Le coloré Dr Patch Adams rencontre des étudiants de l’UdeM

  • Forum
  • Le 7 avril 2014

  • Martin LaSalle

Alliant médecine, humour, écoute et compassion, Patch Adams est un précurseur de l’approche humaniste envers les patients. (Photo: Martine Larose)Rendu célèbre par un film basé sur sa vie, le Dr Hunter « Patch » Adams était de passage récemment à Montréal dans le cadre de la « Semaine de la foulosophie ».

 

À cette occasion, la chargée de cours Lina Bergeron a organisé une rencontre entre le médecin-clown et une cinquantaine de ses étudiants de l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal.

Collaborant aux activités de l'institut du Dr Adams, Mme Bergeron intègre la philosophie humaniste du médecin dans son cours en psychoéducation qui aborde les éléments relationnels de l'intervention.

« J'ai vu dans cette rencontre avec Patch Adams la possibilité pour les étudiants d'en apprendre davantage sur sa philosophie et de pouvoir discuter avec lui pour obtenir des réponses à leurs questionnements », précise-t-elle.

Lina Bergeron

D'abord être heureux... et contagieux

Depuis 1971, Patch Adams nourrit le rêve de créer le premier « hôpital heureux de la planète » en Virginie-Occidentale. Il parcourt le monde depuis des décennies pour amasser les fonds qui permettront un jour, peut-être, d'effectuer la première pelletée de terre.

« Je croyais que mon projet serait terminé en 1975 et l'hôpital n'est toujours pas construit. Est-ce un échec? Absolument! Et j'aime ça! » a-t-il lancé tout de go.

L'homme est tout sauf masochiste. En fait, l'important pour lui est de tenir bon, de ne jamais se décourager. « Le succès n'est pas un objectif : le succès, c'est essayer et persister! » a-t-il déclaré.

Patch Adams a prodigué de nombreux autres conseils à son auditoire attentif, mais il a insisté sur trois comportements à bannir pour avoir une vie heureuse : « Chialer, être apathique et se laisser décourager. »

De la relation entre patients et médecins

S'il remet en question l'ensemble du système médical dans sa façon d'aborder la maladie en général, Patch Adams dit en avoir particulièrement contre la détérioration de la relation patient-médecin engendrée par ce système.

« Aux États-Unis, une visite dure six minutes en moyenne, signale-t-il. Lorsque je rencontre un patient pour la première fois, je passe quatre heures avec lui pour mieux le connaître. »

Selon lui, une telle approche permet de mieux cerner les besoins réels des patients, notamment ceux qui ont des problèmes de santé mentale.

« La dépression est un symptôme de solitude et non une maladie, plaide Patch Adams. Nous sommes des êtres tribaux qui avons besoin les uns des autres et, lorsqu'une personne dépressive me consulte, je lui demande ce qui lui manque. Et sa réponse est qu'elle est seule, isolée de ses amis et de sa famille. » Or, une personne seule est dépossédée de son humanité, juge-t-il.

Il dénonce aussi un autre malaise du monde contemporain : l'individualisme forgé au fil des décennies par le capitalisme et la société de consommation. « Trop de personnes ne sont orientées que vers elles-mêmes : “Moi! Moi! Moi! Moi!”, au lieu d'être empathiques et d'aider ceux qui les entourent », a-t-il souligné.

L'empathie sans se perdre

Malena Argumedes

L'ensemble des étudiants interrogés à l'issue de la conférence de Patch Adams ont apprécié leur rencontre avec l'imposant médecin de 6 pi 4 po (1,93 m)...

Malaïka Bittar-PiekutowskiPour Malena Argumedes, doctorante de troisième année en psychoéducation qui se spécialise dans l'intervention auprès des autistes, l'entretien a été à la fois « positif et confrontant : dans mon domaine, on nous apprend à être empathiques, mais lui nous dit de penser en dehors de la théorie et de la méthode pour aider le patient à sortir de lui-même. »

« Il nous dit d'être empathiques vis-à-vis de l'essence même de la personne à traiter, sans toutefois accorder trop d'importance à la carapace qu'elle s'est faite et ça, c'est intéressant comme approche », ajoute Malaïka Bittar-Piekutowski, finissante au baccalauréat.

Marie-Michèle Dufour« Le message de Patch Adams est le même que ce que nous enseigne Lina [Bergeron], indique Marie-Michèle Dufour, étudiante de deuxième année à la maîtrise. Il faut que notre intervention repose à la fois sur nos connaissances et sur notre savoir-être, sur notre individualité. »

Ils étaient d'ailleurs plusieurs à avoir de bons mots pour Lina Bergeron et le contenu de son cours.

« Dans son cours, nous apprenons qu'il faut aussi être bien avec soi-même pour aider les autres, qu'il faut se brancher sur ses propres valeurs et accorder de l'importance à la qualité relationnelle, tant pour l'intervenant que pour le patient », ont dit tour à tour Carmen Rogriguez, Marie-Josée Harbec et Paul Vachon.

Pour la principale intéressée, « il importe que, de pair avec la transmission de connaissances scientifiques, nous offrions du soutien aux étudiants afin qu'ils concrétisent leurs aspirations  professionnelles et développent leur savoir-être. La rencontre avec Patch Adams s'inscrivait dans cette vision », conclut Lina Bergeron.

Martin LaSalle