L'origine de l'activité anticancéreuse d'une hormone de la grossesse enfin élucidée

(Photo : IStockphoto)Des scientifiques de l'Université de Montréal ont identifié une petite molécule présente dans l'urine des femmes enceintes qui semble inhiber le développement de plusieurs formes de cancers, dont le sarcome de Kaposi, une maladie incurable associée au SIDA.

 

Les résultats de leurs études seront présentés au congrès ICE/ENDO 2014, organisé conjointement par l'International Society of Endocrinology et l'Endocrine Society, lundi à Chicago.

Cette découverte résout une controverse remontant à presque 20 ans sur l'association entre la gonadotrophine chorionique humaine (ou hCG, une hormone produite en grande quantité durant la grossesse) et l'activité anti-VIH et anti-sarcome de Kaposi. Au milieu des années 1990, des chercheurs avaient en effet rapporté que l'hCG de « qualité clinique » (c'est-à-dire des préparations brutes ou partiellement purifiées d'hCG extraites de l'urine de femmes enceintes) réduisait ces tumeurs associées au SIDA, affirmant que l'hCG elle-même était l'agent responsable de l'activité anti-sarcome de Kaposi. Les auteurs avaient par la suite rétracté cette affirmation.

« Le véritable agent actif est insaisissable », confie Tony Antakly, Ph. D., biochimiste à l'Université de Montréal et chercheur principal de l'étude, qui affirme qu'il aura fallu à sa petite équipe de chercheurs plus de 12 années pour élucider le mystère.

Peu avant cette rétractation, le groupe du Pr Antakly avait testé de l'hCG hautement purifié ou recombinant sur des cellules atteintes du sarcome de Kaposi et n'avait trouvé aucun effet anticancéreux. Le groupe avait conclu que l'agent anticancéreux, étroitement associé à l'hormone de la grossesse, était perdu pendant le processus de purification de l'hCG. L'hCG de qualité clinique et l'hCG recombinant sont approuvés par l'U.S. Food and Drug Administration comme médicament sur ordonnance pour le traitement de certains cas d'infertilité chez les femmes et comme traitement hormonal pour les hommes.

Les scientifiques ont alors concentré leurs recherches sur des facteurs de faible poids moléculaire présents dans l'hCG de qualité clinique, qu'ils ont nommés « produits inhibiteurs analogues de l'hCG », ou HIP. Pour identifier la molécule active ou sa partie active, ils ont employé une approche biochimique consistant à fragmenter systématiquement la molécule, puis à soumettre les fragments à des essais biologiques et à une caractérisation chimique.

Ces travaux ont permis d'identifier un petit HIP qui, une fois métabolisé, devient un métabolite circulant dans le sang et l'urine qui a un puissant effet bioactif sur les tissus vivants.

« Nous ignorons si ce HIP est métabolisé seulement quand cela est nécessaire, affirme le Pr Antakly. Peut-être que chez une personne atteinte de cancer, l'HIP est transformé en son métabolite pour combattre la maladie. »

Les chercheurs ont également découvert que ce métabolite du HIP est transporté par la molécule d'hCG, plus grande, et qu'il aide celle-ci à atteindre ses cellules cibles. Quand l'hCG est purifiée à un haut degré, le métabolite perd son moyen de transport et disparaît, explique le Pr Antakly.

Cependant, l'hCG purifiée à partir d'urine de femmes enceintes « éradique complètement » les cellules cancéreuses humaines en culture de tissus atteintes du sarcome de Kaposi, selon les essais du professeur et de ses collègues.

Le Pr Antakly affirme qu'on ne sait pas encore si une copie synthétique du métabolite du HIP, que son équipe développe actuellement, serait efficace et sans danger en administration à fortes doses chez les patients atteints du cancer. Par contre, des essais préliminaires chez des cancéreux ont démontré que l'HIP « naturel » (purifié à partir d'hCG de qualité clinique) est sans danger et possède une activité anticancéreuse.

 

Source : Nouvelles brèves ICE/ENDO 2014. Ce document est une traduction non-officielle de la version anglaise originale.

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