Les périodes de canicule réduisent le temps de la grossesse

  • Forum
  • Le 31 mars 2014

  • Martin LaSalle

L’élévation du risque de naissance précoce attribuable à la haute température peut se traduire par une plus grande morbidité chez le nouveau-né, estime la chercheuse.Quand les températures atteignent 32 °C ou plus sur une période de quatre à sept jours précédant un accouchement à Montréal, le risque d'accoucher de façon précoce est 27  % plus élevé que lorsqu'il fait 20 °C.

C'est ce qu'a découvert Nathalie Auger, chercheuse rattachée au Centre hospitalier de l'Université de Montréal, et ses collègues dans le cadre d'une étude reposant sur les données individuelles des 300 000 naissances survenues à Montréal de 1981 à 2010, combinées avec les températures estivales enregistrées par Environnement Canada au cours de ces trois décennies.

L'analyse des données visait à évaluer, pendant les mois de juin à septembre, la probabilité d'accoucher prématurément (moins de 37 semaines de grossesse), de façon précoce (37-38 semaines) ou à terme (39 semaines et plus) lorsque se produit une canicule.

Ciblant plus spécifiquement les naissances estivales, Mme Auger a constaté que près de 20 000 accouchements sont survenus dans la semaine suivant une journée où le mercure avait atteint 32 °C ou plus.

Peu d'effet sur les naissances prématurées, mais...

Après avoir isolé l'effet de certaines variables, dont l'âge de la mère, le rang de l'enfant et les taux d'humidité durant les canicules, Nathalie Auger a observé que la chaleur extrême ne semble pas faire grimper le nombre des naissances prématurées.

« Nous avons noté une très légère augmentation du taux des naissances prématurées entre les journées de moins de 20 °C et celles de plus de 28 °C, soit de 5,4 % à 5,8 %, ce qui n'est pas significatif », signale la checheuse.

Toutefois, chez les femmes ayant atteint 37 ou 38 semaines de grossesse, le risque d'accoucher de façon précoce augmentait de 17 % suivant un épisode de trois jours à 32 °C ou plus, comparativement aux jours sans canicule à Montréal.

Et, quand l'épisode de chaleur extrême durait de quatre à sept jours, ce risque atteignait 27 %.

Nathalie Auger

Influence sur le nouveau-né précoce?

Selon Nathalie Auger, les effets néfastes des températures élevées sur les personnes âgées sont bien documentés, mais peu de recherches traitent de l'incidence de ce phénomène sur les femmes enceintes.

« Des études de petite ampleur indiquent que le stress causé par la chaleur augmenterait la contractilité utérine à un moment de la grossesse où la thermorégulation semble moins efficace, avance Mme Auger. On croit aussi que la déshydratation découlant de la chaleur ambiante réduit l'apport sanguin dans l'utérus, ce qui accroîtrait l'excrétion des hormones hypophysaires, responsables du travail. »

Néanmoins, Nathalie Auger estime que l'élévation du risque de naissance précoce attribuable à la haute température peut se traduire par une plus grande morbidité chez le nouveau-né.

« Des études montrent que les enfants nés à 37 ou 38 semaines souffrent davantage de problèmes respiratoires, en comparaison des enfants nés à terme, conclut-elle. Les nouveau-nés précoces sont aussi plus à risque de décès. »