« Hello! », un mot qui vous trahit

  • Forum
  • Le 7 avril 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

On savait que l’œil analyse les visages en une fraction de seconde. On sait désormais qu’il en va de même pour le hello! ou allô!, qui provoque toute une gamme d’émotions et d’impressions. (Photo: iStockphoto)Hello! Ce mot suffit à votre interlocuteur pour qu'il vous juge comme une personne dominante, séduisante, digne de confiance ou non. « L'ouïe envoie immédiatement un message au cerveau quand il entend un mot comme celui-là pour la première fois.

 

Le jugement l'accompagne de façon presque instantanée », signale Pascal Belin, professeur associé au Département de psychologie de l'Université de Montréal et professeur à l'Université de Glasgow, en Écosse.

Le chercheur en perception auditive, qui est l'un des cofondateurs du Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son, à Montréal, vient de publier avec deux collègues les résultats d'une recherche menée auprès de 320 personnes qui devaient classer les 64 énonciations du mot hello! selon 10 traits de caractère. Parue dans la revue PLOS ONE, l'étude démontre qu'on peut « prédire les impressions personnelles suscitées par de courts énoncés ». Cela pourrait servir à orienter les systèmes de voix artificielles mais aussi, souligne le chercheur, à « conseiller les personnalités publiques qui doivent faire bonne impression dès les premières secondes ».

On pourrait imaginer des séances de formation consistant à travailler sa voix de manière à améliorer cette perception. Pour Pascal Belin, cela ne serait pas différent de l'application de maquillage sur un visage. « Lorsqu'une femme met du rouge sur ses lèvres, elle accentue certains traits physiques afin de paraître en santé. C'est une façon socialement acceptable de correspondre aux codes esthétiques en vigueur. On peut faire la même chose avec la voix. »

L'impression créée par le mot hello! – on aurait pu prendre le allô! des francophones si le bassin de sujets de recherche l'avait justifié, indique le professeur Belin – n'est pas nécessairement fondée. Un hello! dominant n'est pas toujours prononcé par un être dominant et inversement. Ce qui intéressait les chercheurs n'était pas d'étudier ce degré de vraisemblance, mais de documenter la réaction immédiate provoquée par les différentes prononciations. « On a constaté qu'un locuteur qui étire la dernière syllabe avec une légère remontée à la fin produit, par exemple, une impression de séduction chez l'auditeur. »

Dans les exemples archivés sur le site du laboratoire de M. Belin, on perçoit la différence entre un hello! dominant et un hello! non dominant tant chez la femme que chez l'homme.

Je suis ma voix!

La voix humaine forme des ondes sonores complexes qui se modifient selon l'âge, le sexe et l'état affectif, rappellent les auteurs. « Depuis Cicéron et son ouvrage De oratore jusqu'aux chercheurs contemporains qui étudient les traits de caractère dans la voix en passant par l'âge d'or de la radio, la perception auditive s'articule autour de la personnalité », peut-on lire.

Les « émotions » évoquées par la prononciation (agressivité, attirance, compétence, estime de soi, dominance, féminité, sympathie, masculinité, confiance et chaleur) ne sont pas équivalentes d'un sexe à l'autre pour l'auditeur. « L'homme qui prononce un hello! avec force suscite à la fois la dominance et l'attirance chez l'auditeur. Dans la bouche d'une femme, la même prononciation éveille très peu l'attirance. »

Si ce résultat alimente directement un vieux stéréotype, l'ensemble de la recherche vient « illustrer des éléments majeurs de la perception auditive, qui semble tout aussi efficace pour exercer son jugement que la perception visuelle pour évaluer des visages », commente M. Belin au cours d'une entrevue téléphonique de son bureau écossais.

Todorov coauteur

Cette étude fait suite aux travaux du chercheur Alexander Todorov, de l'Université de Princeton, connu pour ses recherches sur la perception visuelle. À partir d'une méthodologie semblable, le coauteur de l'article de PLOS ONE (avec Phil McAleer, chercheur postdoctoral à Glasgow) a présenté une série de visages à des sujets qui devaient les classer selon leur première impression. « On sait que l'œil analyse les visages en une fraction de seconde, résume Pascal Belin. Le but de notre recherche était de comprendre si les mêmes mécanismes s'appliquaient sur le plan auditif. Les résultats sont éloquents. »

Les impressions engendrées par l'audition sont, en effet, très claires et consensuelles. « Pour nous, c'est une surprise. Les séances ont convergé vers des résultats similaires pour un nombre significatif de répondants. »

Le caractère évolutif de la découverte est avancé. En se forgeant une opinion très rapidement sur une personne à partir d'un seul mot, l'interlocuteur peut savoir à qui il accordera sa confiance et qui éveillera plutôt sa méfiance.

« Nous venons documenter scientifiquement un phénomène que plusieurs soupçonnaient. On sait par exemple que les conseillers en relations publiques travaillent sur des éléments vocaux avec leurs clients. Ils trouveront ici une démonstration supplémentaire de l'importance de cette première impression. »

Mathieu-Robert Sauvé