Des personnes âgées pauvres examinées gratuitement en audiologie

  • Forum
  • Le 15 septembre 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Roxanne Bolduc, Mélanie Brière et Ronald ChoquetteRoxanne Bolduc n'a pas pu faire grand-chose pour améliorer l'ouïe de la vieille dame qu'elle a reçue l'hiver dernier pour un examen à la Clinique universitaire en orthophonie et en audiologie de l'Université de Montréal, car cette femme était presque complètement sourde, mais elle n'est pas près d'oublier cette cliente âgée de plus de 80 ans.

 

C'était probablement la première fois de sa vie qu'elle passait un examen de l'audition. « Les tests ont révélé qu'elle n'entendait qu'un léger brouhaha, limité à quelques basses fréquences », relate Mme Bolduc.

L'audiologiste en herbe lui a conseillé de suivre un cours de lecture labiale ou de langue des signes afin de parvenir à retrouver un minimum de communication interpersonnelle. Un aménagement intérieur adapté à sa situation aurait pu également améliorer ses conditions de vie.

Pour la finissante au baccalauréat (elle est aujourd'hui au deuxième cycle professionnel en préparation pour le marché du travail), l'expérience a eu un effet durable. « Les personnes âgées forment une clientèle avec des besoins particuliers. Le cas de cette dame était particulièrement difficile, car elle souffrait de problèmes cognitifs en plus de sa surdité importante. Les appareils, dans de telles situations, n'apportent pas d'avantages significatifs », explique-t-elle.

C'est son professeur, Ronald Choquette, qui a eu l'idée d'offrir à des gens âgés vivant seuls issus de milieux modestes l'accès gratuit à des services d'audiologie. Grâce à la collaboration de l'organisme Les Petits Frères (auparavant Les Petits Frères des pauvres), des bénévoles ont accompagné les clients, tous âgés de plus de 75 ans, jusqu'à la clinique de l'avenue du Parc.

Larmes d'émotion

Chaque patient a subi une évaluation complète de l’audition, incluant les vérifications d’usage des prothèses auditives.Les sept clients rencontrés par les étudiants, sous la supervision du professeur clinicien, n'ont pas eu à débourser les 60 $ habituellement facturés pour la visite initiale, ces frais étant assumés par l'École d'orthophonie et d'audiologie de l'UdeM. Les séances ont duré deux heures en moyenne, soit le double d'une séance normale. Chaque patient était vu par une équipe de deux étudiants et ceux-ci devaient procéder à une évaluation complète de l'audition, incluant les vérifications d'usage des prothèses auditives.

Dans certains cas, les appareils étaient en bon état mais inutilisés. Un simple changement de pile a parfois suffi à régler le dysfonctionnement invoqué. « Les personnes âgées ont parfois des réactions de rejet devant la technologie. Quand elles vivent seules, en plus, elles sont très souvent incapables de mesurer l'aggravation de leur état de santé. »

Sur le plan pédagogique, les interventions des étudiants ont été notées dans le cadre d'un cours en intervention audiologique. « La plupart des interventions étaient assez simples. Mais elles peuvent améliorer les choses », commente le professeur Choquette, qui a travaillé 25 ans en clinique avant de se joindre au corps professoral de l'Université, en 2012. Ainsi, une dame s'est présentée avec une prothèse auditive en bonne condition, mais qu'elle portait à la mauvaise oreille. Le fait de changer la prothèse d'oreille lui a tiré des larmes d'émotion.

« Nous n'avons pas tous l'occasion d'aborder une clientèle aussi âgée durant notre formation. C'est pourquoi j'ai apprécié cette expérience », mentionne Mélanie Brière, inscrite à ce cours. Sa patiente, une femme de 94 ans, avait une prothèse mal réglée dans une oreille, et elle est repartie de la clinique avec un bien meilleur accès à son environnement sonore qu'à son arrivée.

C'est en discutant avec ses propres parents, Claude et Nicole Choquette, bénévoles auprès de personnes âgées, que le professeur a eu l'idée de cette expérience communautaire, qui sera reprise l'hiver prochain. Ceux-ci avaient remarqué que plusieurs d'entre elles n'utilisent pas ou utilisent mal leurs prothèses auditives. Ils avaient aussi observé que la surdité, totale ou partielle, accentue les effets de leur isolement.

L'organisme Les Petits Frères a pour mission « d'accueillir et d'accompagner les personnes seules du grand âge afin de contrer leur isolement en créant autour d'elles une famille engagée et fidèle jusqu'à la fin de leur vie ». L'audiologiste a fait circuler son invitation à l'intérieur de la communauté des « vieux amis », soit les gens très âgés faisant partie du réseau, et sept clients ont répondu à l'appel. Le professeur promet que le service s'étendra à un plus grand nombre de personnes dès 2015.

Mathieu-Robert Sauvé