Les électeurs sous la loupe des chercheurs

  • Forum
  • Le 21 mars 2014

  • Martin LaSalle

M. Blais accompagné de Simon Labbé et de Damien Bol.Comment les électeurs votent-ils lorsqu'ils sont soumis à différents modes de scrutin? En quoi le contexte électoral et les règles du système électoral influencent-ils leur comportement dans l'isoloir?

 

Près de 100 éminents chercheurs d'une dizaine de pays se réuniront à l'Université de Montréal, les 28 et 29 mars, à l'occasion d'un atelier où il sera question des plus récentes recherches effectuées sur les déterminants du vote.

« Ce sera l'occasion de faire le point sur les nouvelles tendances de la recherche en matière de comportements de l'électorat », indique le directeur du Département de science politique de l'UdeM, André Blais, qui est l'un des trois professeurs à l'origine de cette initiative.

Les deux autres sont Jean-François Laslier et Karine Van Der Straeten, rattachés au Centre national de la recherche scientifique, en France.

Des recherches tendances

Traditionnellement, les études sur le comportement électoral reposaient surtout sur des données issues de sondages, selon M. Blais.

Or, depuis quelques années, de nouveaux types de recherches ont émergé, notamment les expériences menées sur le terrain, celles liées à des sondages ainsi que les expériences en laboratoire.

Parmi ces approches, les expériences sur le terrain sont les plus nombreuses. Elles consistent, par exemple, à mesurer l'efficacité de campagnes de mobilisation relativement au taux de participation au vote.

Il arrive parfois que, dans ce genre de recherche, on demande à des candidats d'être complices des chercheurs. « On leur dit de prononcer des discours différents selon les endroits qu'ils visitent, et les chercheurs évaluent les répercussions de ces discours d'après les résultats électoraux », explique André Blais.

Dans les expériences associées à des sondages, on intègre – dans le questionnaire – une information (comme la position d'un parti sur une question en particulier) dont on mesure l'effet sur le comportement électoral.

Enfin, les expériences en laboratoire sont une autre avenue prisée par les chercheurs. C'est la voie qu'a d'ailleurs choisie Damien Bol, qui poursuit ses études postdoctorales à l'Université de Montréal. Celui-ci observe, en laboratoire, comment les électeurs ou les candidats  adaptent leur comportement en fonction du mode de scrutin.

Ainsi, on a récemment cherché à savoir si le système électoral à deux tours incitait moins l'électeur à voter de façon stratégique, c'est-à-dire à voter pour un parti autre que son parti préféré afin d'empêcher un autre parti de remporter l'élection.

« Nous avons constaté que la pratique du vote stratégique existe autant dans un système à deux tours que dans un système à un seul tour », mentionne M. Bol.

Vers un nouveau mode de scrutin au Québec?

De façon plus ou moins prononcée, chaque campagne électorale donne lieu à un débat sur la pertinence d'adopter un mode de scrutin proportionnel, qui permettrait une plus grande représentation des différents courants politiques à l'Assemblée nationale ou au Parlement canadien.

Est-il souhaitable, et probable, qu'un jour le Québec ou le Canada opte pour pareil système électoral?

Damien Bol n'envisage pas de sitôt cette éventualité. « Il est très rare qu'on assiste à une telle transformation, dit-il. Pour ce faire, il faudrait que le nouveau parti au pouvoir ait été maintenu longtemps dans l'opposition malgré de bons résultats aux élections précédentes. »

De plus, en raison des considérations constitutionnelles d'une telle avenue, et des référendums populaires qui en découleraient, il estime que « les probabilités sont très minces, voire inexistantes ».

« Si c'est peu probable, ce serait certainement souhaitable... du moins d'un point de vue de la recherche », conclut André Blais, sourire en coin!

Entretemps, M. Blais et le chercheur postdoctoral Simon Labbé St-Vincent viennent de lancer une autre expérience : L'élection d'à côté. Ils invitent tous les adultes de 18 ans et plus à participer à cette étude qui, espèrent-ils, permettra « de percer un peu le mystère du vote » (voir l'encadré).

Martin LaSalle


 

Participez à la recherche L'élection d'à côté

La Chaire de recherche du Canada en études électorales invite la population du Québec à prendre part à une étude sur le comportement des électeurs sous divers modes de scrutin, intitulée L'élection d'à côté.

« En cette période électorale, les gens sont conviés à participer à une expérience électorale en ligne comparant le mode de scrutin actuellement en place au Québec avec le scrutin proportionnel », précise André Blais, directeur de la Chaire et professeur de science politique à l'Université de Montréal.

Les participants voteront pendant six jours consécutifs, soit du lundi 31 mars au samedi 5 avril inclusivement. Chaque jour, ils seront informés du résultat de la veille et du nombre de points qu'ils auront récoltés. Participer à l'étude devrait prendre de 5 à 10 minutes quotidiennement.

Six prix de 1000 $ à gagner!

Les participants courent la chance de gagner l'un des six prix de 1000 $ qui seront tirés au hasard à l'issue de l'étude.

Il recevront des points en fonction du résultat de chaque élection quotidienne et plus leur participation sera assidue, plus ils accumuleront de points en vue du tirage.

Pour connaître les règlements du concours et s'inscrire à l'étude, visitez le site www.electiondacote.org.

M.L.

 

 

Dossier Élections 2014

Nos chercheurs se penchent
sur les enjeux du scrutin