Un entraînement du cerveau plus précis pour améliorer la capacité multitâche à tout âge

Image : iStockUne équipe de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal et de l'Université de Montréal vient de démontrer quelle zone du cerveau est responsable de la fonction multitâche et comment l'entraîner pour la maintenir ou l'améliorer.

 

Elle développe également un modèle pour mieux prédire l'efficacité de ce type d'entraînement. Cuisiner tout en conversant, regarder un film en naviguant sur Internet, être attentif à la conduite automobile tout en écoutant une émission radiophonique : la capacité de gérer des tâches simultanément (multitâche ou multitasking) est essentielle dans le monde moderne, non seulement au travail mais dans la vie quotidienne. Malheureusement, cette aptitude diminue avec l'âge, ce qui contribue à ralentir le rythme de vie des aînés, à leur occasionner du stress et à diminuer leur confiance. Plusieurs logiciels commerciaux promettent d'améliorer la situation grâce à des exercices. Sait-on s'ils sont réellement efficaces et comment ils agissent sur le cerveau? Voici une des questions inspirées par cette recherche, menée par la professeure Sylvie Belleville et publiée dans les revues AGE et PLoS ONE.

Agir précisément pour obtenir le résultat recherché

L'avancée est importante dans la mesure où elle pourrait contribuer à développer des programmes de stimulation cognitive mieux ciblés ou améliorer des programmes d'entraînement existants. Les spécialistes doutent parfois de la pertinence de certains exercices qui peuvent se révéler tout simplement inefficaces puisque mal structurés. « Dans le domaine de la santé physique, on sait que si on souhaite améliorer son état cardiorespiratoire, on axera davantage son entraînement sur la course que sur la flexibilité! Tout cela a longtemps été mystérieux en ce qui concerne la cognition. Or, nos travaux montrent qu'il y a également une adéquation entre le type d'entraînement cognitif qu'on réalise et le type d'effet obtenu. C'est vrai pour les personnes âgées saines qui souhaitent améliorer leur attention ou leur mémoire, mais c'est aussi particulièrement important pour les patients qui souffrent de dommages dans des régions précises du cerveau. Il est donc primordial de mieux comprendre les façons d'activer certaines zones et d'agir précisément pour obtenir les résultats souhaités », commente Sylvie Belleville.

Les chercheurs cartographient de mieux en mieux les effets sur le fonctionnement de zones très précises du cerveau. Arriverons-nous un jour à structurer notre cerveau sur mesure à force d'entraînements précis? « On a beaucoup de chemin à faire d'ici là et il n'est pas certain que ce soit un effet souhaitable! Par contre, ces résultats de recherche sont utilisables dès maintenant pour améliorer la vie quotidienne des personnes vieillissantes et aussi, pour celles qui souffrent de dommages cérébraux », conclut la chercheuse Belleville.

La bonne combinaison de flexibilité et de contrôle de l'attention

Dans cette étude, 48 personnes âgées devaient aléatoirement réaliser soit un entraînement qui faisait appel à la flexibilité et au contrôle, soit des entraînements qui n'impliquaient que de la simple pratique. On évaluait l'effet de ces entraînements sur diverses formes de tâche d'attention et sur le fonctionnement du cerveau à l'aide de la technique d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. L'équipe de recherche a montré qu'un entraînement qui faisait appel à la flexibilité et au contrôle de l'attention développait l'habileté des participants à travailler en mode multitâche. En effet, il ne s'agit pas simplement d'effectuer deux tâches simultanément pour améliorer cette compétence. Les exercices proposés aux participants exigeaient de moduler leur attention d'une tâche à l'autre. On leur a d'abord demandé d'accorder 80 % de leur attention à la tâche A et 20 % à la tâche B, avant de passer à 50-50 ou 20-80. Cette intervention est la seule à augmenter le fonctionnement de la région préfrontale moyenne. Cette dernière est connue pour être responsable des capacités de multitâche et son activation est diminuée au cours du vieillissement. Ces résultats ont permis aux chercheurs de proposer un modèle pour prédire quels seront les effets sur le cerveau des entraînements cognitifs en fonction de leurs caractéristiques.

À propos de l'auteure :
Dre Sylvie Belleville, Ph. D., est directrice de la recherche à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal et professeure titulaire au Département de psychologie de l'Université de Montréal.

À propos de l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM) :
L'IUGM dispose de 452 lits de courte et de longue durée et d'un centre ambulatoire. Il est le chef de file au Québec dans les pratiques cliniques, les soins spécialisés, la promotion de la santé et le développement des connaissances sur le vieillissement et la santé des personnes âgées. L'IUGM, c'est quelque 1 300 employés, médecins, chercheurs et bénévoles, tous spécialisés dans les soins et les services aux personnes âgées. Son Centre de recherche est reconnu comme le plus grand de la francophonie dans le domaine du vieillissement. Membre du grand réseau d'excellence en santé de l'Université de Montréal, l'IUGM accueille chaque année des centaines d'étudiants, stagiaires et chercheurs du domaine du vieillissement et de la santé des personnes âgées.

Références :
Belleville S, de Boysson C, Bier B (2014) Identifying training modalities to improve multi-tasking in older adults, AGE (2014) 36:9688, doi: 10.1007/s11357-014-9688-2

Belleville S, Mellah S, de Boysson C, Demonet J-F, Bier B (2014) The Pattern and Loci of Training-Induced Brain Changes in Healthy Older Adults Are Predicted by the Nature of the Intervention. PLoS ONE 9(8): e102710. doi:10.1371/journal.pone.0102710

Source :
Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM)

Relations avec les médias :
Geneviève Desrosiers
Communications et affaires publiques
T. : 514 340-2800, poste 3298