À quoi sert le rire??

  • Forum
  • Le 22 septembre 2014

  • Dominique Nancy

Rire triomphant, fou rire, rire forcé, rire bête, rire gras... Rire jaune, rire de joie, rire de peur, rire aux larmes, rire aux éclats... Des chercheurs ont recensé pas moins de 187 façons de rire. Grand mystère depuis la nuit des temps, l'humour et le rire ont intrigué Platon, Aristote, Descartes, Kant et Freud, qui ont tous écrit sur cette faculté apparemment propre aux êtres humains.

 

Mais à quoi sert le rire? Que se passe-t-il dans notre organisme lorsque nous nous esclaffons ou que se contracte le grand zygomatique, ce muscle qui fait s'étirer les lèvres? Selon le psychologue Simon Laliberté, qui a déposé une thèse sur l'humour comme antidote à la douleur chronique au Département de psychologie de l'Université de Montréal, le rire serait associé notamment à des changements dans la conductibilité de la peau et à une diminution du rythme cardiaque. Pendant qu'une personne rit, son tonus musculaire change et des modifications de l'activation cérébrale sont mesurables. D'autres études parlent d'un état de stimulation suivi d'un état de relaxation. Bref, ces grandes recherches démontrent ce qu'on savait déjà : le rire détend...

Défini par le Larousse comme un «sentiment de gaieté», le rire est souvent lié au bonheur, un «état subjectif de bien-être». Mais une personne peut être parfaitement heureuse même si elle ne rit jamais. Même l'individu le plus guilleret connaît des moments où il n'entend pas à rire. L'étirement du grand zygomatique n'est par ailleurs pas toujours innocent. Il peut être une façon de blesser et de mépriser.

Qu'en est-il de ses vertus thérapeutiques?  «Le bon sens dicte que l'humour aide à passer à travers les problèmes, affirme Simon Laliberté. Je l'avais moi-même constaté dans un centre de réadaptation où je travaillais en Colombie-Britannique. Les patients qui parvenaient à rire de leur déconvenue semblaient mieux s'en sortir. J'ai voulu en avoir le cœur net.» Pour expérimenter l'effet de l'humour sur la douleur, il a fait regarder à une quinzaine de volontaires aux prises avec des douleurs chroniques les épisodes les plus burlesques de La petite vie ainsi que des monologues de nos meilleurs humoristes. Dans le but d'établir une comparaison, il a invité un autre groupe à visionner un reportage de Radio-Canada sur les bélugas. Puis il a recueilli les commentaires des deux groupes.

Résultat? Rire fait du bien, mais n'atténue pas la douleur chronique. En tout cas, pas de façon observable. C'est ce qui ressort de l'aspect expérimental de l'étude de M. Laliberté. «Ceux qui maniaient davantage l'humour dans leur quotidien rapportaient par contre être moins déprimés et avoir une meilleure estime de soi.»

Mathieu-Robert Sauvé et Dominique Nancy

(Illustration : Benoît Gougeon)