Ma p'tite vache a mal au ventre!

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  • Le 14 avril 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Le Dr Chorfi combat l’ennemi numéro un de la nutrition animale, soit une classe de moisissures qui s’attaquent aux réserves de grain ingéré par le bétail. (Photo: Marco Langlois)Juste à regarder un chat ou un chien, le Dr Younès Chorfi peut voir s'il souffre de maux courants de nos jours tant dans le monde animal que chez l'être humain : obésité, diabète, malnutrition.  « Les animaux ne connaissent pas instinctivement la quantité de nourriture qu'ils doivent absorber, encore moins ses propriétés nutritives, dit ce spécialiste de la nutrition animale de l'Université de Montréal.

 

C'est à leurs propriétaires de les rationner en fonction de leurs besoins. »

Il y a bien longtemps que le Dr Chorfi n'ausculte plus de petites bêtes pour recommander un régime minceur qui permettra, avec un peu d'exercice, de rétablir le poids santé de l'animal. Il travaille désormais avec des éleveurs et ses clients sont des centaines, voire des milliers de bêtes à la fois. C'est l'analyse sanguine qui lui permet d'établir un diagnostic et de prescrire des traitements.

L'ennemi public numéro un, pour lui, c'est une classe de moisissures qui s'attaquent aux réserves de grain ingéré par le bétail et qui sécrètent des mycotoxines compromettant la santé des animaux d'élevage. La mycotoxine désoxynivalénol (surnommée vomitoxine) est dans sa mire. « L'effet des aliments naturellement contaminés par la vomitoxine à très faibles doses (1,5 et 3,5 parties par million) sur la réponse immunitaire a été évalué chez des porcelets et les résultats montrent que les concentrations élevées de vomitoxine nuisent à la prolifération des cellules sanguines et diminuent la réponse immunitaire. La vomitoxine peut donc augmenter la susceptibilité des jeunes porcs aux virus présents au Québec et provoquer des pertes significatives pour l'industrie porcine », mentionne le Dr Chorfi en résumant sa recherche.

Vomitoxine et sélénium

Chez la vache, la vomitoxine réduit l'appétit et altère la résistance aux maladies dont la mammite, ou inflammation des mamelles, qui est relativement courante. « Donnée par une infection, la mammite peut entraîner des pertes de productivité chez l'éleveur; une marge de profit ainsi entamée peut signifier une moins bonne année », résume-t-il.

Pour déceler la présence de la vomitoxine dans les réserves de grain, le professeur Chorfi a mis au point un procédé consistant à analyser le sang de l'animal plutôt que des échantillons de grain pris au hasard dans le silo. L'animal devient le témoin de la présence de la toxine.

Oligoélément essentiel à l'organisme humain, le sélénium prévient les maladies cardiovasculaires et participe au fonctionnement du système immunitaire. On en trouve dans le poisson gras, le foie de veau et quelques légumineuses. Mais une surdose peut causer des nausées et une fatigue extrême. C'est un bon exemple de l'équilibre fragile qui existe dans le corps.

Pour les animaux d'élevage, c'est la même chose. Lorsqu'il est présent dans l'alimentation des ruminants, le sélénium fait son effet; en quantité excessive, il devient délétère. « Normalement, le sélénium d'origine organique est présent dans la nature, mais, dans l'est de l'Amérique du Nord, on en trouve très peu en milieu naturel. Il faut donc supplémenter la nourriture avec des produits de synthèse pour obtenir ses bienfaits. »

Le Québec est un producteur laitier très efficace. Une seule vache peut produire en moyenne 8700 kilos de lait par an. « Mais elle est comme une voiture de course qui roule à 300 kilomètres à l'heure; tant qu'aucun obstacle ne se dresse, tout va bien. Nous  sommes là pour tenter de prévenir les problèmes », commente le spécialiste.

Du Maroc au Québec

Originaire du Maroc, où il a entamé sa formation scientifique avant de déménager au Québec en 1997 (ses trois enfants sont nés ici), Younès Chorfi a collaboré à la mise sur pied des unités de travail de la plateforme de recherche environnementale et production animale, avec son collègue Vincent Girard. Il venait de terminer un doctorat en pathologie après une maîtrise en virologie. Dans ce « laboratoire vétérinaire en agroenvironnement », le professeur Chorfi possède des locaux où il étudie les effets de la nutrition animale sur le plan microscopique.

En plus de ses recherches sur l'amélioration de la santé animale par l'alimentation, le chercheur tente de mettre au jour des biomarqueurs pour mesurer l'exposition aux mycotoxines chez les animaux domestiques. Il a aussi documenté l'effet de la vitamine E chez différentes espèces animales, dont le chien. Il a découvert que l'augmentation de l'apport alimentaire de cette vitamine peut améliorer la qualité de vie du meilleur ami de l'homme aux prises avec des problèmes d'arthrose.

Mathieu-Robert Sauvé

 

Plateforme agroenvironnementale (REPA)