Marc Laurendeau célèbre 20 ans d'enseignement... et 40 de journalisme

  • Forum
  • Le 22 avril 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Marc Laurendeau déploie tous les efforts afin de ne pas se laisser happer par la routine dans son enseignement.Sarah-Maude Lefebvre terminait ses études de baccalauréat en communication quand elle s'est inscrite au cours Analyse de l'actualité, donné par Marc Laurendeau au Certificat en journalisme de l'Université de Montréal. Elle a décidé de devenir journaliste à l'issue de ce cours.

 

« Il m'a fait réaliser à quel point ce métier était fait pour moi », relate la jeune femme, journaliste permanente au Journal de Montréal depuis 2011.

Avec ses exigences de rigueur tant pour la réflexion que pour la qualité de la langue, le professeur l'a poussée à se dépasser. Apportant une dimension internationale à son enseignement, le chargé de cours a demandé et obtenu beaucoup de l'étudiante. « Je me suis fait prendre au jeu et ma décision professionnelle s'est précisée à mesure que le cours progressait », estime-t-elle.

Ce témoignage réjouit celui qui a fait la revue de presse du matin à ICI Radio-Canada Première pendant 22 ans. « Pas un jour ne passe sans que je voie la signature d'un de mes anciens étudiants dans un journal ou que j'entende l'un d'entre eux à la télévision ou à la radio, commente-t-il. Ça fait toujours plaisir de sentir qu'on sert à quelque chose. »

Marc Laurendeau a donné son premier cours en 1995; il avait reçu l'offre par téléphone alors qu'il était en reportage en Afrique. « Je n'avais pas beaucoup de temps, mais j'ai accepté. Je ne l'ai jamais regretté! » En 2005, il gagnait le prix annuel d'excellence décerné par la Faculté de l'éducation permanente au chargé de cours s'étant le plus distingué par la qualité de son enseignement. Responsable du programme, Robert Maltais souligne que M. Laurendeau obtient chaque année des notes supérieures à 3,5 sur 4 aux évaluations, ce qui en fait l'un des enseignants les plus appréciés du programmme de journalisme, voire de la faculté.

« Cette année marque aussi mes 40 ans de carrière en journalisme », ajoute l'ancien éditorialiste en chef du quotidien Montréal-Matin (de 1975 à 1979) puis chroniqueur et analyste au journal La Presse de 1978 à 1988. On a vu M. Laurendeau sur les écrans de télévision au Québec, ayant été successivement journaliste-interviewer et animateur d'émissions d'affaires publiques. Intéressé par l'information internationale, il est un spécialiste de la Russie contemporaine, de la Chine et du Japon, où il a séjourné plusieurs fois.

Cynique recyclé

Cela dit, pour plusieurs, Marc Laurendeau demeurera toujours l'humoriste décapant du groupe Les cyniques, qui ont sévi dans les années 60 et 70. « Je n'ai jamais renié ces années où j'ai donné des spectacles d'humour sur scène. Mais il est vrai que, durant les premières années de journalisme, j'ai cherché à faire oublier mon ancien métier pour asseoir ma crédibilité; ce n'était pas toujours facile! » dit-il, sourire en coin.

« Au même titre que Deschamps, Charlebois, Bourgault, Chartrand contribuaient à exacerber l'inconfort dans lequel vivait le peuple québécois, les Cyniques étaient brillants, fougueux et baveux », écrit Guy A. Lepage dans l'avant-propos de l'anthologie de l'œuvre du quatuor, parue l'automne dernier aux Éditions Triptyque. Pour l'animateur, Marc Laurendeau, « charmant et affable, plus sérieux qu'un pape », était le plus drôle des quatre.

Pourtant, rien ne prédisposait ce fils d'assureur montréalais à devenir humoriste ou même journaliste. Inscrit à la Faculté de droit de l'Université de Montréal, c'est pendant ses études qu'il découvre son talent pour faire rire... Il adore ça. Malgré tout, après 11 ans à brûler les planches, il renonce à sa carrière en droit. « Je me serais senti ridicule de voir arriver un client dans mon cabinet d'avocat qui m'aurait dit : “Je vous ai vu en spectacle hier à La butte à Mathieu ou au Casa Loma.” »

Inscrit à la maîtrise en science politique, il rédige un mémoire sur la violence politique au Québec, qu'il publiera en 1970. Réédités trois fois chez Boréal, Les Québécois violents présentent une analyse du terrorisme à la québécoise. Il a interviewé la plupart des acteurs de premier plan de la crise d'Octobre, dont certains étaient derrière les barreaux au moment des entrevues. Comme journaliste, il suivra de près l'enquêteur spécial Jean-François Duchêne, les commissions Keable et McDonald, bref, les instances officielles chargées de faire la lumière sur cet épisode historique.

Marc Laurendeau et l'UdeM

« Je garde un lien très fort avec l'UdeM. J'y ai étudié le droit et la science politique tout en m'y exprimant par l'humour avant d'entreprendre ma carrière de journaliste. L'université, c'est l'affaire de toute une vie », déclarait-il après avoir accepté d'être ambassadeur du 1er Mois des diplômés, en 2007.

Il confirme en entrevue que sa vie a été fortement imprégnée par l'université sur la montagne; sa sœur Monique, disparue l'an dernier, y a fait carrière comme professeure au Département de psychologie. Son fils Maxime y a étudié la médecine – il termine actuellement sa spécialité en psychiatrie. « J'ai gardé d'excellents souvenirs de professeurs comme Jean Meynaud en science politique, Jean Beetz et Jacques-Yvan Morin en droit. Ils m'ont transmis des connaissances, mais ils m'ont surtout inspiré. »

Devant les 50 à 60 étudiants inscrits à son cours chaque trimestre, l'enseignant s'efforce de ne pas se laisser happer par la routine. « De toute façon, l'actualité change tout le temps. Ce printemps, par exemple, nous avons analysé ensemble la campagne électorale québécoise. Nous avons tenu un débat sur le fait marquant de la campagne : l'entrée en scène de Pierre Karl Péladeau. »

Par un de ces hasards qui ne s'inventent pas, le député de Saint-Jérôme fait son entrée dans le café où se tient la rencontre avec Forum. La conversation s'engage et le journaliste interrogera M. Péladeau sur son poing levé, geste qu'il a amplement discuté avec ses étudiants.

Mathieu-Robert Sauvé