Nouveau-nés atteints du VIH : «Trop tôt pour parler d'une guérison », selon des chercheurs canadiens

Dans le cadre d'une collaboration canadienne, des cliniciens et chercheurs de l'Hôpital pour enfants de Toronto (SickKids), du Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario (CHEO), du CHU Sainte-Justine et de l'Université de Montréal ont uni leurs efforts pour étudier, chez des nouveau-nés dont la mère n'avait pas pleinement observé le traitement anti-VIH durant la grossesse, l'impact de l'administration d'une thérapie antirétrovirale combinée dans les 72 heures suivant leur naissance.

 

L'étude, parue le 9 juin dans l'édition en ligne de la revue Clinical Infectious Diseases, a été amorcée par suite de la parution d'une nouvelle, en mars 2013, selon laquelle dans le Mississipi, aux États-Unis, une enfant infectée par le VIH aurait vraisemblablement été guérie par un tel traitement.

L'étude des chercheurs canadiens a permis de déterminer que l'amorce de la thérapie antirétrovirale peu après la naissance chez certains nouveau-nés infectés par le VIH avait permis de ramener la taille du réservoir du VIH dans le sang à des niveaux indécelables. L'équipe de chercheurs précise toutefois qu'il est trop tôt pour confirmer une guérison fonctionnelle de ces enfants.

Les chercheurs ont étudié les données de 136 nouveau-nés ayant reçu une thérapie antirétrovirale combinée dans les 72 heures suivant leur naissance. De ce nombre, il a été confirmé que douze étaient infectés par le VIH. De ceux-ci, huit présentaient des signes ininterrompus d'infection virale, selon les analyses sanguines normalement utilisées pour mesurer la charge virale. Dans ces huit cas, le traitement n'avait pas été entièrement respecté à moment ou à un autre du suivi. Chez les quatre autres nouveau-nés qui avaient rigoureusement adhéré au traitement, la charge virale est descendue à un seuil indécelable pour y demeurer durant trois à sept ans. Ces quatre enfants ont subi une série d'analyses hautement sensibles visant à déceler la présence du virus en latence dans leurs cellules sanguines. Aucune forme latente du virus n'a été décelée chez trois des quatre enfants. Chez le quatrième enfant, les cultures obtenues à partir de cellules sanguines affichaient une présence du virus à un taux extrêmement faible (0,1 unité infectieuse/million de cellules).

Les conclusions de l'étude ont plusieurs implications importantes pour la prise en charge des nouveau-nés à risque élevé d'infection au VIH. «Nos résultats suggèrent que l'instauration d'un traitement par thérapie antirétrovirale combinée dans les 72 heures qui suivent la naissance peut réduire de façon significative la quantité de VIH dans le sang», affirme le Dr Ari Bitnun, premier auteur de l'étude et médecin spécialiste des maladies infectieuses au SickKids. «Or, seul l'arrêt du traitement pourrait permettre de déterminer si ces patients ont été réellement guéris.» En effet, le virus pourrait être en latence dans une quantité si infime de cellules que même les tests les plus sensibles actuellement disponibles ne sauraient les déceler. L'équipe est unanime quant à la nécessité de réaliser des études plus poussées avant de songer à arrêter le traitement. Car un virus latent mais viable, présent même en quantités infimes, risque de se réactiver après l'arrêt du traitement et nuire à la santé de ces enfants à long terme.

Selon les chercheurs, les conclusions de l'étude ont également des implications sur la recherche visant la guérison du VIH chez les enfants infectés en période périnatale, car elles démontrent que l'amorce précoce du traitement pourrait empêcher l'établissement du virus. Cette observation corrobore et précise les conclusions de plusieurs autres études menées chez les adultes et les enfants, qui démontraient que l'amorce du traitement dans les premiers mois suivant l'infection est associée à une présence moindre du virus en latence dans les cellules, par comparaison aux cas où le traitement avait été amorcé plus tard.

Une autre conclusion importante de l'étude est la présence, chez les trois enfants chez lesquels le virus était indécelable, de marqueurs génétiques déjà associés à un meilleur contrôle du VIH chez l'adulte. «Ce résultat nous porte à croire que la constitution génétique du nouveau-né ayant été infecté en période périnatale et soumis à un traitement précoce pourrait concourir à un meilleur contrôle du VIH», précise le Dr Hugo Soudeyns, chercheur au Centre de recherche du CHU Sainte-Justine et directeur du Département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l'Université de Montréal.

«Les familles d'enfants vivant avec le VIH doivent se rappeler que malgré ses perspectives encourageantes, notre étude commence à peine, et qu'il est pour le moment prématuré de parler de guérison», met en garde le Dr Jason Brophy, médecin au CHEO, principal utilisateur des connaissances de l'équipe. «Nous ne voulons surtout pas que dans un débordement d'enthousiasme, les familles fassent l'erreur d'interrompre le traitement de leur enfant sans consulter leur médecin. Nous voulons transmettre des renseignements clairs aux personnes touchées par le VIH à toutes les étapes du chemin qui mène nos chercheurs vers la découverte de moyens de guérir les enfants atteints du VIH.»

Bien que l'étude ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche d'un remède destiné aux nouveau-nés infectés par le VIH, l'équipe tient à souligner l'importance de prévenir la transmission du VIH de la mère à l'enfant en veillant à ce que toute femme enceinte se fasse dépister pour le VIH. «Si le traitement indiqué est administré durant la grossesse et l'accouchement, il est possible d'éliminer le risque de transmission de la mère à l'enfant. Si cette mesure préventive est prise dès le départ, cela évite au nouveau-né d'être traité au moyen de thérapie antirétrovirale combinée par la suite », ajoute le Dr Bitnun au nom de son équipe.

L'équipe a bénéficié du soutien financier des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), de la Fondation canadienne de recherche sur le SIDA (CANFAR) et de la Société internationale du SIDA (IAS). Ce soutien lui permet de poursuivre leur recherche d'un remède pour le VIH chez les enfants. Les chercheurs espèrent que ce projet de recherche pancanadien permettra de faire avancer les connaissances sur l'infection par le VIH chez les enfants et de se rapprocher d'une guérison fonctionnelle des enfants infectés par le VIH à la naissance.