La belle et le Big Band

  • Forum
  • Le 25 août 2014

  • Dominique Nancy

Sophie Desmarais embrasse plusieurs causes qui lui tiennent à cœur, dont la lutte contre l'intimidation et l'anorexie. Elle offre aussi son soutien indéfectible au Big Band de la Faculté de musique. (Image : Yves Lacombe)À l'école secondaire qu'elle fréquentait, en Suisse, Sophie Desmarais a subi de l'intimidation. «Ce fut une période de ma vie très difficile, confie-t-elle. L'intimidation à répétition a engendré chez moi une telle insécurité que ma seule source de réconfort a étéde plonger dans l'anorexie, un problème qui m'a suivie pendant 25 ans. À l'époque, je n'en ai parlé à personne. Je m'en cachais.»

 

Aujourd'hui, la fille de Jacqueline Desmarais et du regretté Paul Desmarais, l'un des plus grands hommes d'affaires canadiens, se dévoue à la cause. Et elle n'hésite plus à en parler. Marraine de la Fondation Jasmin Roy, qui lutte contre l'intimidation, l'ambassadrice du Big Band, l'ensemble jazz de la Faculté de musique de l'Université de Montréal, appuie également l'organisme Jeunesse, J'écoute. «L'intimidation sous toutes ses formes est une problématique importante au Québec qu'il faut combattre, car elle détruit des vies», affirme Sophie Desmarais.

En 2012, elle a lancé un projet pilote dans la région de Charlevoix afin d'apporter son appui aux victimes d'intimidation et d'informer les groupes de jeunes à propos de ses risques et conséquences désastreuses. Selon un article intitulé «Bullying and Suicide. A Review» et paru dans l'InternationaJournal of Adolescent Medicine and Health en 2008, l'intimidation augmente le risque d'idées suicidaires chez les jeunes, qu'ils en soient les instigateurs ou les victimes.

Au cours des dernières années, les médias ont rapporté plusieurs cas de jeunes qui ont préféré s'enlever la vie plutôt que de continuer à subir cette violence. Sur une échelle évaluant 35 pays, le Canada occupe le neuvième rang en ce qui a trait à l'intimidation chez les jeunes de 13 ans, d'après les Instituts de recherche en santé du Canada.

C'est notamment grâce à Sophie Desmarais si l'ancien premier ministre Lucien Bouchard a révélé avoir été victime d'intimidation dans son enfance. Depuis la diffusion de son témoignage, des personnalités québécoises de tous horizons, dont le chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin, Céline Dion et le champion olympique Alexandre Bilodeau, se sont joints au mouvement qui dénonce le phénomène.

Le don de soi

Rencontrée au printemps dernier sur le campus de l'UdeM, la mécène s'est prêtée de bonne grâce à une entrevue et une session de photos. Crinière blonde aux reflets cuivrés, yeux de chat et tailleur-pantalon kaki signé Ralph Lauren, cette amoureuse de la musique qui a un air de famille avec le mannequin Kate Moss est belle, élégante et talentueuse. Très talentueuse. On l'a vue, entre autres, s'associer aux chanteurs Bruno Pelletier, Daniel Lavoie, Luc Plamondon et Daniel Mercure dans des prestations sur les scènes du Corona et du Rialto. La chanteuse qui a enregistré deux disques de jazz, Where Do You Start? et Tonight, a aussi uni sa voix à la musique du Big Band dans divers autres concerts. «Aider le Big Band à réaliser ses rêves me procure un sentiment de fierté et de satisfaction. Je suis à mon tour choyée que ces jeunes musiciens de talent et leur chef, Ron Di Lauro, m'aient invitée à réaliser l'un de mes rêves les plus chers en chantant avec eux.»

Cette philanthrope reconnue dans le milieu musical pour son engagement depuis 2007 auprès des musiciens de l'ensemble et en tant que productrice du concert annuel Cœur à Cœur, est facile d'approche et sympathique. En fait, la femme de 52 ans, douce et rieuse, qui s'entretient avec la journaliste de Forum est tout le contraire de la riche héritière insupportable qu'on voit souvent dans les séries télévisées américaines. «C'est une personne simple, généreuse et très engagée socialement», indique Chantal Thomas. La directrice générale du Bureau du développement et des relations avec les diplômés de l'Université l'a sollicitée en 2006 à l'occasion de la campagne annuelle de financement de l'établissement. Sans hésitation, Sophie Desmarais a accepté d'y participer... même si elle n'est pas diplômée de l'UdeM! Seule condition: «Elle ne voulait pas juste donner de l'argent. Il était important pour elle d'être présente. Son engagement a dépassé nos espérances!»

La cadette de la famille Desmarais et mère de deux enfants (Sébastien, 28 ans, et Chloé, 19 ans) a le don de soi dans les gènes. «Donner n'est pas difficile. Mais déterminer à qui l'on veut donner et s'engager dans la communauté l'est davantage», dit-elle.

Le Fonds Sophie Desmarais pour le Big Band est consacré à la remise de bourses d'études en interprétation, en composition et en arrangement jazz, ainsi qu'à l'organisation d'activités de rayonnement de l'ensemble. La générosité de Mme Desmarais a également permis la création en 2012 du Prix de l'ambassadrice du Big Band pour fin d'études. Ce prix annuel permet de remettre des bourses à des étudiants s'étant démarqués par leur talent exceptionnel et leur participation exemplaire au sein du Big Band.

Que ce soit pour encourager les étudiants et la relève musicale ou pour soutenir les victimes d'intimidation et prévenir ce type de violence, l'objectif, pour Mme Desmarais, est le même: aider les gens et avoir une influence positive sur la société. «Si l'on veut que la société fonctionne, il faut que tout le monde fasse sa part. On doit tous donner un coup de main.»

Dominique Nancy