La demande d'information fiable sera toujours croissante en démocratie

  • Forum
  • Le 29 septembre 2014

  • Martin LaSalle

M. Hoog et Alain Saulnier, professeur au Département de communication, partagent une certaine vision de l’information. (Photo: Martin LaSalle)Loin de menacer le métier de journaliste, l'ère numérique et la multiplication des sources d'information brute qu'elle a rendu possible créent un fort besoin de sécurité et de fiabilité chez les médias et les agences de presse.

«Nos sociétés démocratiques ont besoin que l'information soit synthétisée et mise en perspective et ça, c'est le travail des journalistes. Et les journalistes n'ont jamais été aussi nécessaires pour mieux comprendre le monde», a déclaré Emmanuel Hoog, président-directeur général de l'Agence France-Presse (AFP).

M. Hoog était de passage à l'Université de Montréal le 18 septembre, à l'occasion d'une conférence organisée par le DESS en journalisme de la Faculté de l'éducation permanente et le Département de communication, en collaboration avec le Centre d'études et de recherches internationales de l'UdeM et Pôle médias de HEC Montréal.

«Depuis l'explosion des médias sociaux, le monopole du breaking news [nouvelle de dernière heure] n'appartient plus aux seuls médias d'information, mais ceux-ci sont les seuls à pouvoir assurer la véracité de ce qu'ils diffusent et expliquer ce qu'il y a derrière les nouvelles, a poursuivi M. Hoog. Et les agences de presse, avec quelques grands médias, demeurent un rempart qui garantit la fiabilité des écosystèmes d'information.»

Du «jurassique» à l'ère numérique

Il n'y a pas si longtemps, certains critiques avançaient que les agences de presse allaient être dépassées par les médias sociaux et que leur existence était même menacée.

«Quand je suis arrivé à l'AFP il y a quatre ans, on prédisait la mort des agences de presse et de la presse écrite, se remémore-t-il. C'est comme si j'étais arrivé à la tête du Parc jurassique! Or, comme les autres grandes agences de presse, l'AFP est en constante évolution.»

Si bien que, depuis 2005, le nombre de clients de l'AFP a bondi de 35 %, principalement du côté des diffuseurs télé et des sites d'information Web, ce qui a compensé largement la perte de clients issus de la presse écrite.

Pour répondre aux besoins de sa clientèle – des médias répartis dans 150 pays du monde –, l'Agence a accru son offre de photos et de vidéos au cours des deux dernières années, de sorte qu'aujourd'hui la vidéo représente près de 10 % de l'information qu'elle produit, comparativement à 1 % il y a quatre ans.

«C'est 100 vidéos par jour pour autant de sujets», a précisé Emmanuel Hoog tout en soulignant que «l'écrit reste la colonne vertébrale de l'AFP, car seul l'écrit permet de structurer la réflexion, de donner une cohésion aux images».

L'AFP et le français

Créée en 1944, l'AFP est la troisième agence d'information en importance, après les agences Associated Press et Reuters.

Elle compte 1500 journalistes et 2260 collaborateurs de 80 nationalités. Chaque jour, elle diffuse des milliers de dépêches de tous les formats dans six langues : anglais, allemand, arabe, espagnol, portugais et, bien entendu, français.

Cet état de fait illustre, selon M. Hoog, que «la mondialisation fait partie de l'ADN de l'Agence».

Et le français y occupe toujours une place importante : sur 6000 dépêches rédigées quotidiennement, 2500 sont en français. «Bien que notre rôle ne soit pas de défendre la langue française, nous contribuons à sa promotion, à sa notoriété et à son influence dans le monde», conclut-il.

Martin LaSalle


 

L'AFP et le groupe djihadiste État islamique

Exit le terme «État islamique» pour désigner l'organisation armée djihadiste : afin de ne pas jouer le jeu de la propagande, l'AFP a récemment décidé d'utiliser plutôt les expressions «l'organisation État islamique», «le groupe État islamique» ou «les djihadistes de l'EI».

Pour Emmanuel Hoog, cette organisation ne peut prétendre être un État, puisqu'elle n'a ni frontières ni reconnaissance internationale.

De plus, l'AFP a décidé de ne plus accepter les productions de pigistes originaires des régions où sévit l'organisation terroriste pour éviter qu'ils se mettent en danger.