Très performants en classe... mais souvent isolés dans la cour d'école

  • Forum
  • Le 22 septembre 2014

  • Martin LaSalle

S'ils sont performants à l'école – surtout en mathématiques et en sciences –, les élèves québécois d'origine chinoise réussissent moins bien sur le plan de l'intégration sociale parce que leurs parents leur demandent de se consacrer presque exclusivement à leurs études. (Photo: iStock)Issus d'une culture qui valorise fortement l'éducation, la discipline, l'obéissance et le travail acharné, les élèves québécois d'origine chinoise sont en général très performants...

 

mais pas tous. Certains ressentent parfois un grand stress et quelques-uns vont même jusqu'à se rebeller contre l'autorité de leurs parents.

Ce sont là quelques-unes des observations que rapporte Ming Sun dans sa thèse de doctorat traitant de l'influence de l'école, de la famille et des ressources communautaires ethniques sur l'intégration socioscolaire des élèves québécois d'origine chinoise.

Ayant mené ses travaux sous la direction de Marie Mc Andrew, professeure titulaire à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, Mme Sun a interviewé des membres de la direction et des professeurs de trois écoles secondaires de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeois, ainsi que 20 élèves d'origine chinoise et presque autant de parents, tous habitant l'île de Montréal.

Ces entretiens font ressortir que les élèves d'origine chinoise vivent généralement une expérience scolaire positive et heureuse au Québec. La plupart ont d'excellents résultats en mathématiques et en sciences, «mais il ne faut pas conclure que tous ces élèves réussissent», insiste Mme Ming.

Des préjugés favorables à l'endroit des élèves

Les dirigeants des écoles et les professeurs interrogés par Ming Sun lui ont confié que les élèves d'origine chinoise bénéficient d'un préjugé favorable de la part des enseignants «parce qu'ils sont généralement à l'écoute, respectueux, travaillants et performants», souligne-t-elle.

« L'école du samedi aide les élèves à mieux performer, mais elle contribue aussi à les isoler davantage, de sorte que, même s'ils réussissent très bien en classe, ils ne parviennent pas à s'intégrer à la culture québécoise. »

Mais ce préjugé favorable a un effet pervers sur les élèves qui sont en difficulté sur les plans scolaire, psychologique ou émotif. «Parce qu'ils sont souvent réservés, il s'expriment peu et les professeurs ne sont pas nécessairement conscients de leur situation, explique Ming Sun. Même lorsqu'ils ne sont pas en forme, ces élèves se présentent en classe et souffrent en silence.»

Les parents des élèves d'origine chinoise bénéficient aussi d'un préjugé favorable de la part des dirigeants et des enseignants. «Les parents demandent rarement des accommodements et ils font confiance au système d'éducation : lorsque leur enfant ne réussit pas bien, ils n'en attribuent pas la faute à l'école ou au professeur, mais bien à l'élève, qui n'a sûrement pas travaillé assez fort», fait-elle remarquer.

Chargée de cours au campus de l'UdeM à Laval, Ming Sun se qualifie de «moins traditionnelle» que la moyenne des parents d'origine chinoise, et elle n'entend pas mettre trop de pression sur son petit Jérémie lorsqu'il fréquentera l'école...

Réussir pour l'honneur de la famille

Malgré les barrières linguistiques et culturelles, les parents immigrants chinois s'engagent activement dans les études de leurs enfants.

«En Chine, l'éducation est au service de la mobilité sociale : sans éducation, on n'est même pas certain de pouvoir trouver un travail, indique Mme Sun. Les parents d'origine chinoise arrivent au Canada avec cette mentalité et mettent beaucoup de pression sur leurs enfants car, pour eux, l'honneur de la famille repose sur la réussite des enfants.»

Aussi, pour ceux qui fréquentent une école offrant des programmes enrichis, «l'éducation passe toujours en premier.  Il n'y a pas de place pour les activités parascolaires parce qu'ils doivent sans cesse étudier, ce qui les empêche de socialiser avec les autres», explique-t-elle.

Dans les écoles moins compétitives, «c'est plus détendu, surtout chez les élèves qui sont nés au Québec : l'école demeure importante, mais ils font aussi une place à leurs amis et aux activités sociales », poursuit Ming Sun. Mais cette attitude peut donner lieu à des relations intergénérationnelles difficiles dans certaines familles. «Les enfants nés ici sont davantage influencés par les valeurs de liberté et d'autonomie que promeut la culture québécoise, et certains se rebellent fortement contre leurs parents autoritaires», confie-t-elle.

Les élèves fraîchement débarqués au Québec vivent quant à eux une expérience plus stressante. «Leurs parents les obligent à revenir immédiatement à la maison après l'école parce qu'ils jugent que le temps consacré à autre chose qu'à l'étude est du temps perdu, illustre Ming Sun. Ces élèves éprouvent davantage de difficultés dans l'apprentissage du français ainsi que dans leur intégration à la société québécoise.»

École du samedi et autres organisations ethniques

Sauf exception, les jeunes Québécois d'origine chinoise fréquentent tous «l'école du samedi», parfois pour faire du rattrapage en français, en anglais ou en sciences, mais plus souvent pour apprendre le mandarin et être imprégné de la culture et des valeurs chinoises.

«C'est un couteau à double tranchant : l'école du samedi aide les élèves à mieux performer, mais elle contribue aussi à les isoler davantage, de sorte que, même s'ils réussissent très bien en classe, ils ne parviennent pas à s'intégrer à la culture québécoise», fait valoir Ming Sun.

D'autres ressources et organisations communautaires ethniques, dont les églises et les médias de langue chinoise, contribuent au maintien de leur identité et au développement d'un réseau social. Mais elles dressent par le fait même des barrières à l'établissement de relations plus rapprochées entre l'école et la famille, selon elle.

«De meilleurs échanges culturels, sociaux et humains entre la communauté chinoise et l'ensemble de la société québécoise seraient souhaitables afin de favoriser à la fois la réussite scolaire des élèves et leur épanouissement», conclut-elle.

Martin LaSalle