La persévérance scolaire à l'heure du transfert des connaissances

  • Forum
  • Le 29 septembre 2014

  • Paule Des Rivières

Le taux de diplomation passe de 88 à 69 % selon que l’élève fréquente  une école de milieu favorisé ou moins bien nanti. (Photo: Thinkstock)Les recherches sur la persévérance scolaire, au Québec et ailleurs dans le monde, pourraient garnir plusieurs rayons de plusieurs bibliothèques. De sorte qu'aujourd'hui, après 40 ans d'études, les pratiques pédagogiques les plus efficaces sont bien connues.

 

Mais il y a souvent loin de la théorie à la pratique. Et c'est bien ce qui désole Michel Janosz, professeur à l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal.

«Nous possédons suffisamment de connaissances pour contrer plus efficacement le décrochage scolaire. Mais comment faire pour que ces pratiques soient déployées à l'échelle du Québec?» demande-t-il à quelques jours d'un colloque qui, à l'occasion des 27es Entretiens Jacques-Cartier, réunira des ex-perts du Québec et de France, soit des universitaires, bien entendu, mais également des décideurs, dont des directeurs généraux de commissions scolaires.

Michel JanoszCar là se trouve la clé du succès, selon cet expert, dans les échanges entre universitaires et intervenants sur le terrain. Et M. Janosz est formel : les échanges doivent se faire dans les deux sens.

«Le temps où nous, chercheurs, arrivions dans les écoles avec la bonne nouvelle est révolu et c'est heureux, souligne M. Janosz. En même temps, les gens sur le terrain savent aujourd'hui qu'ils ne peuvent réussir seuls.»

Et, si le nombre de décrocheurs a baissé au cours des 10 dernières années, il n'y a toujours aucune raison de pavoiser, puisque 50 % des garçons de milieux défavorisés décrochent avant d'avoir terminé leurs études secondaires. C'est alarmant. Et le taux de diplomation passe de 88 à 69 % selon que l'élève fréquente une école de milieu favorisé ou moins bien nanti.

«Il y a de petits progrès, mais, en chiffres absolus, cela donne beaucoup de jeunes qui peinent à obtenir un diplôme, à un moment de leur vie où c'est important», rappelle-t-il.

Mais quelles sont ces pratiques gagnantes encore inconnues d'un trop grand nombre d'écoles? Avant toute chose, M. Janosz mentionne le développement des compétences en lecture.

Incontournable évaluation

«Ma collègue de l'Université du Québec à Montréal Monique Brodeur sera au colloque et c'est elle la spécialiste. Nous privilégions la méthode d'enseignement dite explicite de la lecture, servie avec un encadrement dont les enfants en milieux défavorisés ont besoin. Cette approche est extrêmement bien documentée et a fait ses preuves. Mais, au Québec, elle n'est pas suffisamment appliquée», indique M. Janosz, qui était le principal maître d'œuvre de l'évaluation du programme Agir autrement, mis sur pied au tournant des années 2000 dans 778 écoles de milieux socioéconomiques faibles et visant à contrer les écarts de réussite avec un ensemble de mesures sociales et pédagogiques. À la lumière de cette expérience, il conclut que l'évaluation des expériences est plus nécessaire que jamais. Et ce sera là un des thèmes du colloque des 2 et 3 octobre, où le recteur de l'Université de Montréal, Guy Breton, prononcera l'allocution de clôture.

Connaître l'efficacité véritable d'une pratique est une condition essentielle pour justifier son implantation à large échelle. «L'évaluation doit être au cœur de nos actions. Comment savoir si une pratique est exportable dans les autres écoles si elle n'a pas été évaluée rigoureusement?» s'interroge M. Janosz. Or, les lacunes sont béantes à ce chapitre, autant dans le milieu scolaire qu'au sein des organismes communautaires présents à l'école et qui proposent soit de l'aide aux devoirs, soit des repas ou des activités culturelles et sportives.

«Nous nous améliorons, mais il reste encore beaucoup, beaucoup de travail à faire», ajoute-t-il. Et, s'il est indéniable que les Québécois ont plusieurs atouts en matière de persévérance scolaire, sur le plan de l'évaluation de la pratique enseignante, les Français semblent avoir certaines longueurs d'avance. C'est l'un des sujets qui sera abordé au colloque.

L'évaluation de sa pratique requiert du temps et un savoir-faire. «L'université a un rôle central à jouer dans l'acquisition d'expertise par les milieux et l'amélioration de leurs propres capacités évaluatives.» Pour M. Janosz, il est plus que temps que l'université s'engage dans un partenariat de transfert des connaissances avec les milieux éducatifs.

Paule des Rivières


 

Parents, gestionnaires et enfants

La collaboration avec les parents est indispensable. Mais, si ces derniers ne parlent pas le français ou le lisent mal, les feuilles d'information que l'on glisse dans le sac de l'élève sont parfaitement inutiles. Il faut établir la communication autrement afin qu'ils soient informés de ce que fait leur enfant à l'école.

Quant aux enfants en difficulté, ce n'est pas tant un manque de ressources financières que la répartition des ressources existantes qui est en cause. «Souvent, signale M. Janosz, on répond à la demande qui est la plus visible pour laisser tomber lorsque le symptôme d'un trouble disparaît. Mais plus tard, souvent lors du passage du primaire au secondaire, les difficultés refont surface. On privilégie trop souvent l'intervention pompier.»

Et les gestionnaires? Là encore, des bonnes pratiques sont recensées mais pas nécessairement en vigueur. Les études ont démontré que les directeurs d'école sont plus efficaces lorsque les gestionnaires sont des leaders pédagogiques. Les compétences en gestion administrative ne suffisent pas.

Or, toutes ces informations sont aujourd'hui parfaitement connues. Il faut désormais travailler à leur application dans toute la province, plaide Michel Janosz. Et le succès viendra du dialogue entre les chercheurs et les praticiens sur le terrain. «Pas dans une optique top down ou le contraire, mais dans un échange et un enrichissement réciproques. N'oublions pas que de bonnes idées, lorsqu'elles subissent le test de la réalité, doivent souvent être rectifiées.»