Mordu d'odontologie judiciaire

 Le Dr Sylvain Laforte est un dentiste un peu spécial. En plus de sa pratique dans une clinique de Verdun, il se consacre à l'odontologie judiciaire depuis 2004. Il a répondu à la demande d'un de ses anciens professeurs de l'Université de Montréal qui cherchait à former une relève. Robert Dorion, l'un des spécialistes mondiaux de cette branche de la médecine dentaire, a exercé seul cette science pendant une grande partie de sa carrière. « C'est une discipline fascinante, dit le jeune dentiste rencontré entre deux patients dans son cabinet du sud-ouest de Montréal. Vous savez, chaque individu a ses particularités dentaires. Quand on peut récupérer les radiographies de la victime et les comparer avec les fragments trouvés sur les lieux d'un accident ou d'un meurtre, cela contribue à établir l'identité du cadavre. »

Les fragments d'os carbonisés et les dents qui ont été tirés des décombres à la suite de la tragédie du 6 juillet 2013 de Lac-Mégantic ont posé des problèmes inédits à l'équipe. « L'intensité de l'incendie a rendu notre travail extrêmement ardu vu le degré extrême de carbonisation », raconte Sylvain Laforte, dont l'expertise en dentisterie a permis d'identifier plusieurs des victimes. Cette tragédie a été horrible autant pour les familles que pour les professionnels qui y ont travaillé, souligne-t-il. « Difficile de trouver des mots assez puissants pour décrire nos émotions au cours du processus. »

Le Dr Sylvain Laforte analyse les restes de la dentition des cadavres afin de documenter leur identité. Il suit les traces du pionnier de la discipline, Robert Dorion.L'identification par ADN, de plus en plus courante, ne menace en rien l'équipe d'odontologie judiciaire. Alors que la pluie, la moisissure et la décomposition peuvent altérer les traces moléculaires d'une victime, l'émail de la dent humaine est presque aussi résistant que le diamant. Il peut mettre des milliers d'années à se décomposer, comme en témoignent les restes des momies exhumées des pyramides d'Égypte. Certaines ont encore leur dentition presque intacte. Outre le professeur Dorion et le Dr Laforte, les Drs Sylvain Desranleau, Marie-Josée Perron et André Ruest forment l'équipe d'odontologie judiciaire au laboratoire montréalais.

Dominique Nancy

Cet article est extrait de la revue "Les diplômés" (n°427)