La Corée du Nord, « régime le plus totalitaire de l'histoire »

La famille Kim dirige la Corée du Nord depuis 1948. Son principal objectif est de conserver le pouvoir et tous les moyens sont bons pour y arriver, à commencer par le culte extrême du leader. (Photo: Matt Paish)On sait bien peu de choses de la Corée du Nord, considérée souvent comme le pays le plus fermé du monde. Gouvernée d'une main de fer par la famille Kim depuis 1948, elle doit faire face à une situation économique très grave.

 

Fred Bild, ancien ambassadeur du Canada en Chine et professeur au Centre d'études de l'Asie de l'Est (CETASE) de l'Université de Montréal, rappelle qu'elle est entièrement dépendante de la Chine et de la Russie et qu'elle subit de lourdes sanctions économiques de la communauté internationale.

Kim Jong-un, au pouvoir depuis décembre 2011, reste une énigme pour beaucoup. « Il a démontré jusqu'à présent qu'il pouvait être très dur envers ses proches et la population en général », note M. Bild. Mais qui sont ses conseillers, notamment en matière de transformations économiques? « Il doit y avoir au sein de l'appareil une division entre la gauche conservatrice et la droite réformatrice. Mais on ne sait pas qui sont ces gens. » Pour l'ancien diplomate, pas de doute, la Corée du Nord est « le régime le plus totalitaire de l'histoire ». En effet, il n'est pas question ici d'amorcer une révolution, comme c'était le cas dans les régimes autocratiques européens du 20e siècle et dans la Chine de Mao Tsé-toung, mais de conserver le pouvoir.

Certaines choses semblent cependant évoluer petit à petit. L'expert du CETASE évoque l'important marché noir qui s'est développé avec la Chine grâce à la complicité de hauts cadres militaires et de hauts fonctionnaires corrompus, qui a engendré un « trafic si florissant que des dizaines de milliers de Nord-Coréens possèdent des téléphones portables auxquels ils n'ont pas droit ». La zone économique spéciale que les Chinois ont réussi à aménager avec le pays afin de lui donner une certaine ouverture sur les marchés internationaux permet également de combler certaines lacunes de l'État.

« Des atrocités innommables »

Les sources d'information sur le régime de Pyongyang sont très limitées. Pour M. Bild, les experts doivent se tourner du côté des réfugiés, dont les témoignages sont essentiels pour mieux comprendre la réalité du régime. C'est par ces témoignages que le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU a récemment pu produire un rapport sur les crimes commis par le régime. Un rapport qui dénonce des « atrocités innommables » comparables « aux horreurs des camps établis par les États totalitaires au cours du 20e siècle ». Ce document n'est pas une surprise pour le professeur de l'UdeM, mais il fournit des détails que nous n'avions pas par le passé. Si Fred Bild ne croit pas que le régime sera traduit devant le Tribunal pénal international, il pense cependant qu'un rapport pourrait être présenté au Conseil de sécurité de l'ONU qui, si le moment est bien choisi, pourrait l'adopter et appliquer de nouvelles sanctions.

Fred Bild

Démocratie à la sauce nord-coréenne

Le régime peut en tout cas se targuer de faire l'unanimité lorsqu'il organise des élections. Mais personne n'est dupe. Les votants n'ont en effet pour choix que de soutenir l'unique candidat qui leur est proposé. Ainsi, aux dernières élections législatives, le pouvoir a annoncé un taux de 99,97 % d'approbation pour 100 % de participation. À quoi bon alors organiser des élections? « C'est le moyen d'offrir des promotions, de placer les gens dans des postes plus ou moins importants, mentionne M. Bild. C'est là où, en tant qu'observateurs étrangers, nous avons du travail, cela nous ouvre une petite fenêtre sur ce qui est en train de bouger. » Ces élections permettent aussi au régime de recenser sa population, notamment à la frontière chinoise, et de renforcer sa légitimité à l'interne.

Depuis fin février, Pyongyang a procédé à plusieurs tirs de missiles. « De la frime, selon Fred Bild, pour démontrer à la population que le pays est puissant et que le monde a peur de lui ». Même si la communauté internationale connaît les capacités de lancement du pays, elle s'interroge sur les progrès réalisés. « Les Asiatiques du nord-est ont raison d'avoir peur. Pas d'une invasion mais parce qu'ils peuvent déclencher, même par accident, un conflit avec le Japon, la Corée du Sud, la Chine ou les États-Unis, qui ont des îles et des bases militaires à portée de missile. »

Difficile donc de faire des prédictions sur cette région du monde. M. Bild pense qu'un élément nouveau doit être pris en compte : la présidente de la Corée du Sud, Park Geun-hye, à la « résolution de fer » et prête à répondre par la force à toute agression de son voisin du nord tout en étant disposée à négocier de meilleures relations avec lui. Quant à la Chine, elle a tout intérêt à ce que le régime de Pyongyang se maintienne, en s'ouvrant cependant aux marchés internationaux. Car, selon le professeur, c'est elle qui « ferait les frais d'un cataclysme », contrôlant difficilement le flot de réfugiés qu'entraînerait la chute du régime, qu'il présente comme « le dernier vestige de la guerre froide et de la Deuxième Guerre mondiale ».

Benjamin Augereau
Collaboration spéciale

 

Centre d'études de l'Asie de l'Est (CETASE)