Thomas Gervais en 180 secondes

  • Forum
  • Le 31 mars 2014

  • Dominique Nancy

Thomas Gervais aide ses étudiants à développer leurs habiletés en communication.« Une découverte sur des tourbillons géométriques formés dans un seau d'eau qui pourrait avoir des répercussions en météorologie, en astronomie et en thermodynamique? Ça mérite bien une émission! » se dit Thomas Gervais.

 

Trois semaines plus tard, son reportage de 6 minutes 34 secondes est diffusé à Télé-Québec dans l'émission de vulgarisation scientifique Le code Chastenay.

Dans son reportage, le communicateur scientifique démythifie les vortex: oui, l'eau qui tourbillonne dans le drain de notre bain, les tornades et les ouragans relèvent des mêmes lois. Le mouvement rotatoire des galaxies n'y échappe pas non plus. Résultat? Une démonstration passionnante.

Avec lui, tous les sujets sont intéressants. C'est sa façon de les traiter qui captive. Il lie les propos des uns et des autres, avec intelligence et sa seule curiosité pour moteur. « Je suis un grand curieux. Insatiable. Tout m'intéresse... ou presque », affirme M. Gervais, qui est depuis 2012 professeur au Département de génie physique de Polytechnique Montréal mais qui y enseigne depuis 2008.

À 37 ans, Thomas Gervais a le profil du brillant universitaire qui dirige un groupe de recherche, siège à des comités d'étude et publie dans d'importantes revues savantes. Mais le lauréat de la bourse Fernand-Seguin de 2006 figure surtout parmi les rares chercheurs qui parviennent à bien vulgariser leur science.

« J'ai choisi de faire de la vulgarisation pour satisfaire mon besoin de créativité, mais aussi parce que je voulais briser ce mythe qui entoure les scientifiques », indique-t-il.

N'est pas vulgarisateur qui veut

Pour lui, il existe une nette distinction entre journaliste et vulgarisateur scientifique. « Le premier, explique-t-il, fait un suivi de l'actualité scientifique. Il interviewe des sources et complète l'information avec les résultats de ses recherches. Mais il est souvent plus difficile pour le journaliste qui ne possède pas de formation en science de bien évaluer l'importance d'une découverte ou encore d'établir des analogies, fortes et porteuses, pour décrire le sujet. Le vulgarisateur, lui, est intimement lié à la pratique de la science et peut fournir une opinion d'expert. Ce dernier rôle convient davantage aux scientifiques, car, pour vulgariser, il faut d'abord connaître. »

Pour le professeur Gervais, une collaboration entre les deux est nécessaire dans la mesure où l'un et l'autre poursuivent le même objectif : informer. Il admet que plusieurs chercheurs ne savent ni communiquer leur science au grand public ni parler aux médias. « Beaucoup se croient meilleurs vulgarisateurs qu'ils le sont vraiment. » Pour que leur message passe, ils doivent apprendre à être concis et clairs, ajoute M. Gervais. « La plupart n'y parviennent pas parce qu'ils tentent de tout expliquer en détail. »

Pédagogue dans l'âme, Thomas Gervais se fait un devoir d'aider ses étudiants à développer leurs habiletés en communication. « Mon rôle est d'abord de les amener à devenir de bons chercheurs, mais je tente également de leur enseigner comment communiquer avec des non-experts. »

Ce n'est pas un hasard si Thomas Gervais a pris l'initiative du volet Polytechnique du concours Ma thèse en 180 secondes. « C'est un exercice tout indiqué pour amener les étudiants chercheurs à synthétiser leur pensée », mentionne M. Gervais, qui a été, depuis le premier concours, en 2012, le coorganisateur et animateur de la compétition publique qui a fait salle comble à deux reprises.

Pour comprendre la valeur de la recherche

Dès l'enfance, le jeune Thomas Gervais est attiré par l'astronomie, mais c'est vers le génie physique et le génie biomédical qu'il orientera ses études universitaires. Après son doctorat au Massachusetts Institute of Technology en 2006, le communicateur prend une pause de la recherche pour se lancer en journalisme.

M. Gervais et l’animateur Pierre Chastenay démythifient le fonctionnement d’un robot.L'obtention de la bourse Fernand-Seguin lui offre une occasion en or d'acquérir de l'expérience à la télé, à la radio et à l'écrit. Depuis, les médias apprécient son travail. Il a publié de nombreux articles de vulgarisation dans le magazine Québec Science et le quotidien La Presse. De 2008 à 2013, il présente plus de 35 reportages scientifiques et une soixantaine de chroniques télévisées d'actualité à l'émission Le code Chastenay, en plus de collaborer à plusieurs autres émissions, dont Génial! (Télé-Québec), Science ou fiction (TV5) et Là est la question (TFO).

Reconnaissant l'importance de ces activités, Polytechnique Montréal l'a dispensé, au début de sa carrière, de certaines de ses tâches. Aujourd'hui, il se concentre davantage sur la recherche. Mais, parallèlement à ses activités pédagogiques, il continue de mettre ses talents de vulgarisateur à la disposition de la communauté universitaire et de la société. Il est entre autres étroitement associé à la création de la Brigade électro-urbaine, pour laquelle il a supervisé une étude de mesure du rayonnement des radiofréquences dans les domiciles québécois et dont les résultats ont été publiés en novembre 2012 dans le magazine Protégez-vous. Il est aussi à l'origine du projet Polymathe, un centre de vulgarisation scientifique en développement sur le campus de l'Université de Montréal.

« C'est important que les chercheurs apprennent à vulgariser leur science, estime-t-il. En rendant accessibles des contenus qui sont au départ rébarbatifs, on sensibilise la population, surtout les jeunes, à la valeur et à la pertinence de la recherche. »

Dominique Nancy

 

Département de génie physique de Polytechnique Montréal