Il faut freiner l'agrile du frêne

  • Forum
  • Le 5 mai 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Ce sont les larves de l’agrile qui détruisent les frênes en se nourrissant d’une couche située sous l’écorce appelée «phloème».Le biologiste Alexandre Beaudoin s'apprête à sauver quelques arbres majestueux de la forêt du campus de l'Université de Montréal, menacés par la chenille de l'agrile du frêne, qui a fait irruption en 2011 dans la région montréalaise.

 

« Certains ingénieurs forestiers ont jeté l'éponge devant l'envahisseur, mais nous avons résolu de prévenir les dommages sur cinq ou six frênes emblématiques. C'est peut-être l'énergie du désespoir, mais nous ne resterons pas plantés là à ne rien faire! »

Avec l'aide d'une petite équipe, le conseiller à la biodiversité de l'UdeM doit d'abord situer avec précision les quelques dizaines d'arbres qui se sont reproduits de façon naturelle sur les terrains du campus montréalais. Chaque individu sera référencé par GPS et documenté : âge, dimension, état de santé. On recueillera ensuite des échantillons de branches afin d'y détecter la présence de l'insecte. On appliquera ensuite un produit, le TreeAzin, qui devrait repousser l'envahisseur. Le biologiste suit actuellement un cours spécialisé sur la prévention des dommages causés par les espèces envahissantes.

Ce n'est là qu'une seule des batailles qu'entend mener le jeune homme qui multiplie les initiatives, depuis quatre ans, pour valoriser, préserver et enrichir la biodiversité du mont Royal. « C'est un petit milieu dont la richesse ne cesse de nous étonner », mentionne l'agriculteur urbain, qui rapporte la présence du petit duc maculé, de la petite nyctale et de la chouette rayée dans le seul boisé du boulevard Édouard-Montpetit. L'an dernier, des couples d'hirondelles rustiques ont niché à l'intérieur du stationnement Louis-Colin.

En 2011, Alexandre Beaudoin a appris par lui-même le métier d'apiculteur, et ses cinq ruches ont donné l'an dernier 800 pots de miel, l'UdeMiel, qui ont été vendus pour financer une partie des activités d'agriculture urbaine de l'Université. Ses ruches servent même de microlaboratoire, puisqu'il y a effectué l'an passé une collecte de pollen pour savoir si les abeilles se nourrissaient du pollen de frênes et si les traitements pourraient avoir une incidence sur la vie de ces insectes. Grâce à une analyse réalisée conjointement par l'UQAM, l'Université Laval et l'Université de Montréal, les résultats ont permis d'écarter les doutes.

Alexandre Beaudoin

Le campus comme écosystème

Le campus est véritablement devenu son écosystème depuis qu'il y cultive des champignons, y élève des abeilles et y répertorie tout ce qui vit. Le 3 octobre dernier, il était l'un des 25 naturalistes et biologistes qui ont encadré 373 élèves de six écoles secondaires venus explorer les espaces de notre flanc de montagne à l'occasion du premier Bioblitz urbain, dont l'Université était l'hôte. Les plus audacieux ont passé une partie de la nuit à écouter les oiseaux dans des stations prévues à cet effet. « Un couple de chouettes rayées est venu saluer le groupe en passant à deux plumes d'une des visiteuses. Un spectacle sans égal! » rappelle le biologiste.

Le lendemain, l'activité était reprise avec autant de participants venus du public. Les quelque 560 données sur la biodiversité obtenues en deux jours ont été ajoutées au réseau pancanadien de banques de données sur la biodiversité, Canadensys, une initiative d'Anne Bruneau, directrice et fondatrice du Centre sur la biodiversité de l'Université de Montréal.

Ce bel exemple de science citoyenne a été réalisé en partenariat avec la Conférence régionale des élus de Montréal, L'île du savoir, Les amis de la montagne, la Ville de Montréal, le ministère des Ressources naturelles, le Groupe uni des éducateurs-naturalistes et professionnels en environnement, Espace pour la vie et Héritage laurentien. Le but était de sensibiliser les participants à la richesse de leur environnement en milieu urbain.

Mais le plus grand plaisir d'Alexandre Beaudoin pendant sa saison a été la récolte de 500 grammes de houblon. « Les plants ont produit abondamment sur le terrain aménagé sur le toit du garage étagé. Nous avons fait sécher le houblon qui servira, on l'espère, à aromatiser la production d'une bière artisanale l'année prochaine », explique-t-il. La récolte est jugée suffisante pour aromatiser 255 litres de bière.

Bénévoles recherchés

« Nous sommes engagés depuis plusieurs années avec la Ville de Montréal pour mettre en valeur la biodiversité du campus et nous avons plusieurs projets en cours », signale Stéphane Béranger, coordonnateur au développement durable à l'UdeM, qui termine la rédaction d'un plan sur la biodiversité.

Parmi les idées les plus prometteuses figure l'aménagement de milieux humides qui pourraient favoriser la reproduction de reptiles et d'amphibiens. « Il existait jadis des marécages qui ont été asséchés. Nous aimerions récupérer les eaux de pluie venant des lieux en amont pour les remettre en état », commente-t-il.

Déjà, un projet original verra le jour dès cet été 2014. Il consiste à aménager une « forêt nourricière » sur une petite bande de terrain entre la station de métro Université-de-Montréal et le boisé du boulevard Édouard-Montpetit. Des arbres à petits fruits seront plantés afin d'offrir de la nourriture aux granivores. On y plantera aussi des espèces comme le ginseng, reconnu pour ses propriétés médicinales.

La biodiversité est un des multiples dossiers sur lesquels travaille le coordonnateur au développement durable. Il présentera sous peu à l'Assemblée universitaire, pour recommandation, une proposition de politique de développement durable... L'été sera chaud!

Mathieu-Robert Sauvé

 

Information : pause.udem@gmail.com