«Former les médecins en région pour les garder en région!»

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  • Le 22 septembre 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Raymond Lalande«J'aime ça. Go for it!» Voilà ce que le doyen de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, le Dr Jean-Lucien Rouleau, répond à son vice-doyen Raymond Lalande quand ce dernier lui présente son projet de campus décentralisé en Mauricie.

 

Nous sommes en 2003 et aucune université, au Canada, n'offre une formation complète en médecine en dehors des grands centres urbains.

Le Dr Rouleau vient tout juste d'entrer en fonction (la Dre Hélène Boisjoly lui a succédé depuis), mais il croit immédiatement au projet. Les deux hommes multiplieront les rencontres et parviendront à faire en sorte que les premiers étudiants puissent s'inscrire à l'UdeM à Trois-Rivières 13 mois plus tard. «Un tour de force compte tenu du fait que l'Université de la Colombie-Britannique travaillait sur un projet similaire depuis cinq ans», relate le Dr Lalande, aujourd'hui vice-recteur aux études au campus de l'UdeM à Laval.

Réussir en si peu de temps à recevoir l'approbation des comités facultaires, universitaire et ministériel liés à la formation médicale n'était pas chose facile, mais trouver des partenaires en milieu hospitalier et chez les élus et obtenir des budgets pour construire un immeuble, c'était presque un miracle. Le campus de l'Université de Montréal en Mauricie a acquis un nouveau relief en 2009, année de l'inauguration du pavillon et année de diplomation de la première cohorte. Présent à la cérémonie, le Dr Lalande était très ému de voir le chemin parcouru. Récompense suprême, les nouveaux médecins de ce campus ont obtenu, en 2010, les meilleures notes du pays à l'examen du Conseil médical du Canada.

Une idée nouvelle

C'est à la lecture d'un article paru en 2002 dans Academic Medicine que naît l'idée d'un campus décentralisé dans l'esprit du Dr Lalande. Les auteurs y expliquaient, chiffres à l'appui, que les médecins formés dans une région donnée avaient tendance à s'y installer en grand nombre après l'obtention de leur droit de pratique. À condition que cette formation soit étendue sur une longue période et non limitée à quelques mois dans le cadre de stages. Bien qu'inédite au Canada, cette approche est monnaie courante aux États-Unis. Appliquée à la région mauricienne, alors cruellement déficitaire pour ce qui est de son effectif médical, elle représenterait un avantage non négligeable pour la Faculté de médecine à Montréal, aux prises avec un nombre croissant d'étudiants. «C'était un problème délicat, raconte le médecin. Les hôpitaux affiliés étaient saturés relativement au rapport professeurs-étudiants. Un campus extérieur permettrait de répartir l'expertise.»

Le Dr Lalande savait de quoi il parlait, car il s'intéressait depuis longtemps à l'enseignement de la médecine. Lui-même diplômé de l'Université de Montréal en 1983 (doctorat de premier cycle), puis en 1985 (spécialité médecine de famille), il avait obtenu une maîtrise en andragogie de la Faculté des sciences de l'éducation en 1991. Il avait joué un rôle de premier plan dans la réforme éducative menant à l'apprentissage par problèmes en 1992. Un virage couronné de succès.

Originaire de Montréal, Raymond Lalande a grandi dans le quartier Sainte-Rose, à Laval, où sa mère a fondé un hôpital en 1957. De son propre aveu, il était un élève moyen. Il a dû s'y prendre à quatre fois avant d'être admis en médecine, le temps de terminer un baccalauréat en biologie à l'Université. Or, ses études de médecine se sont avérées d'un ennui mortel par comparaison avec son premier programme d'études. «Nous faisions trois ans de cours magistraux avant d'être lancés dans les hôpitaux. Nous avions de bons outils dans notre valise mais dans un désordre total», illustre-t-il.

Un projet de carrière

Le Dr Lalande a tenu à exprimer sa reconnaissance à tous ceux qui, en Mauricie et à Montréal, ont fait de ce projet une réalité. Il destine de bons mots à Maryse Rinfret Raynor et Nicole Duhamel Maestracci, au rectorat, qui ont travaillé très fort et souvent dans l'ombre. Il y a eu aussi les collègues de l'Université du Québec à Trois-Rivières, qui ont eu un rôle névralgique à jouer pour assurer l'enseignement de l'année préparatoire («prémed») 2004-2005 pendant qu'on formait les cliniciens du futur campus et qui sont chargés de cette responsabilité depuis. Le Dr Michel Bureau, sous-ministre de la Santé et des Services sociaux, a également assumé un rôle important en appuyant le projet.

«Il y a eu beaucoup de sceptiques et un certain nombre d'embûches, mais nous les avons surmontées grâce à la collaboration de nos partenaires», a résumé le Dr Lalande.

Mathieu-Robert Sauvé


 

     

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