Les nouveaux vétérinaires seront formés par compétences

  • Forum
  • Le 7 avril 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Ces affiches sont placardées sur les murs des corridors et salles de la faculté de Saint-Hyacinthe.Communiquer; gérer les ressources; agir avec professionnalisme; intégrer la démarche scientifique; évaluer l'animal et établir un diagnostic; soigner et traiter; promouvoir la santé animale et la santé humaine. Voilà les sept compétences qui seront visées par le programme de formation en médecine vétérinaire (D.M.V.) à l'Université de Montréal dès l'automne prochain.

 

« C'est un virage pédagogique majeur qui nous place à l'avant-garde de l'enseignement vétérinaire au Canada », résume la Dre Michèle Doucet, vice-doyenne responsable de ce projet qui occupe le personnel enseignant depuis six ans.

Mme Doucet précise que l'apprentissage axé sur les compétences ne se fera pas au détriment des connaissances, puisque les évaluations traditionnelles continueront. Un parcours d'évolution des compétences et un portfolio de réflexion s'ajouteront aux exigences de réussite du programme. En un coup d'œil, on verra les forces et les faiblesses des étudiants pour chacune des compétences ciblées.

Pour la Faculté de médecine vétérinaire, c'est un long processus qui s'achève, puisque la demande de rendre compte des compétences des finissants en tant qu'exigence d'agrément de la faculté remonte à un congrès de l'American Association of Veterinary Medical Colleges en 2008. Prenant le milieu par surprise, l'organisme a lancé un appel général à la réforme de l'enseignement dans les écoles vétérinaires d'Amérique du Nord. En 2012, lors de leur visite à Saint-Hyacinthe, les évaluateurs ont louangé le travail de l'Université de Montréal. « Votre nouveau programme est très innovateur et devrait servir d'exemple aux autres établissements nord-américains », a affirmé l'un d'eux, le Dr David E. Granstrom.

Il restait des ficelles à attacher. C'est maintenant chose faite. « Un projet pilote d'implantation a été mené et les étudiants ont bien réagi à la nouvelle approche », mentionne Mme Doucet. Le personnel enseignant, lui aussi, a bien répondu aux attentes.

Promotion par affiches

Quand on circule dans la faculté, il est impossible de ne pas apercevoir sur les babillards et les murs les affiches faisant la promotion de l'apprentissage axé sur les compétences. Élaborée par le service des communications de la faculté (François Barnabé-Légaré et Mathieu Dobchies ont coordonné le projet), cette campagne de mobilisation met en vedette les personnels enseignant et non enseignant. On y voit la technicienne en gestion des dossiers étudiants Chantale Gagnon; les techniciens en santé animale Annie Vincent et Carl Bernard, autant que les professeurs et cliniciens Marie-Ève Nadeau, Frédéric Sauvé, Paul Carrière et Mariela Segura. Le président de l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec, Joël Bergeron, praticien à Boucherville, est aussi parmi les « ambassadeurs » du nouveau programme. La photo de chaque tête d'affiche est accompagnée d'un slogan tiré des consultations. « Intégrer les sciences fondamentales en soutien aux compétences, j'y crois », lance par exemple la Dre Segura, souriante. «Soutenir les étudiants dans leur apprentissage, j'y crois », dit quant à lui Carl Bernard. Toutes les affiches reprennent le leitmotiv de la campagne : « La formation des médecins vétérinaires, notre mission, notre passion. »

Michèle Doucet a toujours cherché à rendre son enseignement plus dynamique.Cette nouvelle approche marque « le plus important changement de paradigme dans l'enseignement de la médecine vétérinaire », juge la vice-doyenne Doucet. Fini le temps où les matières étaient enseignées de façon indépendante les unes des autres, en silo, avec des maîtres transmettant leur savoir devant des salles silencieuses. Désormais, les professeurs sont des « guides » pour les étudiants, qui deviennent plus autonomes dans leur apprentissage, illustre-t-elle.

En 2007, la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal a procédé à une réforme similaire, mais en reconstruisant tout le parcours du doctorat de premier cycle (Pharm. D.). En médecine vétérinaire, il est plus juste de parler de « rénovation » du programme. Il demeure que tous les secteurs de l'enseignement sont touchés.

En poste depuis 2010, Mme Doucet s'est entourée d'une équipe constituée notamment des conseillers pédagogiques Marilou Belisle et André Laflamme. Mme Belisle a rédigé une thèse de doctorat à l'Université de Sherbrooke avec l'un des piliers de l'approche par compétences au Québec, Jacques Tardif.

Prêcher par l'exemple

Intéressée depuis longtemps par la pédagogie universitaire, Michèle Doucet a contribué à l'amélioration de l'enseignement de sa discipline, la pharmacologie clinique vétérinaire, avant de passer au vice-décanat au développement pédagogique et à la qualité des programmes. Réputée aride, sa matière consiste en des concepts plutôt abstraits touchant l'usage des médicaments, les interactions à éviter et les différences entre espèces animales... que les étudiants doivent intégrer de façon pratique. « J'ai toujours considéré que mes étudiants trouvaient ma matière difficile. J'ai cherché des moyens de rendre cet enseignement plus dynamique et appliqué », relate-t-elle.

S'inspirant d'innovations technologiques en didactique, Mme Doucet a implanté un projet pilote de télévoteurs qui a connu un succès immédiat. Il s'agissait de permettre aux étudiants de réagir en temps réel aux apprentissages en utilisant un dispositif électronique branché à l'ordinateur du professeur. La rétroaction est immédiate. La faculté dispose aujourd'hui d'un système sans fil qui est très populaire parmi les étudiants. Plusieurs professeurs l'ont adopté dans leur cours.

Le nouveau programme intégrera ce genre d'initiatives, et bien d'autres, afin de stimuler l'autonomie des étudiants. « On veut qu'ils soient mis en situation le plus possible durant leur formation de façon à les rendre le plus compétents possible au jour un de leur pratique professionnelle », explique Mme Doucet.

Elle tient à rendre hommage à son équipe et à l'ensemble du corps professoral qui, en dépit de quelques réticences, s'est engagé totalement dans la nouvelle orientation. « Nous sommes prêts à prendre le virage avec enthousiasme », commente-t-elle.

Preuve que la faculté se prépare, le site du D.M.V. axé sur les compétences affiche un compteur des jours avant le lancement du nouveau programme. Il n'en restait que 140 au moment de mettre sous presse.

Mathieu-Robert Sauvé