La dyscalculie, un handicap qui compte

  • Forum
  • Le 7 avril 2014

  • Dominique Nancy

(Illustration: iStockphoto)Le nombre 320 est-il plus grand que 180? Combien font 9-2? Les réponses à ces questions sont connues par la majorité des gens. Pas par ceux qui souffrent de dyscalculie.

 

« C'est plus qu'un problème de calcul. Pour les personnes atteintes de ce trouble, les nombres n'ont pas de sens. C'est comme du chinois », signale Farzâné Youssefi, étudiante de deuxième année au baccalauréat bidisciplinaire en linguistique et psychologie, qui participait le 28 mars à une journée de présentation par affiches du Département de linguistique et de traduction de l'Université de Montréal.

« Souvent associée à d'autres difficultés d'apprentissage, comme la dyslexie, la dyscalculie touche de cinq à sept pour cent de la population. Si le secteur de l'éducation est aujourd'hui mieux informé sur la dyslexie qu'il y a 10 ans, la dyscalculie est moins connue du grand public et des enseignants », indique Lydia Vincent-Dubé, une autre étudiante membre de l'équipe de travail.

Normalement, un enfant est capable, vers quatre ou cinq ans, d'évaluer de petites quantités d'objets. Ce n'est pas le cas de l'enfant touché par la dyscalculie. « Si l'on aligne 5 objets devant lui puis 10 autres au-dessous, il ne pourra pas dire quelle rangée en comprend le plus. Pourtant, sans même qu'on sache compter, la réponse est visible à l'œil nu », explique Farzâné Youssefi.

Quelle est l'origine de ce trouble? Comme le font remarquer les étudiantes, ce problème n'a rien à voir avec le quotient intellectuel. La dyscalculie a été décrite chez l'enfant et l'adulte grâce aux techniques d'imagerie médicale, note Stéphanie Desrochers, la troisième étudiante de l'équipe. « Lorsque les neurones sont activés par un travail mathématique, on peut détecter précisément où se produit l'activité cérébrale dans le cortex, dit-elle. Cela a permis de mettre au jour certains réseaux cérébraux associés à la dyscalculie. »

Chez une personne normale, le calcul mental active un large réseau de neurones distribués dans des régions des lobes frontaux et pariétaux du cerveau. Ces régions varient en fonction du type de calcul effectué et de l'âge. Par exemple, un calcul simple comme 1+1 fera appel chez un adulte à des réseaux cérébraux associés à la mémoire, alors que des zones dans le cortex pariétal comme le sillon intrapariétal seront davantage sollicitées pour résoudre des problèmes complexes.

Des études ont montré une désorganisation des neurones du calcul dans ces régions dans des cerveaux endommagés. Cela pourrait être à l'origine de la dyscalculie chez l'enfant. Chez les adultes, le problème survient parfois après un accident vasculaire cérébral. « Les régions du cortex pariétal incluant le sillon intrapariétal jouent aussi un rôle dans d'autres fonctions, comme le langage et l'attention, ce qui pourrait expliquer ces autres perturbations liées à la dyscalculie », souligne Stéphanie Desrochers.

Initiation à la recherche

Au total, une quarantaine d'étudiants inscrits au cours optionnel Troubles du langage et linguistique, ont scruté divers problèmes relatifs à l'apprentissage du langage et préparé une affiche au terme de leur analyse.

Pour Farzâné Youssefi, Lydia Vincent-Dubé et Stéphanie Desrochers, ce travail a permis de mesurer les connaissances scientifiques sur ce trouble encore méconnu dans la population. « Même si aucune de nous ne se destine à une carrière en recherche, on a acquis dans ce cours une méthode et des connaissances qui vont nous aider dans notre futur travail », affirme Lydia Vincent-Dubé.

La professeure du Département de linguistique et de traduction responsable du cours, Brigitte Stemmer, a voulu donner l'occasion aux étudiants de se pencher sur les troubles du langage les plus communs et d'approfondir leurs connaissances en apprenant à synthétiser les résultats des études consultées.

Outre la dyscalculie, la dyslexie, la dysphasie, l'aphasie, l'autisme, la schizophrénie, les démences, la maladie de Parkinson et les troubles pragmatiques ont fait l'objet de travaux. « C'est la première année que j'organise ce type de présentation pour ce cours, mentionne la professeure Stemmer. C'était un défi, car le nombre d'étudiants était plus grand que dans mes autres cours où j'utilise cette approche depuis fort longtemps. »

L'initiation à la recherche n'est qu'un des objectifs poursuivis par ce travail, rappelle Mme Stemmer. « Les étudiants sont amenés à résumer l'information pertinente et à la présenter de façon succincte et critique par écrit et oralement, commente-t-elle. Quand ils lisent une étude scientifique, les étudiants éprouvent souvent des difficultés à distinguer les éléments principaux des éléments secondaires. La création d'une affiche, dont l'espace est limité, les oblige à se concentrer sur les aspects importants. Ils doivent également expliquer leur affiche oralement et discuter des données avec les autres étudiants. Malgré la somme de travail exigée, ils semblent apprécier l'expérience. »

Dominique Nancy