La pollution de l'air affaiblit le cœur

  • Forum
  • Le 29 septembre 2014

  • Mathieu-Robert Sauvé

Fumée de cigarette, gaz d’échappement, émanations de centrales au charbon du nord-est des États-Unis… Difficile de dire dans quelle proportion la pollution atmosphérique est responsable des maladies cardiovasculaires. (Photo: Thinkstock)La pollution de l'air fait tousser, mais a-t-elle des effets sur notre cœur? «Oui, répond sans hésiter le cardiologue François Reeves. Les particules fines en suspension dans l'air pollué, ainsi que l'ozone, le monoxyde de carbone, le dioxyde d'azote et le dioxyde de soufre, sont si petites qu'elles traversent aisément les alvéoles de nos poumons pour atteindre notre système sanguin qui les véhicule vers le cœur.

 

Ces particules causent un stress oxydatif et une inflammation, un peu comme l'oxydation cause la rouille et l'encrassement d'un tuyau en métal.»

Depuis la publication de son livre Planète cœur en 2011 (coédité par les maisons MultiMondes et du CHU Sainte-Justine), le Dr Reeves a donné plus de 200 conférences sur le sujet en Europe, en Asie et au Canada. La version anglaise mise à jour, Planet Heart, vient de paraître chez Greystone Books, un important éditeur canadien. Cette réédition lui permet de mieux faire connaître la discipline qu'il a nommée «cardiologie environnementale» ou écocardiologie. L'auteur revient tout juste de Genève, où il était invité au premier colloque sur le climat et la santé de l'Organisation mondiale de la santé. À l'issue de la rencontre, on l'a invité à rédiger l'éditorial du numéro à paraître du British Medical Journal. Le sujet :qu'est-ce que la cardiologie environnementale?

La thèse du Dr Reeves repose sur de multiples études, tant en épidémiologie qu'en cardiologie ou en sciences de l'environnement, qui convergent vers un constat : plus un environnement est pollué, plus les cas de maladies cardiovasculaires croissent dans la population. «Une augmentation de une partie par million de monoxyde de carbone provenant des tuyaux d'échappement équivaut à une hausse de un pour cent des hospitalisations pour décompensation cardiaque; à chaque augmentation de 10 microgrammes par mètre cu-ble de particules fines dans l'air, on observe une hausse de 10 à 20 % de la mortalité cardiovasculaire», résume ce cardiologue d'intervention.

Fumée de cigarette, gaz d'échappement, émanations de centrales au charbon du nord-est des États-Unis... Difficile de dire dans quelle proportion la pollution atmosphérique a rendu malades les personnes que le spécialiste opère à l'Hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval ou à l'Hôtel-Dieu du CHUM. D'autant plus que l'alimentation industrielle (qui contient en abondance gras trans et saturés, sucres ajoutés et sel) contribue aussi à la détérioration des artères. Il demeure que la pollution de l'air seule a un effet direct sur la santé publique, comme l'a démontré en 1993 dans le New England Journal of Medicine une équipe de l'Université Harvard qui a suivi des milliers d'hommes et de femmes sur 15 ans dans six villes américaines. La plus polluée était la plus meurtrière. Plus de 55 % des décès étaient d'origine cardiaque. C'était la première fois qu'on associait aussi directement pollution et mortalité cardiaque.

François ReevesPour écrire son ouvrage de vulgarisation qui lui a demandé cinq ans de travail, le Dr Reeves confie être sorti de sa zone de confort et s'être aventuré du côté de l'épidémiologie et des sciences environnementales. Il en est revenu plus convaincu que jamais de l'urgence d'agir. Il faut, selon lui, éliminer autant que possible l'utilisation des combustibles fossiles et réintégrer l'arbre dans tout aménagement urbain. Dans son livre, il parle des plans du futur site d'Outremont de l'Université de Montréal comme d'un exemple d'aménagement des espaces verts dans un tissu urbain à échelle humaine qui intègre le dernier cri des énergies renouvelables et dont l'empreinte carbone est minimale, articulé autour d'un train de banlieue et de trois stations de métro.

Pour lutter contre les îlots de chaleur, il a lancé la Journée de l'arbre de la santé, qui attire un nombre croissant de bénévoles sur les terrains des hôpitaux du Québec. «J'ai grandi dans le secteur de la Cité-de-la-Santé de Laval et je me souviens d'être allé m'y promener, enfant. Les jolies forêts emplies d'oiseaux ont été rasées et le ruisseau est devenu le fossé longeant l'autoroute. Coupe à blanc. Éradication d'un milieu riche.»

Son initiative, qui en était à sa septième année le 24 septembre, est devenue un happening pour le personnel et les patients volontaires, et s'est étendue à d'autres centres de santé au Québec. On a planté au total quelque 3000 arbres dans différents lieux.

Autre raison d'espérer : la progression des véhicules hybrides et tout électriques dans le parc automobile. Le Dr Reeves a calculé que, si chaque Québécois remplaçait son véhicule à essence par un véhicule hybride ou électrique (ce que lui-même a fait en 2006), les objectifs de réduction des gaz à effet de serre tels qu'ils sont définis par le protocole de Kyoto seraient atteints instantanément.

Dans la première édition de son livre, il déplorait que le plus grand évènement de la course automobile, la formule 1, ne fasse aucune place au moteur électrique. «En seulement trois ans, les choses ont changé. Il existe maintenant une formule 1 électrique, la formule E. Beau message.»

Mathieu-Robert Sauvé