Doctorats honorifiques décernés à Joan Dornemann et à Leon Fleisher

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  • Le 22 septembre 2014

La Faculté de musique de l'Université de Montréal rend hommage à deux pédagogues qui ont marqué les 20e et 21e siècles. Joan Dornemann et Leon Fleisher, qui ont aidé des générations de chanteurs et de pianistes à mieux comprendre et pratiquer leur art, recevront des doctorats honorifiques et donneront des cours de maître ouverts au public au début d'octobre.

 

La Faculté de musique de l'Université de Montréal rend hommage à deux pédagogues qui ont marqué les 20e et 21e siècles. Joan Dornemann et Leon Fleisher, qui ont aidé des générations de chanteurs et de pianistes à mieux comprendre et pratiquer leur art, recevront des doctorats honorifiques et donneront des cours de maître ouverts au public au début d'octobre.

Par un chemin ou l'autre, le destin de ces deux maîtres de musique est lié à celui de la Faculté de musique. Pour Joan Dornemann, répétitrice et chef adjointe au Metropolitan Opera de New York, il l'est par le programme de stage estival intensif de trois semaines qui se déroule chaque été à l'UdeM, en association avec l'Institut canadien d'art vocal. Depuis la création du programme, en 2004, 300 jeunes chanteurs dont une trentaine de diplômés de la faculté ont bénéficié de la participation de Mme Dornemann à ce stage.

Joan Dornemann, l'une des répétitrices les plus respectées dans le monde, prépare de nombreux grands chanteurs en vue de leur passage au Metropolitan Opera de New York.«Je crois qu'il existe, dans le monde, des endroits particuliers où les voix magnifiques semblent faire partie du patrimoine génétique de la population, et le Québec en est certainement un, indique-t-elle. Au Mexique, on trouve des ténors remarquables, et il y a des gens incroyablement talentueux qui viennent de la région de Memphis, au Tennessee. Pensons également à l'Italie. C'est toujours un phénomène fascinant.»

Mais pour se déployer, ces jeunes talents doivent être formés au sein d'établissements et de programmes qui peuvent développer leur potentiel.

«Au Québec, il y a d'excellents professeurs et les universités font un très bon travail, dit Joan Dornemann. Ce qui fait progresser la carrière de quelqu'un, ce sont des programmes qui créent un pont entre ces universités et le monde professionnel. Ces jeunes doivent acquérir des aptitudes professionnelles encore plus poussées.»

Selon cette experte, qui a côtoyé au fil des ans de célèbres interprètes comme Luciano Pavarotti, Placido Domingo et Renée Fleming, pour n'en nommer que quelques-uns, l'enseignement du chant classique a beaucoup changé et il est surtout plus accessible.

«Aujourd'hui, nous acceptons de former des gens dont on pourrait croire, au départ, qu'ils n'ont pas de talent particulier, et le temps nous prouve souvent qu'en fait nous avions tort et qu'ils possèdent ce talent!»

Leon Fleisher : comprendre la musique

Leon Fleisher a enseigné à plusieurs pianistes, entre autres Yefim Bronfman, Louis Lortie, Hélène Grimaud et Wonny Song.Figure légendaire du piano, Leon Fleisher s'est fait connaître comme concertiste dans les années 50 avant de perdre tragiquement l'usage de sa main droite en 1964 en raison d'une maladie neurologique, la dystonie focale. N'ayant jamais abandonné la musique, il s'est alors tourné vers la direction d'orchestre et l'enseignement tout en continuant de chercher des moyens de guérir sa main. Il a également poursuivi ses activités d'interprète en jouant des compositions pour la main gauche. Grâce à des injections de Botox, il a retrouvé l'usage de sa main droite en 2004 et, à 86 ans, il donne encore des concerts.

Pédagogue de réputation mondiale, Leon Fleisher a enseigné à plusieurs pianistes qui ont maintenant une belle carrière, entre autres Yefim Bronfman, Louis Lortie, Hélène Grimaud et Wonny Song. Parmi les privilégiés qui ont profité de ses conseils, on compte le pianiste et professeur Marc Durand, qui enseigne à la Faculté de musique de l'UdeM depuis 1980. C'est donc l'empreinte pédagogique de Leon Fleisher – qui a lui-même été l'élève du grand Artur Schnabel – qui marque en partie l'enseignement que reçoivent les étudiants en piano de Marc Durand à l'Université.

«Marc Durand a joué pour moi à quelques reprises, mentionne Leon Fleisher. Mais surtout, il a été présent à un très grand nombre de cours que j'ai donnés. Dans un sens, c'était encore mieux que d'être mon élève, car il n'avait pas à reproduire quoi que ce soit au piano et, ainsi, il pouvait mieux écouter ce que je disais.»

Pour Leon Fleisher, l'enseignement actuel du piano doit se poursuivre en étant axé sur la compréhension du discours musical et le respect de ce qu'ont voulu nous dire les compositeurs.

«De nos jours, il y a énormément de jeunes pianistes très virtuoses, mais qui ne démontrent pas tous une réelle et profonde compréhension de ce qu'ils jouent. Alors, même si le niveau technique général des pianistes est plus élevé qu'autrefois, les véritables grands pianistes sont aussi rares et exceptionnels qu'ils l'étaient, et ils le resteront.»

Joan Dornemann et Leon Fleisher recevront leur doctorat honorifique à la collation des grades de la Faculté de musique le 3 octobre, à la salle Claude-Champagne. En marge de cette cérémonie, les deux artistes donneront des cours de maître publics dans cette même salle le 2 octobre à 14 h et à 17 h respectivement.

Caroline Rodgers,
collaboration spéciale