Aînés et somnifères : des patients informés font des choix sensés

(image : iStock)Au Québec, quelque 30 % des femmes âgées sont accrocs aux somnifères, un enjeu de santé publique de taille. « Bien des gens croient que les patients ne sont pas capables de prendre des décisions pour réduire leur propre prise de médicaments, » explique la Dre Cara Tannenbaum, titulaire de la Chaire pharmaceutique Michel-Saucier en santé et vieillissement, et gériatre à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal, affilié à l'Université de Montréal.

 

« Et pourtant, c'est le contraire : nous avons des preuves que ce sont les patients les mieux informés qui font les meilleurs choix. »

L'étude de la Dre Tannenbaum, publiée dans JAMA Internal Medicine, regroupait 303 utilisateurs chroniques de somnifères âgés de 65 à 95 ans choisis au hasard. Les participants ont été recrutés dans des pharmacies de la région de Québec. En moyenne, les participants utilisaient des somnifères depuis 10 ans et prenaient environ 10 médicaments différents par jour. Ils ont accepté de participer à une intervention de responsabilisation visant la cessation de la médication. Les participants ont reçu un document de sept pages décrivant les risques des somnifères et ont été invités à discuter avec leur médecin ou leur pharmacien d'un protocole de cessation graduelle de la prise de somnifères.

Cara TannenbaumParmi les personnes âgées visées par l'intervention, 62 % ont eu une discussion avec leur intervenant en soins de santé sur la réduction de leur consommation de somnifères. Six mois plus tard, 27 % avaient réussi à se défaire de leur dépendance, et 11 % étaient en processus de sevrage. « Ces résultats sont extraordinaires, affirme la Dre Tannenbaum. Un grand nombre d'aînés vivent une dépendance aux somnifères qui peut durer des années. Le simple fait de leur fournir les dernières informations scientifiques leur a donné le pouvoir de se réapproprier leur sécurité au regard de ce médicament. Ils en ont discuté avec leur intervenant en soins de santé et enclenché le processus de réduction des ordonnances. Le fait de prendre un médicament depuis longtemps ne signifie pas qu'on doit le prendre pour le reste de ses jours. » L'étude conclut que l'on ne fait pas suffisamment confiance en la capacité des aînés à participer activement et avec compétence aux décisions concernant leurs soins de santé et leur médication.

Les travaux de la Dre Tannenbaum constituent un plan d'action concret pour mettre en œuvre la recommandation formulée dans les critères de Beers 2012 de l'American Geriatrics Society selon laquelle les somnifères – et 53 autres médications – devraient être évités chez les personnes âgées. « Fait intéressant, les femmes sont plus enclines à prendre des somnifères que les hommes, précise la Dre Tannenbaum. L'efficacité de l'intervention de responsabilisation a été la même pour les deux sexes. L'an dernier, l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux a réduit de moitié la dose recommandée d'un somnifère, le zolpidem, pour les femmes. On constate de plus en plus que l'action de certains médicaments est plus puissante chez les femmes, en raison de leur taille plus petite et de leur morphologie. Il faut poursuivre les recherches pour s'assurer que les femmes soient informées de ces risques d'une manière efficace, opportune et valide scientifiquement. » Il est possible de consulter l'intervention de responsabilisation dans le site Web du journal JAMA Internal Medicine.

À propos de l'auteure :
Cara Tannenbaum, M.D., M.Sc., est gériatre et chercheuse en promotion de la santé à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM). Elle est également titulaire de la Chaire pharmaceutique Michel-Saucier en santé et vieillissement de la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal et professeure de médecine à l'Université de Montréal. Elle est à la tête d'un programme de recherche en épidémiologie et en soins cliniques gériatriques. Sa pratique médicale vise à améliorer les soins de santé pour les personnes âgées. Elle est la récipiendaire du prix Betty Havens 2013 de l'application des connaissances de l'Institut du vieillissement des IRSC.