GHB : les spécialistes s'attaquent au comportement plutôt qu'au produit

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  • Le 6 octobre 2014

Pierre Brisson, auteur de Prévention des toxicomanies : aspects théoriques et méthodologiques, dont la réédition est parue aux Presses de l'Université de Montréal il y a quelques semaines, pense que le GHB a surtout contaminé... l'opinion publique. «C'est une véritable intoxication médiatique, lance-t-il. Dans les faits, le GHB est une drogue assez peu présente dans les bars et discothèques.»

 

 

Il est faux de croire que des hommes se tiennent dans ces lieux avec des flacons de GHB dans les poches. La façon la plus commune et la moins risquée d'amener une victime à succomber à ses avances, c'est encore pour l'agresseur de lui payer un verre, puis un autre et encore un autre. D'où l'importance de demeurer vigilante lorsqu'on est courtisée dans ce genre de contexte.

Quant aux usages «récréatifs» du psychotrope en question, le chargé de cours au Certificat en toxicomanies met en garde les amateurs contre l'effet combiné de la substance avec l'alcool. «La règle est de ne jamais mélanger deux dépresseurs. L'effet est synergique et peut aller jusqu'à entraîner la mort si la dose est importante. C'est rare mais possible.»

M. Brisson tient à souligner que le GHB est d'abord un hypnotique qu'utilisait son créateur, le médecin et neurobiologiste français Henri Laborit (1914-1995), pour récupérer en cas de manque de sommeil. Il ne s'en cachait pas et en offrait même à ses collaborateurs afin de les aider à trouver le repos.

Pas de «drogue du viol»

Jean-Sébastien Fallu, professeur à l'École de psychoéducation de l'UdeM, déteste l'expression «drogue du viol», qui associe beaucoup trop directement un comportement criminel – une agression – et une substance. De plus, cette expression occulte l'usage récréatif du GHB et cible une substance en particulier alors qu'on sait que plusieurs autres peuvent être utilisées à cette fin.

Provoquer une amnésie par une substance psychotrope – avant même le GHB, le Rohypnol avait eu droit au titre de drogue du viol – demeure une pratique dangereuse. De plus, le geste consistant à verser un produit dans le verre d'une tierce personne est un acte criminel passible de poursuites.

Le GHB ne fait pas partie des substances les plus dangereuses qu'on puisse trouver. Selon une liste des produits licites ou illicites auxquels la population est exposée, le GHB arrive 18e sur 21, bien après les drogues les plus répandues.

Cela dit, M. Fallu rappelle que les traces de GHB disparaissent très rapidement de l'organisme. Sans remettre en question les données du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale du Québec, ce phénomène pourrait fausser les données. «Il y a trop d'anecdotes de soumissions chimiques pour tout mettre sur le dos de l'alcool», fait-il observer.

Reste entière la question de la pureté des substances achetées dans la rue. Si le GHB est un produit pharmaceutique connu pour traiter l'insomnie, la cataplexie et l'alcoolisme ailleurs qu'au Canada, ce qu'on trouve sur le marché noir est souvent du gamma-butyrolactone ou GBL. Il s'agit, selon le professeur, du «précurseur chimique du GHB, qui est transformé in vivo [plutôt qu'in vitro] en GHB, mais qui est par le fait même plus toxique».

M.-R.S.

 

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