Aarlenne Khan : du Kenya à Montréal, en passant par l'Ontario, Lyon et San Francisco

  • Forum
  • Le 2 septembre 2014

  • Dominique Nancy

Aarlenne Khan« Optic ataxia errors depend on remapped, not viewed, target location ». C'est le titre d'un article publié dans la revue Nature Neuroscience, faisant état de résultats prometteurs quant à la compréhension de l'ataxie optique, une affection qui se traduit par un manque de coordination fine des mouvements volontaires guidés par la vision.

 

Les gens qui en sont atteints ont par exemple beaucoup de difficulté à saisir des objets avec leurs mains.

L'auteure, Aarlenne Khan, a effectué cette recherche alors qu'elle poursuivait ses études doctorales en sciences cognitives et psychologie. « Notre aptitude à percevoir le monde qui nous entoure et à interagir avec lui est étroitement liée à notre capacité à faire les mouvements appropriés des yeux et à déplacer le centre de notre attention. Les mouvements oculaires dirigent la fovéa au centre d'intérêt ou de pertinence, ce qui permet un traitement plus détaillé des objets dans notre environnement », explique la jeune femme embauchée en janvier 2014 à titre de professeure par l'École d'optométrie de l'Université de Montréal.

Mme Khan est spécialiste de l'interaction entre l'attention et les mouvements oculaires dans le cerveau sain et malade. Outre ses travaux sur l'ataxie, elle mène, entre autres, des recherches auprès de patients ayant des lésions du cortex pariétal ou qui souffrent de la maladie de Parkinson.

Son curriculum vitæ est imposant. À 38 ans, cette Indo-Pakistanaise d'origine née au Kenya qui a émigré en Ontario avec sa famille à l'âge de 12 ans a fait une thèse en cotutelle à l'Université Claude Bernard, à Lyon, et à l'Université York, à Toronto. Elle a ensuite suivi deux stages postdoctoraux : le premier au Smith-Kettlewell Eye Research Institute, à San Francisco, et le second au Centre des neurosciences de l'Université Queen's, à Kingston. Elle est la principale auteure d'une vingtaine d'articles parus dans des revues scientifiques à facteur d'impact élevé.

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la vision et l'action, Aarlenne Khan a récemment reçu une bourse de la Fondation canadienne pour l'innovation afin d'installer l'équipement nécessaire à ses recherches. « Je sens déjà la fébrilité de la production, mais je trouve très stimulant d'enseigner et de continuer mes travaux dans un établissement comme l'Université de Montréal, mentionne-t-elle dans un très bon français. J'apprécie également tout le soutien obtenu de la part de la direction de l'école et de mes collègues. »

Même si elle a beaucoup de pain sur la planche, elle voit d'un bon œil son avenir à Montréal. « Je viens d'acheter un condo dans le quartier du Plateau-Mont-Royal, dit la chercheuse qui aime cuisiner des gâteaux et faire du tricot. De plus, Montréal n'est pas trop loin de ma famille qui habite en Ontario. Je ne pouvais rêver mieux! »

Dominique Nancy