des thérapies qui semblent tout droit sorties d'un film de science-fiction. « Les stimulateurs implantés dans le cortex de personnes ayant subi un AVC sont prometteurs, précise le chercheur, car ils permettent d'accroître la récupération chez les modèles animaux. »

Dans un avenir relativement rapproché, il est également possible que le traitement des patients soit adapté en fonction de l'emplacement et de l'étendue de la lésion. Des technologies de pointe pourraient aussi être utilisées pour favoriser la plasticité qui soutient la récupération fonctionnelle.

Au cœur de la moelle épinière et du cerveau

Des approches novatrices de l'ERRSM, dont font partie les professeurs Rossignol, Nadeau et Dancause, ont déjà fait leurs preuves. « On se sert par exemple de tapis roulants à double courroie pour amener les patients à marcher avec les deux jambes à différentes vitesses et ainsi mieux maîtriser le problème d'asymétrie fréquent chez ceux ayant une blessure à la moelle épinière ou des séquelles d'un AVC », indique Mme Nadeau, qui codirige le Laboratoire de pathokinésiologie du Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation, situé à l'Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal.

Les diverses approches et technologies employées par les membres de l'ERRSM visent à stimuler le système nerveux central afin qu'il élabore de nouvelles stratégies ou apprenne à optimiser les fonctions restantes.

Lorsqu'une personne fait un petit AVC, souligne M. Rossignol, le cerveau peut récupérer de lui-même sans thérapie particulière. Mais quand un AVC plus important survient, il peut causer des dégâts plus étendus et engendrer des déficits. Le cerveau doit alors choisir entre deux options pour tenter de retrouver ses fonctions perdues : utiliser les aires voisines non touchées dans l'hémisphère lésé ou recourir à l'autre hémisphère, resté indemne.

« Un des facteurs déterminants est le temps », dit Numa Dancause. Ce chercheur, dont les travaux ont contribué à notre compréhension des mécanismes favorisant la récupération après un AVC, a conçu un modèle animal pour notamment tester les effets du délai entre la lésion et le début du traitement sur la récupération. « Il y a une fenêtre où les interventions sont le plus efficaces, fait remarquer le professeur, qui présentera son modèle à l'occasion du symposium. Une fois que le mauvais mécanisme est enclenché, c'est plus compliqué de revenir en arrière. »

Des conférenciers de renom

Par la qualité des conférenciers, dont la plupart ont publié dans des revues majeures comme Nature et Sciences, le symposium du GRSNC constituera un point de repère pour les études en neurosciences et en réadaptation, selon Sylvie Nadeau. « La rencontre permettra de faire le bilan des acquis, d'explorer des domaines nouveaux et, surtout, d'élaborer de meilleures approches thérapeutiques », fait-elle valoir.

Outre les conférences des invités de renom, de nombreuses communications par affiches seront présentées au cours des deux journées. Les jeunes chercheurs pourront ainsi faire connaître les résultats de leurs travaux et établir des relations avec les spécialistes étrangers et du Québec.

Parmi les chercheurs du Québec qui seront au rendez-vous, il faut mentionner Joyce Fung, de l'Hôpital juif de réadaptation de Laval, et Carol Richards, du Centre de recherche interdisciplinaire en réadaptation et intégration sociale de Québec.

On peut consulter la programmation complète du symposium et obtenir les dates de tombée pour les sommaires et inscriptions sur le site du GRSNC : www.grsnc.umontreal.ca.

Dominique Nancy