Un ambassadeur à la rencontre des étudiants

L’ambassadeur du Canada en Chine, Guy Saint-Jacques (diplômé de l’UdeM en géologie en 1974), a mentionné aux étudiants l’importance de «bien connaître son histoire».L'ambassadeur du Canada en Chine, Guy Saint-Jacques, était, le 27 mars dernier, l'invité du Centre d'études de l'Asie de l'Est de l'Université de Montréal, pour qui il a dressé un état des lieux de la Chine depuis l'arrivée au pouvoir du président Xi Jinping.

 

Cet ancien diplômé de l'UdeM, qui occupe un poste bien souvent considéré comme le deuxième en importance dans la hiérarchie canadienne de la diplomatie, a également accepté de répondre aux questions des étudiants sur son rôle d'ambassadeur.

Guy Saint-Jacques affirme que le président chinois élu il y a un an a imposé un style nouveau. Très proche du peuple, Xi Jinping « se sent investi d'une mission » et est déterminé à ce que des réformes en profondeur soient engagées. Il a d'ailleurs fait de la lutte contre la corruption un de ses chevaux de bataille. M. Saint-Jacques rappelle cependant que la Chine doit faire face à de nombreux défis économiques liés à la dégradation de l'environnement, au vieillissement de la société et à l'accroissement des inégalités de revenus.

Xi Jinping s’est engagé à lutter contre la corruption. (Photo: Michel Temer)En ce qui concerne les droits de l'homme, l'ancien négociateur canadien dans le dossier des changements climatiques est pessimiste. Depuis l'élection de Xi Jinping, le pouvoir a en effet renforcé les contrôles, notamment sur Internet, ainsi que la censure, et des dissidents sont emprisonnés. Au sujet des évènements de la place Tianan men, dont on s'apprête à souligner le 25e anniversaire, M. Saint-Jacques parle de « question très délicate ». Il est catégorique, aucune réévaluation de ces évènements ne sera faite par le pouvoir, tout débat pouvant en effet conduire à son effondrement.

Les relations entre le Canada et la Chine sont en tout cas au beau fixe. Les deux visites officielles de Stephen Harper en 2009 et 2012 y sont pour beaucoup. Le Canada mène d'ailleurs une politique d'engagement stratégique en Chine. Deuxième partenaire commercial du Canada, l'empire du Milieu a investi 40 milliards de dollars au pays. Et les touristes et étudiants chinois sont de plus en plus nombreux à venir au Canada.

M. Saint-Jacques précise toutefois que les relations entre les deux pays ont pu être plus difficiles par le passé. Ainsi, il y a eu un refroidissement après l'élection de 2006, alors que la Chine n'avait pas apprécié les commentaires faits sur les droits de l'homme et la liberté religieuse. Les choses se sont améliorées par la suite.

L'ambassadeur, un conseiller et exécutant

Quand on lui demande quel rôle peut jouer un ambassadeur dans le réchauffement des relations diplomatiques, M. Saint-Jacques fait remarquer qu'il n'est qu'un « exécutant ». « Une fois que les décisions sont prises, il faut les appliquer. » Mais, assumant des fonctions de conseiller, l'ambassadeur peut présenter des recommandations à Ottawa, promouvoir des idées et fournir des options aux décideurs. À un étudiant qui voulait savoir s'il était possible d'aborder des « sujets tabous » avec les autorités chinoises, Guy Saint-Jacques a dit espérer que, lorsque les relations entre les deux pays seraient plus étroites, ces sujets pourraient être évoqués. « Il faut être modeste dans ses attentes et savoir profiter du moment opportun. Si, chaque fois qu'on rencontre les Chinois, c'est pour les critiquer et annoncer de mauvaises nouvelles, nous ne serons plus les bienvenus », indique-t-il.

Dans l'assistance était peut-être présent un futur ou une future diplomate. M. Saint-Jacques, qui a été à la tête de la Direction générale de la gestion du personnel au ministère des Affaires étrangères, a accepté de prodiguer quelques précieux conseils aux étudiants qui souhaiteraient faire carrière dans le milieu de la diplomatie. Rigueur intellectuelle, capacité d'analyse des problèmes, créativité et flexibilité sont, selon lui, nécessaires pour mener à bien cette « carrière exigeante ». Les profils recherchés par le gouvernement sont variés. « Nous avons besoin d'avocats, d'économistes, de gens qui ont travaillé en politique ou en relations internationales, mais aussi de diplômés en philosophie ou en théologie qui nous permettent par exemple de mieux comprendre les religions. » M. Saint-Jacques a enfin mentionné l'importance « de bien connaître son histoire ». Il se souvient ainsi d'avoir été quelque peu déconcerté lorsqu'on avait demandé au jeune diplômé qu'il était alors, au moment de son entrevue de recrutement, de nommer... des héros du Canada anglais!

Benjamin Augereau
Collaboration spéciale