Rose-Marie Charest, la psy qui parle au monde

Rose-Marie Charest utilise différentes tribunes pour vulgariser des notions de psychologie clinique.Rose-Marie Charest se souviendra toute sa vie de son voyage familial à Montréal lorsqu'elle était enfant. «Mon père a fait un détour par le boulevard Édouard-Montpetit pour nous montrer l'Université de Montréal!» raconte-t- elle en riant.

 

Un détour qui a tracé la voie de la petite Gaspésienne. «À l'époque, dans mon village de Grande- Rivière, aucune femme n'était encore allée à l'université. Mes parents ont semé chez moi l'idée que c'était possible.» Quelques années plus tard, en 1973, elle entamera ses études en psychologie à l'UdeM.

Pas besoin de la titiller longtemps pour qu'elle vous parle de son alma mater. Présidente de l'Ordre des psychologues du Québec depuis 1998, chroniqueuse, auteure, Rose-Marie Charest lui voue une reconnaissance éternelle. «C'est l'établissement qui m'a le plus marquée: l'UdeM a soutenu tout mon parcours.» En plus d'y avoir étudié (baccalauréat, maitrise, scolarité de doctorat), elle a été chargée de cours et a inauguré avec succès, en 1980, les conférences des Belles Soirées – auxquelles elle participe toujours, traitant aussi bien du couple que de l'affirmation de soi, de l'argent ou du bonheur.

Premier jour d'université

Son tout premier jour sur le campus est encore frais à sa mémoire. Directeur du Département de psychologie, le professeur David Bélanger (décédé en 2013) avait alors accueilli les étudiants en les mettant en garde relativement à la longueur des études et à la rareté des postes en psychologie. Rien pour décourager Rose-Marie Charest.

« J'étais passionnée par cette discipline et je sentais que je trouverais toujours du travail. Et je n'en ai jamais manqué! » À la fin de cette journée, assise sur les marches du bâtiment, elle s'est dit qu'elle serait une femme heureuse. «Dans les périodes difficiles, aux études ou durant ma carrière, je me suis souvent rappelé ce moment-là: l'important, c'est de faire le bon choix, peu importe ce qu'il en coute.»

Quatrième d'une famille de huit enfants, Rose-Marie Charest a développé très tôt ses talents de négociatrice, de rassembleuse et de communicatrice. Et a vite trouvé sa vocation. «J'adorais écouter les adultes de ma famille parler, souvent à leur insu : j'ai appris ainsi beaucoup d'éléments de psychologie!» Comme elle était douée pour les mathématiques et dotée d'un esprit scientifique, certains lui prédisaient une carrière en recherche. «Mais, dès le secondaire, je savais que j'exercerais une profession m'assurant d'être en relation avec les gens.»

De nombreux professeurs de l'UdeM ont fait impression sur elle, à commencer par David Bélanger. «Il m'a appris à réfléchir, s'attachant à nous transmettre non pas juste des connaissances mais aussi une façon de les analyser.» Elle se remémore aussi avec joie les cours de Gabrielle Clerk (disparue en 2012), «une psychanalyste qui nous enseignait le développement affectif de l'enfant ». Et ceux de Thérèse Gouin-Décarie sur la théorie de Piaget relative au développement intellectuel. « J'ai des souvenirs extraordinaires de ces moments en classe où je me disais “Wow, j'ai tellement de chance d'apprendre ça !”» Un bonheur qu'elle retrouve chez sa fille, à son tour étudiante en psychologie.

Bonne élève, Rose-Marie Charest n'était pas du genre à mettre sa vie de côté pour autant. «C'était une étudiante qui manifestait déjà les qualités qui ont contribué à son succès, dit le professeur émérite Luc Granger, qui lui a enseigné en première année de baccalauréat. Elle voulait apprendre et ne perdait pas son temps. Elle était rigoureuse et disciplinée. Et elle savait s'amuser: dans les soirées, elle était connue pour son amour du whisky écossais! »

Question d'équilibre

Car, pour Rose-Marie Charest, tout est une question d'équilibre. Bien que fort occupée, elle semble d'ailleurs très détendue. «Je fais des choses tellement variées que l'une me repose de l'autre. Et je me consacre pleinement à chacune d'elles: c'est la seule façon de gérer le stress.» Quant à l'adversité, elle ne l'effraie pas. «Je suis émotive, mais je ne me bats pas contre ça: j'avance avec ça et non pas malgré ça.» Invitée à se prononcer sur d'innombrables tribunes, elle entend aussi contribuer à faire avancer la société. «Quand je vais dans les médias, ce n'est pas pour montrer ce que je sais, mais pour essayer d'apporter quelque chose, que ce soit aux questions d'intérêt général ou dans la vie personnelle des gens.»

Comme elle le constate, la psychologie imprègne désormais tous les aspects de nos vies: études, travail, santé physique, sport... «Les connaissances et les applications se sont beaucoup diversifiées, observe-t-elle. Les Québécois sont de plus en plus intéressés par l'analyse psychologique et plus personne n'a honte de consulter.»

La présidente de l'Ordre des psychologues ne considère toutefois pas sa mission comme accomplie. «Mon cheval de bataille, c'est d'améliorer l'accès aux services psychologiques, quel que soit le niveau de revenu.» On peut compter sur elle pour mener cette action jusqu'au bout.

Isabelle Grégoire

Cet article est extrait de la revue "Les diplômés" (n°426).


Les consultations publiques de Mme Charest

     

  • En 2012-2013, Rose-Marie Charest participe à la conception de l'émission La télé sur le divan, qu'elle coanime avec Gildor Roy à ICI Radio-Canada télé.
  • En 2012, elle publie Oser le couple (Bayard) en collaboration avec le sociologue Jean-Claude Kaufman.
  • En 2011, elle signe une série de chroniques dans La Presse.
  • En 2008, elle publie La dynamique amoureuse (Bayard).
  • Le thème de ses prochaines conférences aux Belles Soirées est « la communication pour réussir » en trois volets : relations affectives, relations professionnelles et relations publiques.
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