Plongez du bout des doigts dans 300 lacs des Laurentides

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  • Le 17 mars 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Le lac des Sables, à Sainte-Agathe-des-MontsUn seul clic suffit pour accéder gratuitement aux fiches de 300 lacs de l'Atlas des lacs des Laurentides, qui vient d'être mis en ligne par le Conseil régional de l'environnement des Laurentides (CRE-Laurentides), en collaboration avec le biologiste Richard Carignan, de l'Université de Montréal.

 

Par exemple, on apprend en quelques minutes que l'eau du lac Connelly, dans la municipalité de Saint-Hippolyte, a une transparence de 4,1 m et une concentration en phosphore de 2,8 microgrammes par litre (?g/l), de même qu'une concentration moyenne en chlorophylle de 2,7 ?g/l. C'est un lac de 1,24 km2, qui compte 9,5 millions de mètres cubes d'eau. La profondeur moyenne du lac est de 7,7 m et l'eau prend 0,68 année à se renouveler. Cela en fait un lac à risque d'eutrophisation. « Le lac Connelly a beaucoup souffert de l'activité humaine amenée par la villégiature, mentionne Richard Carignan. Mais si on s'y prend bien, et avec patience, son état de santé pourrait s'améliorer sensiblement. »

Pour le biologiste, ce lac ainsi qu'une dizaine d'autres dans l'échantillon présentent des caractéristiques inquiétantes sur le plan de la qualité des eaux. Mais « 95 % des lacs sont en bonne santé », estime-t-il, preuve que l'activité humaine n'est pas incompatible avec la préservation de l'environnement.

Richard Carignan« Cet atlas donne toute l'information pertinente pour permettre une saine gestion de nos ressources, indique Anne Léger, directrice générale du CRE-Laurentides, qui travaille à ce projet depuis un an. Notre région connaîtra la plus importante croissance démographique du Québec. Il ne faudrait pas que cette urbanisation se fasse au détriment de la qualité de l'environnement. »

Mme Léger tient à rendre hommage au chercheur, qui a consacré d'innombrables heures de travail bénévole à la réalisation de cet outil où les renseignements abondent. En plus des cartes bathymétriques des lacs – qu'il a fallu créer de toutes pièces –, on trouve les coordonnées des associations de résidants, les lois en vigueur et les documents qui s'y rapportent. Sur la page du lac Connelly, en plus des données scientifiques sur la qualité de l'eau, on peut voir des images aériennes du lieu datant de 1931, 1964, 1983 et 2001.

Le site en ligne pourra s'enrichir d'informations additionnelles.  Rien n'empêcherait d'y ajouter une rubrique historique ou culturelle sous laquelle pourraient être regroupées des photos d'époque déposées par les internautes. Les gens qui ont bâti des chalets dans le pays du curé Labelle ont accumulé de précieux souvenirs familiaux qu'ils voudront partager. D'ailleurs, la notion de villégiature tend à se transformer. « Il n'est plus possible de construire un chalet d'été comme on le voyait autrefois. Ce sont de véritables résidences qui voient le jour, faisant de cette région une banlieue éloignée de Montréal », souligne Richard Carignan.

« Science citoyenne »

Pour réussir à produire les cartes bathymétriques, des équipes « flottantes » ont sillonné les lacs avec des outils de mesure reliés à des satellites. Puis la cartographie a été complétée à l'ordinateur avec des logiciels de géomatique. « Mon laboratoire étudie le secteur depuis plus de 15 ans. Nous avions déjà documenté quelques lacs. Ce matériel a servi de base à l'atlas. Mais il a fallu multiplier les relevés afin de couvrir un territoire significatif. »

L'atlas est un bel exemple de « science citoyenne » car, outre les milliers d'heures que Richard Carignan a passées à assurer le transfert de connaissances du laboratoire vers le public, les villégiateurs ont été mis à contribution dans la collecte des données, qui s'est étendue sur plusieurs années. L'équipe a pu compter sur la contribution financière de la Conférence régionale des élus des Laurentides.

Même avec 300 fiches, l'atlas est encore loin de couvrir la totalité des étendues d'eau des Laurentides, puisque cette région compte 2102 lacs de plus de 0,1 km2. Mais il comporte des données très précieuses sur les bassins versants, soit le territoire qui alimente les lacs.

Une subvention de la Conférence régionale des élus des Laurentides et une partie des fonds de recherche de Richard Carignan ont servi à payer la main-d'œuvre qui s'est attelée à la rédaction de cet atlas.

Tout sous un même doigt

N'est-ce pas le rôle de l'État de mettre à la portée du public de l'information pertinente sur les plans d'eau qui l'entourent? Peut-être, répond M. Carignan, mais cette information pertinente serait difficile à recueillir et à regrouper. Il y a dans l'atlas des données scientifiques, des règlements municipaux, provinciaux, nationaux et de nombreux renseignements qui ne pouvaient venir que des villégiateurs et des associations de résidants. De plus, M. Carignan a rendu disponibles des centaines de photos sous-marines qu'il a lui-même prises des fonds lacustres.

« Félicitations pour cet outil novateur où les gens intéressés par les lacs trouveront toutes les informations regroupées sous un même toit (ou plutôt sous un même doigt), écrit Serge Léonard, directeur du service de l'environnement de la ville de Mont-Tremblant, aux auteurs de l'atlas. C'est une belle avancée dans le domaine du partage de la connaissance. Et qui dit connaissance, dit meilleure protection! »

Ce site est « un outil exceptionnel qui donne une information précieuse sur nos lacs. J'espère qu'il pourra être étendu à l'ensemble du Québec », a commenté de son côté Denise Cloutier, présidente du Conseil des bassins versants de la rivière des Mille-Îles.

En effet, l'atlas pourrait servir de modèle ailleurs dans la province mais aussi à l'étranger, en fonction de son interdisciplinarité et de sa convivialité. L'outil de mesure Google Analytics a démontré qu'il était largement consulté en Amérique et en Europe. Bien que de tels atlas existent ailleurs (Alberta, Floride, Washington), « l'Atlas des lacs des Laurentides est unique au monde de par sa structure et son contenu! » lance M. Carignan.

Mathieu-Robert Sauvé