Le gouvernement conservateur gagnerait à consulter davantage ses diplomates en matière de relations internationales

  • Forum
  • Le 22 septembre 2014

  • Martin LaSalle

Joe Clark a déploré le manque de cohérence du gouvernement canadien au chapitre des relations internationales.«L'actuel gouvernement canadien a tendance à parler fort mais à agir peu sur le plan des relations internationales, comme on l'a vu récemment dans le conflit entre la Russie et l'Ukraine.» Et, s'il adoptait une politique étrangère axée sur la coopération, le pays serait en meilleure position pour regagner une certaine influence dans le monde.

 

Telle est l'essence du message qu'a livré Joe Clark devant près de 150 professeurs et étudiants de l'Université de Montréal au cours d'une conférence organisée par le Centre d'études sur la paix et la sécurité internationale et le Centre d'études et de recherches internationales de l'UdeM (CERIUM).

Celui qui fut premier ministre du Canada en 1979 et 1980 puis ministre des Affaires étrangères de 1984 à 1991 a déploré que le gouvernement de Stephen Harper ne démontre «pas vraiment d'intérêt à coopérer avec les autres» tant en politique intérieure que dans le domaine des affaires étrangères.

«Je crois aussi qu'il n'est pas très intéressé par les discussions multilatérales et c'est là un changement très profond par rapport à la tradition de politique étrangère du pays», a ajouté M. Clark en présence des anciens diplomates canadiens Alan Sullivan, Michèle Stanton-Jean, Louise Fréchette et Marie-Bernard Meunier – ces deux derniers étant d'ailleurs membres du CERIUM.

Il a glissé au passage qu'il est normal de ne pas avoir une fine connaissance du monde au moment de devenir ministre ou premier ministre. «Ça fait partie de notre système électoral et, dans la plupart des cas, les nouveaux gouvernements demandent l'avis des personnes mieux placées. C'est ce que j'ai fait et j'ai appris beaucoup en prenant conseil auprès des diplomates.»

Cependant, il juge qu'actuellement les diplomates canadiens sont «peu ou pas du tout consultés relativement à plusieurs questions importantes. Il n'y a pas de cohérence et l'attitude du gouvernement envers les pays qui ne sont pas comme nous continue d'être surprenante», a-t-il laissé tomber.

D'alliances et de coopération

Selon lui, les conflits aujourd'hui sont moins idéologiques et découlent davantage de différences culturelles. Aussi la capacité de convaincre devrait-elle occuper une place grandissante en politique étrangère.

«Au regard des violences qui ont marqué la dernière décennie, les compétences en matière de diplomatie sont aussi nécessaires que la politique de défense et de sécurité nationales, car elles sont à même d'empêcher que les conflits deviennent meurtriers», a poursuivi Joe Clark.

Il estime du reste qu'aucune nation n'est en mesure à elle seule d'exercer «un essentiel leadership de coopération: il faut une alliance entre pays et acteurs non étatiques qui sauront réconcilier les ennemis et chercher les terrains d'entente». C'est ce qu'il appelle la notion de soft power, selon laquelle le pouvoir de convaincre s'avère souvent plus efficace que le pouvoir de contraindre par la force économique ou militaire. En ce sens, M. Clark considère que le Canada pourrait exercer une autorité certaine.

Pour ce faire, il pourrait «moderniser et élargir ses alliances, avec des nations tournées vers l'avenir et ouvertes sur le monde, des nations novatrices et aptes à trouver des solutions, dont les richesses, la situation géographique, la composition culturelle et l'histoire seraient utiles pour bien comprendre les sources de conflits et s'y attaquer.»

Quels sont ces États? «Les pays scandinaves, dont la Norvège et la Suède, de même que l'Australie, l'Indonésie, le Mexique, la Corée du Sud, le Ghana – un modèle de réforme politique dans le monde en développement – et la Turquie, qui est en plein essor sur le plan économique et un poids lourd économique et politique de sa région», a énuméré Joe Clark.

«À une époque où la croissance économique et le succès matériel ne garantissent nullement la stabilité et la justice sociale, la politique étrangère n'est pas un luxe, mais bien une nécessité et un investissement dans notre capacité, et celle des générations futures, à vivre en paix et de façon productive», a conclu M. Clark.

Martin LaSalle