Kevin Mejo, le pharmacien humaniste

Les gens parcouraient parfois des centaines de kilomètres pour venir à la pharmacie du père de Kevin Mejo, au Cameroun. À l'époque, il y avait trois pharmacies pour 180 000 habitants dans la région du Dja-et-Lobo.

 

Son père lui confiait des responsabilités importantes et Kevin Mejo, aujourd'hui pharmacien communautaire, garde d'innombrables souvenirs de cette expérience. Tous ont en commun la relation qu'il établissait avec les personnes qu'il servait. Comme son père le lui avait enseigné, il faut prendre le temps de s'enquérir de l'état de santé de chacun, pour ensuite expliquer la nature du médicament prescrit et sa posologie. C'était primordial pour que la santé du patient s'améliore.

Répondre aux questions des gens, vulgariser la science et, surtout, aider son prochain... C'est ce que Kevin Mejo affectionne le plus dans sa profession, qu'il pratique au Québec depuis l'obtention de son diplôme à la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal en 2010.

Communiquer et accompagner

Si les maladies dont souffraient les patients de son père diffèrent de celles des patients que traite Kevin Mejo à présent, le besoin de communiquer efficacement pour optimiser le traitement demeure sensiblement le même.

«Des jeunes femmes qui ne connaissent rien de la contraception ou des risques de maladies transmises sexuellement, ça existe au Québec, indique-t-il. Et des personnes qui ont appliqué des compresses chaudes plutôt que froides sur une entorse, ça existe aussi.» Kevin Mejo prête avant tout attention à l'état de la personne qui se présente devant lui, pour mieux comprendre son contexte de vie.

Par exemple, lorsqu'un nouveau papa vient chercher des médicaments et autres produits pour sa conjointe qui vient d'accoucher, la première chose que fait le pharmacien est de le féliciter chaleureusement, avec un large sourire. Puis il lui demande si l'accouchement s'est bien passé, comment la maman et lui-même se sentent... «Avec toute l'excitation qu'une naissance peut provoquer, c'est essentiel de le mettre en confiance, qu'il se sente compris, confie le pharmacien. Il sera dans de meilleures dispositions pour retenir l'information sur les produits qu'il doit rapporter à sa conjointe.»

Il rassure son client quant aux renseignements qu'il pourrait oublier sur le chemin du retour. «Il est normal qu'il ne se souvienne pas de tout ce que je lui ai dit... Je lui rappelle de ne pas hésiter à me téléphoner au besoin une fois rendu à la maison», rigole-t-il.

Une profession à un tournant

Comme bien d'autres pharmaciens, Kevin Mejo ne peut s'astreindre à n'exécuter que des ordonnances.

«La pratique de la pharmacie communautaire est à un point tournant, dit-il. Avec les temps d'attente dans les soins de première ligne qui ne diminuent pas, ainsi qu'avec les difficultés que plusieurs rencontrent à trouver un médecin de famille, le pharmacien communautaire peut offrir davantage de soins pharmaceutiques pour désengorger le réseau et c'est justement l'esprit du projet de loi 41 modifiant la Loi sur la pharmacie.»

Ce projet de loi permettra notamment aux pharmaciens de prolonger ou de modifier une ordonnance ou encore de prescrire certaines analyses de laboratoires.

Kevin Mejo voit plus loin

«Le projet de loi 41 est un bon début, mais les différents intervenants de la santé doivent tendre vers l'interdisciplinarité, ajoute-t-il. Il faut élargir les plages de collaboration, dépasser le stade de l'approche en silo pour tenir compte des effets du travail collectif sur la santé du patient afin d'avoir une prise en charge plus optimale.»

Il considère d'ailleurs cette collaboration comme fondamentale dans le contexte de rupture de stock de certains médicaments au Québec. «Autant pour des conditions mineures que pour des cas d'hypertension ou de sclérose en plaques, l'équipe soignante doit trouver au plus vite une solution afin d'éviter que les patients en subissent les conséquences », déplore-t-il.

De même, Kevin Mejo est d'avis que les nouveaux pharmaciens doivent aller exercer en région pour voir comment la profession y est pratiquée.

Au cours des dernières années, sa pratique l'a mené de l'Outaouais à l'Estrie, en passant par les Hautes-Laurentides, la Côte-Nord, l'Abitibi-Témiscamingue et même la Baie-James, au sein des Premières Nations.

«L'éventail des maladies qu'on y traite est différent, tout comme les approches de soins, souligne-t-il. Il est fréquent que, pour le traitement de certaines maladies, les régions soient plus avancées que les grands centres, sans compter que la qualité de vie y est exceptionnelle!»

La quête de l'effet positif

La récompense ultime, pour ce professionnel de la santé, est de savoir que les actions qu'il mène finissent par avoir des retombées positives dans la vie des gens.

Comme ce fut le cas pour un patient itinérant souffrant de maladie mentale, qu'il avait accueilli en 2010 et qui avait des idées suicidaires. Il a pris le temps de l'écouter et lui a parlé avant de lui donner ses médicaments.

Il y a quelques mois, Kevin Mejo a revu le patient. «Il m'a dit que, ce soir-là, je lui avais sauvé la vie, conclut-il fièrement. Depuis, il a quitté la rue et, aux dernières nouvelles, son état s'était grandement amélioré.» n

Martin LaSalle

Cet article est extrait de la revue "Les diplômés" (n°426)