D'où vient la fête du Travail?

  • Forum
  • Le 25 août 2014

  • Martin LaSalle

Défilé à Montréal de représentantes de l'Union internationale du vêtement le 3 septembre 1950 (Photo : Bibliothèque et archives du Canada, photographies, séries 50-447-1)

Chaque année, le congé du premier lundi de septembre marque à la fois la fin des vacances et la rentrée scolaire, mais qu'en est-il de la signification originelle de ce qu'on appelle la «fête du Travail»?

 

«Elle est tombée dans l'oubli», affirme Jacques Rouillard, professeur au Département d'histoire de l'Université de Montréal.

«Pourtant, pendant plus de 50 ans, cette fête a été célébrée avec faste, à Montréal et dans d'autres villes québécoises, par les syndicats affiliés aux unions internationales venues des États-Unis», rappelle-t-il.

Réunissant les travailleurs syndiqués d'abord à New York en 1882, elle vise essentiellement à leur rendre hommage.

«À Montréal, l'organisation de la fête du Travail a relevé du Conseil des métiers et du travail de Montréal de 1886 à 1952 et l'élément central était un défilé dans les rues de l'est de la métropole», indique le professeur d'histoire.

Défilé de 1903, rue Sainte-CatherineBon an, mal an, de 10 000 à 30 000 syndiqués y participaient, accompagnés de fanfares et de chars allégoriques, devant une foule qui atteignait plusieurs dizaines de milliers de personnes, voire de 100 000 à 200 000 par beau temps.

«En occupant collectivement un espace public, les syndiqués voulaient démontrer symboliquement la dignité de leur travail, la force du syndicalisme et leur identité comme classe sociale, et c'est d'ailleurs ainsi que la manifestation était comprise à l'époque par les éditorialistes, les hommes politiques et les autorités religieuses», poursuit-il.

Une fête civile reconnue

À la demande des syndicats, la fête du Travail devient officiellement une fête civile en 1894, tant aux États-Unis qu'au Canada. Le gouvernement du Québec en fait une «fête légale» en 1889.

«Le premier lundi de septembre devient ainsi un jour férié chômé, le premier consacré à un groupe social, et ce, avant même que le gouvernement dédie une fête à des groupes ethniques, telle la Saint-Patrick pour les Irlandais et la Saint-Jean-Baptiste pour les Canadiens français», signale M. Rouillard.

«Jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, le défilé annuel de la fête du Travail est le plus imposant de l'histoire du Québec en termes de participation au cortège, conclut Jacques Rouillard. L'engouement s'effrite toutefois après la guerre, en raison du désir de nombreux travailleurs de s'offrir des congés de trois jours à l'extérieur de Montréal, société de consommation oblige, lorsque le samedi devient un jour de relâche.»

Phénomène auquel s'ajoutent les changements dans la composition des effectifs syndicaux...

Martin LaSalle


Et la fête du 1er mai?

C'est à l'occasion de son congrès de fondation, tenu à Paris en 1889, que la IIe Internationale choisit la date du 1er mai comme fête internationale des travailleurs pour rappeler la lutte menée par les syndicats de travailleurs américains afin que la journée travail soit limitée à huit heures.

Ainsi, paradoxalement, c'est en référence à un évènement survenu aux États-Unis que la date du 1er mai est arrêtée. «Mais les syndicats états-uniens vont ignorer cette célébration, car ils ont déjà leur fête du Travail depuis 1882», souligne Jacques Rouillard.

Au Québec, ce n'est que dans les années 70 que les syndicats adopteront le 1er mai. «La célébration du 1er mai vient situer la fête dans le courant international de solidarité des travailleurs et elle symbolise aussi la radicalisation du mouvement syndical québécois», fait remarquer M. Rouillard.