L'USI en Haïti : une expérience réussie

Lucien AlbertHaïti est un pays qui souffre. Depuis plusieurs années, l'Université de Montréal, à travers l'Unité de santé internationale (USI), met ses compétences dans le domaine de la santé au service de la « perle des Antilles ».

 

Le Projet d'appui au renforcement des capacités en gestion de la santé en Haïti (PARC) arrive cette année à son terme. C'est l'occasion pour Lucien Albert, directeur de l'Unité, de dresser un bilan de ce projet d'envergure.

L'aventure du PARC a commencé par une analyse de la formation du personnel de santé de l'île réalisée par l'USI en 1996. « Cette étude avait notamment mis en évidence que le système de santé était essentiellement géré par des gens qui ne possédaient pas de compétences en planification, gestion et évaluation », explique Lucien Albert. S'en est donc suivi un premier projet qui a permis de former, avec l'aide de professeurs de l'UdeM accompagnés de formateurs haïtiens, une centaine de cadres et professionnels haïtiens de la santé, dans leur pays. « Mais nous nous sommes rendu compte que cela ne suffirait pas », souligne M. Albert. Le PARC venait de naître, avec deux ambitions : « assurer la pérennité du programme de formation et appuyer le ministère de la Santé d'Haïti sur des questions de gouvernance de ressources humaines ».

Un bilan positif

Grâce à ce projet d'envergure, dont le financement s'est élevé à environ 20 M$, des étudiants haïtiens ont pu obtenir un diplôme d'études supérieures spécialisées de l'Université d'État d'Haïti et certains d'entre eux une maîtrise de l'UdeM. « Une masse critique de gens a été formée. Ils sont partout dans le système de santé et partagent une même philosophie de gestion », se réjouit M. Albert, ajoutant qu'il y a désormais un corps professoral d'une douzaine de personnes qui, à l'Université d'État d'Haïti, continue d'offrir ce programme.

Les nouveaux diplômés haïtiens de la Maîtrise en administration des services de santé, lors de la collation des grades à l'Université d'État d'Haïti en 2012 (Photo: Unité de santé internationale)Pendant ces neuf années, l'USI a également offert son expertise au ministère haïtien de la Santé qui, à l'origine du projet, était incapable d'évaluer avec précision le nombre et la qualité des employés dans ce domaine. Or, il est vite apparu que le personnel manquait et était peu qualifié. « On a commencé par faire un recensement de ces salariés, constituer une base de données interactive et soutenir le ministère pour mettre en place une politique de la main-d'œuvre accompagnée de nombreux outils de gestion des ressources humaines », explique le directeur de l'USI.

À l'heure des constats, il affirme que « pratiquement tous les objectifs ont été atteints. On peut parler d'une expérience réussie! »

Des souhaits pour Haïti

Lucien Albert est particulièrement fier de la pérennité du volet de la formation. Mais la gestion des ressources humaines requerra encore beaucoup d'attention. « Le ministère a besoin de soutien », dit-il. L'USI a d'ailleurs soumis au gouvernement canadien un projet qui ciblerait davantage les questions de main-d'œuvre dans le secteur de la santé des femmes et des enfants, une problématique majeure sur l'île. L'objectif est de mettre en place « des services plus accessibles et de meilleure qualité ».

Et s'il fallait formuler des souhaits pour Haïti? « Le gouvernement canadien doit désormais établir une stratégie d'aide qui s'inscrive dans le long terme », signale Lucien Albert. Il appelle aussi de ses vœux un renforcement des capacités de l'État haïtien afin qu'il puisse mieux gérer et coordonner les actions mises en œuvre par les nombreux intervenants, structures et ONG. Sans quoi, « on se retrouve dans une espèce de mosaïque, avec beaucoup de gestes non coordonnés qui parfois se chevauchent et gaspillent les ressources ».

Benjamin Augereau
Collaboration spéciale


L'Unité de santé internationale

Créée en 1989 par la Faculté de médecine de l'UdeM, l'Unité de santé internationale a pour mission de contribuer à l'amélioration de la santé dans les pays en développement et en transition. C'est le seul organisme francophone nord-américain en mesure de combiner des actions qui relèvent de la formation, de l'appui technique et de la recherche en santé mondiale. Depuis sa création, l'Unité a participé à plus de 115 projets dans le monde. Elle est maintenant rattachée à l'École de santé publique de l'Université de Montréal.