Un microbiologiste laisse ses empreintes... en science

Grâce au laser, Alexandre Beaudoin fait apparaître une empreinte de main invisible à l'oeil nu.Depuis 125 ans, on utilise les empreintes digitales pour identifier les criminels. En 2004, un jeune chercheur de la Sûreté du Québec (SQ), Alexandre Beaudoin, a mis au point une technique permettant de les faire ressortir sur des surfaces poreuses comme le papier et le carton, même quand celles-ci sont mouillées.

C’est grâce à un colorant utilisé couramment dans les laboratoires de microbiologie, la Oil-Red-O, que des traces de lipides résultant de manipulations sont mises au jour. La technique est aujourd’hui employée par des laboratoires de science judiciaire des quatre coins du monde.

« Je dois cette innovation à ma formation scientifique, car ce colorant est très commun dans les labos ; je n’ai fait que l’adapter à la science judiciaire », dit en souriant ce gaillard originaire de Drummondville. Fils d’un agent de la SQ, Alexandre Beaudoin a « grandi dans des postes de police » et s’est rapidement senti happé par la recherche scientifique.

Bien qu’elles soient un peu à l’ombre des prouesses de l’ADN, les empreintes digitales ont encore leur pertinence pour les enquêteurs, mentionne le spécialiste. « Sur les lieux d’un crime, les empreintes digitales sont généralement récentes alors que les traces d’ADN peuvent être là depuis des mois, voire des années. Or, le facteur temps est capital dans une enquête », donne-t-il en exemple.

De plus, les services policiers disposent de banques de données riches, car chez tout suspect on relève les empreintes des 10 doigts depuis 1911 au Canada et de la paume des mains depuis une dizaine d’années. Les banques de données génétiques ne remontent, elles, qu’à deux décennies tout au plus. On trouve dans les banques internationales les empreintes de millions de criminels condamnés. « Pour formuler des accusations, les enquêteurs doivent disposer de plusieurs preuves ; les empreintes digitales sont ainsi un excellent élément de soutien des enquêtes. »

Les empreintes digitales sont des traces personnalisées de notre passage et, à moins de porter en permanence des gants de caoutchouc, on les laisse autour de nous sans nous en apercevoir. Francis Galton, qui a écrit l’un des premiers ouvrages sur la question, Fingerprints, évaluait à 1 sur 64 milliards les possibilités de découvrir deux empreintes identiques. Même les jumeaux monozygotes n’ont pas les mêmes motifs cutanés.

Entré au service de la criminalistique de la SQ en 2000, Alexandre Beaudoin avait déjà en poche un baccalauréat en microbiologie et immunologie de l’Université de Montréal. Il a poursuivi son parcours universitaire avec une maîtrise internationale en évaluation des technologies appliquées à la criminalistique en 2010 et fait actuellement un doctorat à l’Université de Lausanne, en Suisse. Son employeur, souligne-t-il, encourage les études aux cycles supérieurs parmi les membres du personnel désireux d’approfondir leurs connaissances dans le domaine.

Chargé de la recherche et du développement, Alexandre Beaudoin est à l’origine de l’acquisition d’un appareil au laser qui fait ressortir des traces par luminescence sur des pièces à conviction. Dans le local sans lumière où il déclenche le mécanisme, on peut apercevoir distinctement des traces de doigt sur une feuille de papier. Sur un pantalon, de minuscules morceaux de textile provenant d’un autre vêtement ressortent par fluorescence. Autant d’indices supplémentaires pour incriminer un suspect. Quant à Alexandre Beaudoin, il souhaite laisser ses empreintes… en science judiciaire.

Mathieu-Robert Sauvé

Cet article est extrait de la revue "Les diplômés" (n°427)