Gilles Vincent part à Shanghai

  • Forum
  • Le 24 mars 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

M. Vincent quittera le Jardin botanique de Montréal, le deuxième en importance dans le monde après les Kew Gardens de Londres, pour celui de Shanghai.Directeur du Jardin botanique de Montréal et administrateur de l'Institut de recherche en biologie végétale (IRBV) de l'Université de Montréal, Gilles Vincent deviendra, le 1er mai, conseiller spécial au Jardin botanique de Chenshan (Shanghai), en Chine.

 

« Je serai principalement chargé de superviser le développement des collections et de raffermir les programmes éducatifs », dit ce diplômé en sciences biologiques de l'UdeM au baccalauréat et à la maîtrise. Son mandat d'un an est renouvelable.

M. Vincent quitte ainsi son emploi à la Ville de Montréal après une trentaine d'années de service, dont 14 à la tête du Jardin. « Ses qualités humaines et professionnelles unanimement reconnues par tous à Espace pour la vie nous manqueront : c'est non seulement un grand botaniste et un chef de file au rayonnement unique qui s'en va, mais aussi un collègue attentif, respecté et apprécié », indique dans une note de service le directeur d'Espace pour la vie, Charles-Mathieu Brunelle. M. Vincent « lègue un héritage précieux tant sur le plan humain que sur celui de ses réalisations », reprend-il.

Gilles Vincent ne part pas en terre inconnue, puisqu'il s'est rendu en Chine à une trentaine de reprises durant sa carrière, ce qui a permis de multiplier les projets de collaboration entre Montréal et Shanghai, deux villes jumelées. Son déménagement dans la métropole asiatique s'inscrit dans cette orientation. « J'ai l'intention de favoriser les partenariats entre les deux établissements en matière de recherche », affirme M. Vincent, qui a déjà quelques idées.

En tout cas, c'est un nouvel univers qui s'ouvre à lui... un univers de la démesure. Le jardin chinois compte 400 jardiniers (contre 250 employés à Montréal) et le terrain sur lequel il se déploie est trois fois plus vaste qu'à Montréal (200 hectares comparativement à 75). Cependant, les collections vivantes y sont moindres en nombre et moins variées (15 000 variétés contre 22 000). Une différence importante de culture l'attend là-bas : le botaniste pourra mener des recherches sans se soucier du financement. « J'aurai une équipe à ma disposition dès mon arrivée », mentionne ce spécialiste des marais filtrants artificiels.

C'est à Gilles Vincent qu'on doit les marais filtrants de la plage du parc Jean-Drapeau et de la Biosphère, à Montréal, qui sont des modèles du genre. Il est auteur ou coauteur d'une trentaine d'articles scientifiques, principalement dans le domaine de la phytotechnologie, cette science qui fait travailler les espèces végétales pour lutter contre la pollution ou améliorer la qualité de l'environnement. Conférencier recherché, il a aussi publié 22 rapports scientifiques et signé un livre sur la flore indigène du Québec.

Un papillon parmi les milliers qui voltigeaient plus tôt cette année au Jardin botanique.

Papillons et Mosaïcultures

Dans son hommage, M. Brunelle souligne la créativité du directeur sortant, qui a conçu de nombreux projets visant à faire tourner les guichets du Jardin sur quatre saisons. Il donne comme exemples Papillons en liberté, le Jardin des nouveautés et le Rendez-vous horticole, trois projets lancés dans la seule année 1998. De plus, il a eu l'idée de la magnifique Cour des sens en 1999. « On doit évidemment aussi rendre hommage à sa contribution au succès phénoménal des Mosaïcultures internationales, qui ont accueilli en 2013 plus de un million de visiteurs en 100 jours, reprend M. Brunelle. On peut affirmer que les talents de gestionnaire et de visionnaire scientifique de Gilles Vincent ont grandement contribué à faire du Jardin botanique l'un des centres de diffusion des sciences botaniques les plus en vue à l'heure actuelle à l'échelle internationale. »

Le Jardin botanique de Montréal est le deuxième en importance après les Kew Gardens, en Angleterre. Sous la direction de Gilles Vincent, il a su garder une affluence constante, ce qui est exceptionnel compte tenu des conditions économiques parfois difficiles qui ont jalonné son histoire.

En apportant son expertise au plus grand jardin botanique de Chine, M. Vincent ne cache pas qu'il se fait plaisir. « On compte sur moi pour bonifier la collection de rhododendrons. Pas de problème. La Chine est le pays des rhododendrons... »

Son premier objectif en arrivant à Shanghai : s'imprégner de la culture chinoise. Il a déjà entamé son immersion par des lectures sur l'empire du Milieu.

Mathieu-Robert Sauvé