La science remet les coureurs dans le droit chemin

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  • Le 14 octobre 2014

La course à pied peut rimer avec plaisir et performance... pourvu qu'on évite les blessures, rappelle M. Dubois.En se basant sur des centaines d'études scientifiques, un physiothéra­peute du sport assure qu'on peut courir sans se blesser... à condition de ménager son corps, mais aussi en optant pour des chaussures mini­malistes qui respectent la bioméca­nique naturelle du coureur.

 

Blaise Dubois, une référence mondiale en matière de prévention des blessures en course à pied, a donné une confé­rence sur le sujet à l'Université de Montréal le 2 octobre devant plus de 150 personnes, étudiants, soignants et curieux, la plupart coureurs.

 

Courir, c'est s'offrir la liberté, une meilleure santé et, en théorie, du plaisir. Mais les coureurs à pied le savent bien, cette quête est sou­vent ralentie ou stoppée par les blessures, ponctuelles ou récidi­vantes. Pour beaucoup, c'est une fatalité inhérente à ce sport, qui peut décourager même les plus déterminés.

Pourtant, à en croire M. Du­bois, la course à pied peut rimer avec plaisir et performance sans conduire à cette zone sombre des blessures à répétition.

Sa démonstration voulait s'af­franchir des partis pris et des ap­proximations en s'appuyant sur plus de 1500 publications scienti­fiques qui ont exploré de près ou de loin la course à pied. Cette ma­tière, Blaise Dubois l'a déchiffrée et analysée, et sa conférence, comme les formations qu'il dis­pense désormais partout dans le monde à des médecins, physiothé­rapeutes, kinésiologues et cou­reurs, se fondaient sur ces don­nées probantes.

La première cause de blessure semble tomber sous le sens : c'est un mauvais dosage entre l'entraî­nement – sa durée, son intensité –, et ce que le corps peut endurer. «Quatre-vingts pour cent des bles­sures sont liées à une mauvaise quantification du stress mécanique, une surutilisation du corps; c'est trop de vitesse, de volume... C'est très important de respecter une progres­sion et d'écouter son corps», a préci­sé Blaise Dubois.

Mais c'est une autre donnée qui frappe l'esprit parce qu'elle est à contre-courant de ce que font la plupart des coureurs des pays dé­veloppés. Ainsi, courir avec des chaussures qui intègrent plusieurs technologies (support, stabilité et absorption) serait à l'origine de bien des blessures.

Une étude de Daniel Lieberman, du département de biologie de l'évo­lution humaine de l'Université Har­vard, datant de 2009, démontre qu'en utilisant des chaussures «techniques» la plupart des cou­reurs posent au sol d'abord le talon, ce qui entraîne un choc et donc pos­siblement des dommages muscu­laires, tendineux et articulaires. Ce n'est pas le cas quand on court pieds nus ou avec des chaussures mini­malistes, c'est-à-dire légères, sans système d'absorption et limitant au maximum l'interférence entre le sol et le pied.

Une autre étude, d'abord pu­bliée en 2008 par Craig Richards, de l'Université de Newcastle, en Australie, et reconduite récem­ment par Blaise Dubois et Jean- François Esculier, de l'Université Laval, a cherché à savoir sur quels principes reposaient les conseils (et donc les allégations des fabri­cants) au sujet des chaussures de course à pied. Le constat est clair. «Les nouvelles techniques présen­tées par les compagnies de chaus­sures sont sans aucun fondement scientifique solide», prétend Blaise Dubois.

Le pied de l'homme moderne serait donc conçu pour «tester» le terrain par l'avant, permettant ainsi de réduire les risques de bles­sures, et pour recycler une partie de l'énergie dépensée au moment de l'impact. Cette adaptation au­rait une origine très ancienne : la course d'endurance fut un avan­tage déterminant au cours de l'évolution humaine, grâce à la­quelle nos ancêtres ont pu chasser des proies plus rapides mais bien moins endurantes.

Pour comprendre les blessures du coureur à pied d'aujourd'hui, il faudrait retourner aux origines de l'homme. «Sommes-nous plus in­telligents que ce que dit l'évolu­tion?» interroge Blaise Dubois, qui ajoute que courir pieds nus ou avec des chaussures minimalistes est particulièrement conseillé aux en­fants et aux débutants, et ne pose aucun problème pour les personnes en surpoids : «Elles développeront d'autant mieux leur capacité à allé­ger leur foulée au maximum.»

Toutefois, ce professionnel qui souhaite «remettre en question cer­taines évidences pour éveiller le sens critique» fait observer que cou­rir avec des chaussures minima­listes n'est pas un remède miracle : «Je le répète, le corps s'adapte dans la mesure où le stress appliqué n'est pas plus grand que sa capacité d'adaptation.»

Il faut ainsi ménager une tran­sition et être à l'écoute de son corps pour profiter des avantages de la course à pied. Au cours de la conférence, que donne également Rémi Bergeron, physiothérapeute formé à l'UdeM, Blaise Dubois a rappelé que «courir régulièrement réduit le risque relatif de décès de 63 %» et il a surtout prodigué de précieux conseils : rechercher la simplicité, respecter une cadence de 170 à 190 pas par minute, ne pas s'étirer avant l'effort, limiter la prise d'anti-inflammatoires, cou­rir au moins quatre fois par se­maine et bien se nourrir.

Frédéric Berg
Collaboration spéciale