La réalité virtuelle promet de nouvelles applications en psychiatrie légale

  • Forum
  • Le 2 novembre 2014

  • Martin LaSalle

Lorsqu’elles sont dans la voûte d’immersion, les personnes peuvent être soumises à des stimulus dans des environnements complexes se rapprochant du monde réel. Ci-contre, un stimulus de faible intensité. Il est actuellement impossible, à l'issue d'une thérapie ou d'un traitement, de définir les circonstances dans lesquelles un patient colérique saura – ou non – contenir ses élans agressifs ou de déterminer si un délinquant sexuel parviendra ou pas à se contrôler et à ne pas agresser une victime ou récidiver.

 

La réalité virtuelle pourrait constituer la clé permettant de prédire à la fois les comportements de personnes délinquantes et l'efficacité des thérapies auxquelles elles ont pris part.

C'est ce qui émane des travaux de recherche fondamentale et appliquée auxquels participe Massil Benbouriche, chargé de cours à l'École de criminologie de l'Université de Montréal et coordonnateur des activités du laboratoire Applications de la réalité virtuelle en psychiatrie légale de l'Institut Philippe-Pinel de Montréal (IPPM).

Sous la direction de Patrice Renaud, professeur au Département de psychoéducation et de psychologie de l'Université du Québec en Outaouais et responsable du laboratoire de l'IPPM, Massil Benbouriche s'active à valider empiriquement certaines théories explicatives du passage à l'acte tout en testant des protocoles de recherche pouvant être appliqués en faisant appel à la réalité virtuelle.

Massil Benbouriche devant la voûte immersive

Voir et lire ce qu'un individu ressent

Les applications de la réalité virtuelle en santé mentale, plus particulièrement pour l'évaluation et le traitement des troubles anxieux, remontent à une quinzaine d'années. Mais ce n'est que depuis 2006 que l'IPPM y a recours en psychiatrie légale pour évaluer le profil des délinquants sexuels et leur dangerosité.

Jusqu'à tout récemment, ce n'était que par la seule pléthysmographie pénienne qu'on pouvait déterminer les préférences sexuelles d'un délinquant sexuel. Il s'agit d'un d'anneau qui, placé autour du pénis, mesure les changements de circonférence selon les stimulus visuels ou auditifs présentés à l'individu.

Mais cette méthode n'est pas sans faille. « La personne peut exercer un contrôle et brouiller les résultats, entre autres en ne regardant pas les images », illustre M. Benbouriche.

Dernièrement, on a mis au point un protocole combinant la méthode de l'anneau pénien et un test de balayage visuel qui, à l'aide de stimulus présentés par ordinateur, mesure le temps de fixation des zones érogènes que les images comportent et le temps de passage entre ces zones. Cela permet de désigner avec beaucoup plus de précision certains comportements associés à une préférence sexuelle déviante.

« Maintenant, en associant ces méthodes à la réalité virtuelle, nous parvenons à faire vivre une expérience immersive à l'individu en le plaçant dans une voûte, c'est-à-dire un cube comportant de quatre à six grands écrans sur lesquels sont projetés des stimulus, indique Massil Benbouriche. Nous pouvons ainsi évaluer ce qu'il perçoit et ressent de son propre point de vue, et non du point de vue d'une tierce personne. »

Cette technologie a aussi l'avantage de pouvoir créer des stimulus selon la morphologie des sujets – homme ou femme, adulte ou enfant, couleur de peau, etc. –, et ce, dans des environnements complexes se rapprochant du monde réel, tels un bar ou une chambre privée.

Pour l'heure, des tests en réalité virtuelle ont été effectués afin de comparer les résultats obtenus chez des patients ayant des déviances sexuelles avec ceux de personnes non délinquantes.

« Et les résultats montrent que l'utilisation des stimulus virtuels, qu'il s'agisse de photos ou d'animations vidéo, donne des résultats analogues à ce que d'autres méthodes permettent d'obtenir pour évaluer si un individu présente un profil de réponses sexuelles déviantes ou pas », assure celui qui est aussi candidat au doctorat à l'UdeM.

Des résultats encourageants pour les interventions cliniques

Ces résultats, qui s'ajoutent à ceux auxquels de nombreuses autres études sont parvenues afin de mesurer empiriquement l'utilité de la réalité virtuelle en psychiatrie légale, font l'objet d'un article scientifique rédigé par Massil Benbouriche. Sa publication prochaine sera un jalon de plus vers l'application de la recherche en intervention clinique.

« Nos données sont probantes et nous savons que la réalité virtuelle a donné de très bons résultats pour traiter différents troubles anxieux et des phobies, en plus de s'avérer prometteuse pour soigner la schizophrénie », poursuit-il.

De sorte que, d'ici quelques années, la réalité virtuelle pourrait devenir un outil clinique fréquemment utilisé en psychiatrie légale « tant pour juger de la dangerosité d'une personne que pour déterminer sa capacité à se maîtriser en fonction de différentes situations testées en réalité virtuelle, permettant ainsi de mesurer l'efficacité de la thérapie suivie », conclut Massil Benbouriche.

Martin LaSalle