La pharmacogénomique n'a pas rempli ses promesses pour les pays en développement

  • Forum
  • Le 31 mars 2014

  • Martin LaSalle

La santé maternelle n’a pas bénéficié de la recherche attendue en pharmacogénomique, même si cet axe faisait partie des Objectifs du millénaire pour le développement et l’après 2015. (Photo: Albert González Farran)En dépit des promesses faites par la communauté scientifique internationale, la recherche en pharmacogénomique n'a produit, de 1997 à 2010, que peu d'études sur les maladies rares et orphelines ou les maladies tropicales négligées qui sévissent dans les pays en voie de développement.

 

C'est ce qu'a constaté Catherine Olivier, alors doctorante en bioéthique à l'École de santé publique de l'Université de Montréal, dans une étude que vient de faire paraître la revue Global Public Health1.

La pharmacogénomique est un domaine de la recherche scientifique qui étudie l'interaction entre l'information génomique d'une personne (ou d'une population) et sa réponse à un médicament.

En plus de son potentiel prometteur quant à l'émergence d'une médecine personnalisée, la pharmacogénomique devait contribuer à la mise au point et à l'accessibilité de traitements pour les maladies rares, orphelines et tropicales dans les pays en développement.

De façon générale, « il est reconnu que la distribution de la technologie et de la recherche suit une règle dite du ratio 90/10, c'est-à-dire que 90 % du financement mondial de la recherche en santé, incluant l'élaboration de médicaments, sert à traiter 10 % de la population du globe », explique Catherine Olivier.

Cette iniquité entre pays riches et pays pauvres a conduit l'Organisation des Nations unies (ONU) à faire du combat contre le VIH-sida, le paludisme et les maladies tropicales négligées l'un des huit objectifs du millénaire pour le développement et l'après 2015, adoptés en septembre 2000 par les 189 États membres de l'ONU.

Plus de 600 études analysées

Pour vérifier dans quelle mesure les recherches en pharmacogénomique se sont penchées sur les maladies rares, orphelines ou tropicales, Catherine Olivier a défini l'orientation de chacune des études publiées en ce domaine de 1997 à 2010.

Elle a ainsi recensé 626 études, qui sont parues dans 171 revues scientifiques.

Chacune a été analysée selon le type de maladie abordée, la provenance de ses auteurs et leur affiliation, le cas échéant, avec des entreprises pharmaceutiques.

« L'information recueillie nous a permis de dresser une carte révélant les tendances actuelles et historiques du développement de la recherche en pharmacogénomique », souligne Mme Olivier.

Catherine Olivier

Peu d'études sur les maladies rares

Elle a ainsi observé que, de 1997 à 2003, il y a eu 401 publications traitant de pharmacogénomique recensées dans la base de données PubMed – la majorité (67 %) ayant paru dans une seule revue, soit Pharmacogenetics. Puis, de 2003 à 2010, le nombre d'études diffusées a doublé.

Mais cet engouement pour ce genre de recherche semble être le fruit d'un gonflement artificiel...

En effet, Catherine Olivier a relevé que le pourcentage de publications non originales, tels les commentaires, les méta-analyses ou les débats, est passé de 15 % en 1997 à 51 % en 2010.

« En fait, le nombre d'articles originaux, c'est-à-dire des études abordant un aspect nouveau de la pharmacogénomique, a commencé à décliner dès 2002 », soutient-elle.

Par ailleurs, au cours de la période analysée, près de 23 % des études publiées en pharmacogénomique ont traité d'oncologie. Venaient ensuite la dépression et les troubles psychologiques (14,7 %), puis les maladies cardiovasculaires (13,6 %).

« Les maladies rares, les maladies tropicales et la santé maternelle, qui devaient bénéficier de la recherche en pharmacogénomique en vertu des Objectifs du millénaire de l'ONU, ne représentent que 3,8 % des études publiées », signale Catherine Olivier.

Chercheurs peu intéressés

Selon elle, il est aussi troublant de noter que les chercheurs des pays les plus susceptibles d'être aidés par la pharmacogénomique ont mené peu de travaux sur les maladies rares et tropicales.

« Par exemple, sur les 65 publications provenant des pays du BRICS [Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud], seulement 2 portent sur des maladies rares ou tropicales », mentionne-t-elle.

Pourtant, ces maladies constituaient près de la moitié (45,5 %) des causes principales de mortalité dans les pays sous-développés et 15 % dans les pays en développement, selon des données de 2008 de l'ONU.

« Malheureusement, notre étude indique que nous sommes très loin de remplir la promesse d'atténuer les inégalités en santé dans le monde, faite avant l'adoption des Objectifs du millénaire », conclut Catherine Olivier.

Martin LaSalle

 

1. Catherine Olivier et Bryn Williams-Jones, « Global Pharmacogenomics: Where is the research taking us? » Global Public Health: An International Journal for Research, Policy and Practice, mars 2014, vol. 9, no 3.