Mammographies : le positionnement des seins doit être amélioré

  • Forum
  • Le 8 septembre 2014

  • Martin LaSalle

Près de 68 % des images ne remplissent pas les critères de la CAR chez les femmes ayant un IMC de 30 kg/m2 ou plus, comparativement à 35 % pour un IMC de moins de 25 kg/m2. (Photo : iStock)Malgré les mesures adoptées pour garantir la qualité des examens d'imagerie médicale au fil des ans, 49,7 % d'un échantillon de 197 mammographies effectuées dans des centres de dépistage du cancer du sein au Québec n'ont pas satisfait aux critères de qualité de l'Association canadienne des radiologistes (CAR).

 

Et ce faible taux de conformité serait surtout attribuable à des problèmes liés au positionnement des seins au moment de l'examen ainsi qu'à un indice de masse corporelle (IMC) de 30 kg/m2 ou plus chez des femmes obèses.

C'est ce que révèle une étude publiée dans la revue scientifique de la CAR et dirigée par Marie-Hélène Guertin, de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), à laquelle a pris part le Dr Michel Pierre Dufresne, professeur adjoint de clinique à l'Université de Montréal. Celui-ci a participé à l'élaboration du protocole de l'étude en plus d'agir à titre de radiologiste responsable tout au long du projet de recherche.

Selon eux, ces résultats ne doivent toutefois pas être interprétés avec alarmisme. « Le taux de détection du cancer du sein au Québec, qui est de 4,2 pour 1000 femmes dépistées, est avantageusement comparables aux normes minimales et aux programmes des autres provinces, où le taux est de 3,7 pour 1000 femmes dépistées », insistent-ils.

Positionnement du sein et obésité

La qualité de l'image d'une mammographie de dépistage dépend de différents facteurs, dont le positionnement du sein dans l'appareil de compression et la compression elle-même, le degré d'exposition aux rayons X, le contraste et la netteté de l'image, de même que les parasites visuels et la présence d'artéfacts.

Michel Pierre DufresneAu pays, la CAR exige des centres de dépistage qu'ils soient en mesure de produire des images optimales avant de leur accorder l'agrément. Au Québec, les centres doivent, de plus, obtenir une certification du Laboratoire de santé publique.

Toutefois, « le processus d'agrément de la CAR ne permet pas de recueillir de l'information sur le degré de qualité des mammographies réalisées dans la pratique quotidienne », indiquent Marie-Hélène Guertin et Michel Pierre Dufresne.

Ils ont donc demandé à deux radiologistes de procéder à une évaluation indépendante de la qualité des images tirées d'un échantillon de 197 mammographies effectuées en 2004 et 2005 dans le cadre du Programme québécois de dépistage du cancer du sein. Leur évaluation reposait sur les critères d'évaluation de la CAR et, en cas de désaccord, un troisième radiologiste était consulté.

Au final, 49,7 % des mammographies de dépistage ne répondaient pas à ces critères. « Pour l'ensemble des images analysées, 37,2 % des mammographies étaient inadéquates en raison du positionnement non optimal du sein lors de l'examen », précise Mme Guertin.

Par ailleurs, chez les femmes ayant un IMC de 30 kg/m2, la proportion de mammographies de dépistage ne remplissant pas les critères de la CAR atteignait 67,5 %, comparativement à 34,9 % parmi les femmes dont l'IMC était de moins de 25 kg/m2.

Et, puisque le positionnement du sein était la composante problématique la plus fréquente, les résultats de l'étude demeurent toujours d'actualité, bien que les images analysées aient été prises il y a 10 ans.

Pour des cibles de qualité minimale

Dans un éditorial publié dans le même numéro de la revue de la CAR, le président de l'Association, Jacques Lévesque, écrit que les critères de l'organisme commandent une qualité frôlant la perfection. C'est pourquoi il juge « compréhensible que toutes les mammographies ne puissent rencontrer les critères de l'accréditation ».

« En fait, la qualité de l'image exigée pour l'agrément de la CAR serait comparable à une photo que commanderait le magazine National Geographic, tandis que les radiographies prises quotidiennement correspondent à des clichés dont la qualité serait assez bonne pour la publication dans différents journaux », illustre le Dr Dufresne.

« Le taux d'échec élevé ne signifie pas que les images ne sont pas d'assez bonne qualité pour poser un diagnostic, puisque même une déviation mineure dans le positionnement du sein était suffisante pour que la mammographie ne soit pas jugée optimale », renchérit Marie-Hélène Guertin.

Selon elle, les résultats mettent surtout en lumière le fait qu'il n'existe pas encore de cibles de qualité minimale à atteindre en matière de mammographies de dépistage faites au quotidien.

« Nous souhaitons que de telles cibles soient définies, et déjà, un groupe de travail a été formé au ministère de la Santé et des Services sociaux afin de corriger les lacunes de positionnement », conclut-elle.

Martin LaSalle


 

Dépistage et réduction de la mortalité par cancer du sein

Selon le rapport Évolution de la mortalité par cancer du sein depuis l'implantation du Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS), publié en décembre 2008 par l'INSPQ, la mise en place du Programme « semble associée à une réduction » de 35 à 41 % du taux de mortalité par cancer du sein parmi les femmes participant à ce programme.

M.L.