La cyberdépendance est-elle devenue une maladie?

  • Forum
  • Le 25 août 2014

  • Dominique Nancy

Illustration : Benoit GougeonLa technologie a créé une nouvelle source de dépendance. Les accros d'Internet sont vissés à leur siège, parfois jusqu'à 20 heures par jour, et perdent presque tout contact avec la réalité. La cyberdépendance est-elle devenue une maladie?

 

«La dépendance à Internet est virtuelle, mais le problème, lui, est réel. On traite actuellement quelque 75 personnes qui souffrent de ce type de dépendance, affirme Jacques Couillard, directeur du Centre de réadaptation en dépendance de Montréal, le seul institut de recherche universitaire sur les dépendances du Québec. Depuis 2008, nous y offrons des services de mieux en mieux adaptés aux cyberdépendants.»

Qui sont-ils? Des jeunes hommes principalement, âgés de 16 à 30 ans, qui ont commencé à naviguer pour le plaisir, mais qui sont devenus adeptes de jeux en ligne. Les Call of DutyWorld of WarcraftDark Age of CamelotGuild Wars et Candy Crush attirent des joueurs des quatre coins du monde et engendreraient une participation compulsive.

Selon les experts, il existerait quatre champs liés à la dépendance au Web, soit les jeux vidéo d'action et d'aventure, les jeux de hasard et d'argent, la pornographie et les relations virtuelles. «Les études sur la cyberdépendance comportent des limites inhérentes à la nouveauté du phénomène, fait toutefois observer Louise Nadeau. Par exemple, on ne connaît pas bien son évolution: est-ce transitoire ou chronique?» À ce jour, la cyberdépendance n'a pas d'existence nosologique; ainsi, elle n'est pas incluse dans le DSM-V. La cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux aborde toutefois l'utilisation persistante et récurrente du jeu en ligne dans une section sur les troubles nécessitant des études plus approfondies sur le sujet. «La recherche est présentement insuffisante pour qu'on puisse établir des signes cliniques distinctifs», signale la professeure du Département de psychologie de l'Université de Montréal.

Mme Nadeau admet que la passion des jeunes pour les jeux en ligne peut devenir obsessive, pathologique dans certains cas, mais elle croit que le problème est nettement exagéré. À son avis, l'usage excessif d'Internet a des effets négatifs encore méconnus, à commencer par les troubles du sommeil et l'isolement. Le principal problème ne serait toutefois pas le risque de souffrir d'une dépendance. Elle fait le parallèle avec la télévision en rappelant la crainte qu'a suscitée cette technologie au milieu du siècle dernier. «À cette époque, la télévision était allumée en permanence dans plusieurs des maisons du Québec. Cela n'a pas fait de vous ni de moi des accros de la télé pour autant.»

Dominique Nancy