Le bonheur des jeunes de la rue dépend de leur confiance en l'avenir

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  • Le 21 mai 2014

  • Martin LaSalle

(Photo: iStockphoto)Contrairement à ce qu'on pourrait croire, tous les jeunes de la rue ne sont pas malheureux de leur sort : un peu plus de 40 % s'estimeraient heureux malgré leur mode de vie en retrait de la société.

 

C'est ce qui se dégage des résultats d'une étude de Julie Gaudreault, étudiante à la maîtrise en criminologie à l'Université de Montréal, qu'elle a présentés au congrès de l'Acfas.

L'analyse repose sur des données recueillies à Montréal par le professeur Carlo Morselli, de l'École de criminologie de l'UdeM, auprès de 167 jeunes de 15 à 25 ans sans domicile fixe. Ceux-ci avaient répondu à quelque 150 questions portant sur une variété de sujets.

Chez ces jeunes qui, en moyenne, avaient passé 15 mois dans la rue de façon continue ou non, 42 % se disaient « toujours ou presque toujours » heureux, contre 27 % qui affirmaient n'être « jamais ou presque jamais » heureux. Considérés comme des « ambivalents du bonheur », 32 % des répondants s'estimaient heureux « la moitié du temps ».

Pour désigner les facteurs ayant une influence sur la perception du bonheur chez ces jeunes, Julie Gaudreault a analysé leurs réponses catégorisées selon leurs expériences passées, leurs attitudes, leurs relations significatives avec l'entourage, la satisfaction de leurs besoins primaires et, enfin, leur style de vie dans la rue.

Drogues et confiance en l'avenir

Plusieurs facteurs semblent avoir influé sur le degré de bonheur perçu par les jeunes de la rue.

Ainsi, les 42 % des jeunes ayant affirmé être « toujours ou presque toujours » heureux sont ceux qui avaient passé plus de temps dans la rue et qui avaient consommé une plus grande variété de drogues.

Mais, par-dessus tout, la variable qui a le plus influencé positivement leur perception du bonheur est l'espoir qu'ils nourrissaient quant à l'avenir.

Carlo Morselli et Julie Gaudreault« Plus un jeune se perçoit comme étant heureux, plus élevé est son degré de bonheur parce qu'il a l'impression d'avoir une emprise sur le cours de sa vie et que l'expérience de la rue représente un passage qui peut conduire à autre chose », explique Julie Gaudreault.

Parallèlement, chez les 27 % de jeunes qui déclarent n'être « jamais ou presque jamais » heureux, c'est l'absence de confiance en l'avenir – ou le fatalisme – qui est le facteur le plus déterminant dans leur perception négative du bonheur, suivi du niveau de scolarité.

« En fait, le facteur lié à l'espoir en l'avenir est le seul qui exerce une influence à la fois sur ceux qui sont toujours heureux et ceux qui disent ne jamais l'être, et ce, de manière également significative sur le plan statistique, ajoute-t-elle. Il semble que ce soit un facteur clé de la qualité du bonheur perçu. »

Des pistes d'intervention dans la rue

Bien que l'étude menée par Mme Gaudreault porte sur un échantillon restreint de jeunes de la rue de Montréal et que les résultats doivent être interprétés avec prudence, la chercheuse estime que des pistes d'intervention pourraient s'en dégager.

« Il sera intéressant de pousser la recherche pour comprendre comment s'articule la relation entre la confiance en l'avenir et le bonheur et déterminer les facteurs sous-jacents qui constituent cette confiance en l'avenir chez les jeunes de la rue », indique-t-elle.

En fait, ces résultats pourraient éventuellement aider les intervenants de la rue à agir plus efficacement auprès de ces jeunes qui se disent moins ou pas heureux « afin qu'ils se sentent mieux ou qu'ils sortent de la rue s'ils n'y sont pas heureux. »

Martin LaSalle