Chasser les insectes durant les heures de cours

  • Forum
  • Le 25 août 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Colin Favret est un spécialiste de la taxonomie assistée par ordinateur, mais il compte bien emmener ses étudiants chasser les insectes en forêt.Colin Favret occupait déjà un poste d'entomologiste à l'Université de Montréal lorsqu'il a aperçu son premier collembole. Ça l'a émerveillé comme un enfant.

 

«Ces insectes font leur apparition à la fin de l'hiver et vivent directement sur la neige. On les surnomme “puces des neiges”. La chaleur les tue!»

Comme ces hexapodes adaptés à un écosystème improbable, le professeur Favret est aujourd'hui chez lui à l'ombre du mât du Stade olympique, où loge le Centre sur la biodiversité de l'UdeM. Né au Rwanda d'un père suisse et d'une mère américaine, Colin Favret a grandi aux États-Unis et a suivi sa famille à Singapour et en Australie. Il a fait ses études à l'Université de l'Illinois avant de proposer sa candidature au Département de sciences biologiques de l'Université de Montréal. Ce spécialiste des pucerons et de la taxonomie assistée par ordinateur a obtenu l'un des rares postes d'entomologiste professionnel au Canada. «Le meilleur boulot du monde, qui me permet de concilier recherche et enseignement», dit-il avec un soupir de satisfaction.

Ses tâches incluent la direction de la collection entomologique Ouellet-Robert, dont le million et demi de spécimens sont entreposés dans l'immeuble attenant aux serres du Jardin botanique de Montréal. «Ce n'est pas la plus grande collection du Québec sur le plan du nombre et de la variété d'insectes, mais on peut dire que c'est la plus importante en ce qui concerne l'entomofaune locale. D'ailleurs, de nombreux spécimens attendent encore d'être étudiés en détail et cette collection cache certainement plusieurs mystères.»

Le professeur Favret est un ardent défenseur des insectes. Ces mal-aimés sont d'essentiels agents de la biodiversité et représentent les trois quarts des espèces animales sur terre, rappelle-t-il dans un excellent français. On en compte quelque 500 familles et 30 000 espèces au Québec. Chez les pucerons, 5000 espèces sont répertoriées dans le monde et ce nombre continue de croître à mesure que les recherches se raffinent.

Courir les insectes

Pas étonnant que l'universitaire ait tenu à créer un cours destiné aux étudiants en sciences biologiques souhaitant poursuivre leur carrière en entomologie. Intitulé La systématique des insectes, ce cours va plus loin que l'initiation offerte au premier cycle. Il est ouvert aux étudiants des cycles supérieurs des autres universités canadiennes intéressées par la question.

L'entomologiste à la chasse au Jardin botanique de Montréal, avec une nappe de battage, aussi appelée « parapluie japonais ».En plus de consulter la collection Ouellet-Robert, les étudiants seront appelés à se rendre en forêt pour capturer leurs propres échantillons. Leur terrain de chasse: la Station de biologie des Laurentides, un laboratoire à ciel ouvert de l'Université de Montréal situé à Saint-Hippolyte. Durant deux fins de semaine, les étudiants expérimenteront la cueillette afin de préparer une collection. À l'issue du cours, les biologistes en herbe sauront reconnaître les grandes familles d'insectes du Québec et maîtriseront des concepts comme le record fossile, la phylogénie et la biodiversité entomologiques.

«Ce cours vise trois objectifs, explique-t-il en entrevue: s'exercer aux méthodes d'échantillonnage, identifier les espèces et connaître leur histoire naturelle, puis entreprendre une démarche de recherche.»

Insectes sur Twitter

Les travaux pratiques comprennent l'utilisation des réseaux sociaux. Colin Favret veut amener les étudiants à communiquer leurs découvertes par Twitter en temps réel. Selon le professeur, les nouvelles techniques de communication ne doivent pas être négligées en biologie. Lui-même a conçu un blogue répertoriant les travaux locaux en entomologie, une page FaceBook de la collection entomologique et des pages Web fort populaires sur les pucerons. La majorité des espèces de pucerons sont inoffensives, mais plusieurs sont considérées comme nuisibles, car elles s'alimentent de la sève des plantes et transmettent des maladies.

Pour les agriculteurs et les horticulteurs, une invasion de pucerons peut devenir un cauchemar, voire un désastre matériel. Cette question est devenue un élément de politique internationale. «Les services douaniers sont très actifs pour éviter la contamination d'espèces nuisibles. Et pour contrôler les espèces, il faut les connaître.»

Preuve que la «cybertaxonomie» joue son rôle, le site créé (aphid.aphidnet.org en anglais) reçoit 1200 visites par mois d'internautes d'une centaine de pays.

Et le contrôle aux frontières pour de si petits envahisseurs, ça fonctionne? «Tout n'est pas parfait mais les autorités sanitaires font leur travail. Pour une espèce qui réussit à entrer, une douzaine sont repoussées.»

Mathieu-Robert Sauvé