Quelques autres enjeux à surveiller d'ici le scrutin du 7 avril

  • Forum
  • Le 21 mars 2014

  • Martin LaSalle

Voici la dernière partie d'un dossier que Forum a concocté à l'occasion de la présente campagne électorale. Cette semaine, il est question d'économie, de technologies au service de la santé et de nationalisme.

 

Rappelons qu'au cours des dernières semaines une quinzaine d'experts de l'Université de Montréal ont traité de certains des grands enjeux qui devraient retenir l'attention des électeurs, au-delà de la joute partisane.

Vous pouvez lire ou relire les textes parus précédemment en consultant le dossier « Élections 2014 » sur le site UdeMNouvelles.

Bonne lecture, bonne réflexion et... bon vote!

Martin LaSalle

 

Michel Poitevin, Département de sciences économiques

Immigration : un enjeu économique pour le Québec

L'immigration est un enjeu planétaire majeur qui touche aussi le Québec.

Certaines régions du monde ont une grande densité de population et une jeunesse confrontée à de pauvres perspectives d'avenir. Ces mêmes régions sont souvent caractérisées par une faiblesse relative des institutions sociales et politiques.

D'autres pays ont une histoire opposée : une faible croissance démographique, une population vieillissante mais des institutions sociales et politiques solides.

Ces divergences créent de fortes incitations à l'immigration. Or, dans ces derniers pays, la tendance est trop souvent de restreindre l'arrivée d'immigrants. Pourtant, nos institutions sont des biens publics et il importe de favoriser leur accès.

L'ouverture de nos frontières peut mener à une plus forte croissance économique, une plus grande productivité et plus d'innovations. Évidemment, une immigration plus substantielle soulève des enjeux importants sur les plans de la culture, de la langue et du vivre ensemble... Nos gouvernements doivent agir en leaders en cette matière.

 

Pascale Lehoux, École de santé publique

Pour des technologies au service de la santé

Il est 8 h. Marcel lit son journal. Il vient de télécharger les données de son glucomètre et une infirmière communiquera avec lui par Skype à 8 h 30. Il la connaît bien : c'est elle qui lui a enseigné les rudiments de la prise en charge de son diabète.

Le reste, il l'a appris avec la pratique et sa communauté de patients experts, qui reçoit un appui financier stable de l'État, car des données probantes ont démontré l'effet positif d'une telle organisation sur la santé globale des personnes vivant avec une maladie chronique. Cette communauté de patients experts entretient des contacts fréquents grâce à une plateforme Web gérée par un organisme sans but lucratif, un milieu de formation unique pour de futurs entrepreneurs sociaux...

Il s'agit d'un scénario-fiction, bien sûr! Mais une fiction plausible et nécessaire.

Actuellement, la logique avec laquelle les nouvelles technologies médicales sont conçues favorise leur concentration dans les grands centres urbains, en plus de desservir les professionnels de première ligne et les patients. Un appel à la créativité technologique et entrepreneuriale s'impose dès maintenant.

Les pays industrialisés désirent stimuler l'activité économique par leurs politiques de soutien à l'innovation technologique. Et le domaine de la santé est un secteur où les paris se multiplient à l'heure actuelle, au Québec comme à l'étranger. Comment mettre les bonnes innovations et les bons entrepreneurs au service de la santé pour tous? Voilà la question à laquelle les candidats doivent répondre.

 

Michel Seymour, Département de philosophie

Le nationalisme de la Charte

Le projet de Charte de la laïcité a créé une division sans précédent entre la majorité francophone et les minorités anglophone et allophone, entre nous et eux (les citoyens issus de l'immigration), entre la majorité catholique et les minorités religieuses, entre Montréal et les régions. Il s'appuie sur le modèle français de laïcité et rejette toute référence au multiculturalisme canadien, qu'il associe à un modèle « anglo-saxon ». En ce sens, le nationalisme qui s'exprime dans la Charte manifeste un repli identitaire.

Le gouvernement a aussi tenu un discours populiste qui entretient les préjugés et cultive les réactions hostiles – notamment à l'endroit de l'islam – et nourrit la xénophobie. En ce sens, sa démarche est aussi l'expression d'un nationalisme conservateur.

Enfin, le gouvernement du Parti québécois (PQ) se comporte un peu comme s'il pouvait faire abstraction des minorités issues de l'immigration vivant à Montréal pour réaliser la souveraineté du Québec, comme si nous étions entrés dans une ère où la seule voix qui importe est celle de la majorité. En ce sens, le nationalisme québécois se caractérise par un nationalisme du ressentiment.

Ces constats sont terriblement douloureux pour tous ceux qui ont cru que le PQ allait promouvoir un Québec inclusif. Sous sa gouverne, le nationalisme québécois est à la dérive.

Mais cela ne doit pas nous inciter à condamner toute forme de nationalisme. On peut promouvoir une identité inclusive, un nationalisme progressiste et projeté vers l'avenir.

 

 

Dossier Élections 2014

Nos chercheurs se penchent
sur les enjeux du scrutin