De la bile animale pour soigner vos caries!

  • Forum
  • Le 15 septembre 2014

  • Dominique Nancy

Julian ZhuSur le fauteuil du dentiste, on pourrait vous offrir prochainement de soigner votre carie avec une matière dérivée de la bile animale! C'est la piste suivie par Julian Zhu, qui est parvenu à fabriquer un composite révolutionnaire sans danger pour la santé à partir de sels de la vésicule biliaire.

 

« Le polymère est comparable aux composites commerciaux utilisés pour les amalgames en dentisterie, mais il n'est pas encore aussi durable. Son premier intérêt est de ne contenir aucun produit potentiellement dangereux », fait valoir le professeur du Département de chimie de l'Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche de l'UdeM en biomatériaux polymériques.

En 2008, Santé Canada a mis le bisphénol A sur la liste des substances dangereuses pour les enfants et l'environnement. Aujourd'hui, ce matériau reconnu toxique n'est plus employé pour les plombages. Mais on a recours à un monomère dentaire, le Bis-GMA, qui n'est pas sans risque, puisqu'il s'agit d'un dérivé du bisphénol A. Il pourrait être bientôt remplacé par le composé naturel que le professeur Zhu et son équipe ont conçu. « Les molécules d'acides biliaires de provenance animale sont biocompatibles et les polymères offrent une résistance mécanique nécessaire à l'élaboration des résines dentaires, explique-t-il. De plus, leur propriété amphiphile, c'est-à-dire le fait qu'ils sont à la fois hydrophiles et hydrophobes, en font un matériau de choix pour combler une foule de besoins biomédicaux et pharmaceutiques. »

Après la diffusion de cette innovation en 2009 dans la revue ACS Applied Materials & Interfaces, les médias ont rapidement fait écho aux travaux de cet expert des biomatériaux polymériques. Certains ont cru à une hérésie scientifique. Pas du tout! À évoquer ce souvenir, le chercheur, natif de Dongguang, un village du nord de la Chine, en rit encore. Concevoir un polymère avec des composés de corps d'animaux? C'est possible dans la mesure où les produits de synthèse sont remplacés par des matériaux biologiques. Pour s'approvisionner en acides biliaires, l'abattage des animaux n'est pas nécessaire, signale M. Zhu, puisqu'il se sert des matières rejetées par les abattoirs.

Julian Zhu connaissait bien les acides biliaires et leurs propriétés. Son doctorat fait à l'Université McGill s'intitulait Binding interactions of bile acids and bile pigments with amines. « C'était un tout autre objet d'étude, mais leur biodisponibilité m'a amené à essayer de les utiliser pour en faire des matériaux polymères. » Eurêka! « En les mélangeant à d'autres composés, on obtient une nouvelle résine qui pourrait être aussi résistante que les plombages actuellement employés. »

Julian Zhu espère collaborer avec certaines compagnies pharmaceutiques afin que ce procédé puisse être commercialisé bientôt.

Outre les résines dentaires, les recherches du professeur Zhu ont déjà permis la mise au point d'hydrogels absorbants et de polymères biodégradables pour les dispositifs de libération contrôlée de médicaments.

Dominique Nancy