Un retour sur l'élection de 2012 pour mieux comprendre le prochain scrutin

  • Forum
  • Le 17 mars 2014

  • Martin LaSalle

Le Centre pour l'étude de la citoyenneté démocratique a récemment organisé à l'Université de Montréal une table ronde sur l'élection du 7 avril, qui a réuni quelques-uns des auteurs du livre Les Québécois aux urnes : les partis, les médias et les citoyens en campagne.

 

Forum vous propose un résumé des propos qu'y ont tenus trois professeurs de l'UdeM, soit Jean-François Godbout et Frédérick Bastien, du Département de science politique, et Claire Durand, du Département de sociologie.

Jean-François Godbout

Douze circonscriptions à surveiller

Disposant de 54 sièges au moment de la dissolution de l'Assemblée nationale, le Parti québécois (PQ) devra remporter au moins neuf circonscriptions additionnelles pour former un gouvernement majoritaire.

Selon Jean-François Godbout, les gains les plus probables auront lieu dans les circonscriptions qu'il qualifie de « compétitives », c'est-à-dire là où la marge du vainqueur à l'élection de 2012 était inférieure à cinq pour cent quant aux voix exprimées.

Il y a 29 circonscriptions qui correspondent à cette description et elles sont représentées plus ou moins équitablement par les trois principaux partis : 10 pour le PQ, 11 pour le Parti libéral du Québec (PLQ) et 8 pour la Coalition Avenir Québec (CAQ).

« Le PQ n'a toutefois des chances de gagner que dans 12 de ces circonscriptions, soit celles où ses candidats ont terminé au deuxième rang en 2012 », affirme le professeur qui est aussi chercheur invité à l'Université de Princeton.

Géographiquement, ces circonscriptions se situent surtout dans la grande région de Montréal (Saint-Jérôme, L'Assomption, Groulx, Soulanges, Verdun, Montarville et La Prairie).

Les autres sont en Outaouais (Papineau), en Estrie (Richmond, Mégantic), en Mauricie (Trois-Rivières) et dans la région de Québec (Jean-Lesage).

« Pour former un gouvernement majoritaire, le PQ doit donc conserver les appuis qu'il a obtenus en 2012 et courtiser les électeurs de ces 12 circonscriptions compétitives, soutient Jean-François Godbout. Comme les gains potentiels peuvent être enregistrés presque exclusivement à l'extérieur de Montréal – sauf Verdun –, il y a fort à parier que la campagne électorale et les promesses du gouvernement viseront à plaire davantage à ces électeurs. »

Pour les journalistes qui désirent joindre Jean-François Godbout : 514 343-6111, poste 54798 | jean-francois.godbout@umontreal.ca. M. Godbout est actuellement à l'étranger.

Frédérick Bastien

L'importance du contrôle de l'ordre du jour

Les campagnes électorales sont des moments où l'attention à l'égard de la politique est accrue dans la population et où les partis se disputent le contrôle de l'ordre du jour médiatique.

Les partis misent donc sur les enjeux qui les avantagent, soit parce qu'ils sont réputés être plus compétents sur ceux-ci, soit parce que l'électorat qu'ils ciblent est plus en phase avec leur position sur ces enjeux.

Selon Frédérick Bastien, l'enjeu de la corruption est devenu secondaire dans la campagne de 2012 une fois passé la nomination de Jacques Duchesneau et la diffusion d'un reportage de Radio-Canada sur une filature interrompue de la Sûreté du Québec.

« Cela a certainement favorisé le PLQ, pour qui il s'agissait d'un point faible, dit-il. Dans la présente campagne, nous verrons si la Charte de la laïcité, sur laquelle le PQ a beaucoup misé et qui semble lui donner un avantage stratégique dans certaines régions, demeurera un thème important durant la campagne. »

D'après M. Bastien, le débat sur cette question « ayant cours depuis plusieurs mois, il est possible que d'autres thèmes, qui pourraient avantager d'autres partis, monopolisent l'intérêt, par exemple l'économie » ou la souveraineté...

Pour les journalistes qui désirent joindre Frédérick Bastien : 514 343-6111, poste 54796 | f.bastien@umontreal.ca

Claire Durand

Sondages électoraux à interpréter avec précaution

Lors de la campagne électorale de 2012, les sondages ont globalement sous-estimé le vote pour le PLQ par 3,6 points. Selon Claire Durand, puisque les sondages sont susceptibles d'influencer le scrutin, il importe de savoir qu'ils sous-évaluent généralement les voix accordées aux libéraux lorsqu'ils montrent que le PQ a des chances de prendre le pouvoir.

« Les sondages ont des biais », insiste la professeure de sociologie, qui les explique ainsi  :

     

  1. le vote des discrets : ceux qui ne dévoilent pas leur intention de vote lorsqu'ils sont sondés ont davantage tendance à voter pour le Parti libéral;
  2. dans l'éventualité où le PQ pourrait remporter l'élection, il ne rallie pas que ses partisans, il mobilise aussi ses opposants, qui sont plus enclins à aller voter : le taux de participation lorsque le PQ est en tête est de cinq pour cent supérieur au taux habituel;
  3. les sondages seront presque exclusivement menés sur le Web. Ils donnent habituellement deux pour cent de plus de votes au PQ et à Québec solidaire, comparativement au PLQ, et ce, en raison du profil socioéconomique des personnes qui répondent habituellement à ce type de sondages.
  4.  

« En somme, dans une campagne, tout peut arriver, allant du désir de stabilité aux mouvements importants comme celui qu'on a vu aux élections fédérales de 2001 avec le NPD », conclut la chercheuse.

Pour les journalistes qui souhaitent joindre Claire Durand : 514 343-7447 | claire.durand@umontreal.ca

Martin LaSalle

 

Éric Bélanger, Frédérick Bastien, François Gélineau, Les Québécois aux urnes, Les partis, les médias et les citoyens en campagne, Les Presses de l'université de Montréal, 2013, 242 pages.

 

 

Dossier Élections 2014

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