Dominique Anglade, l'ingénieure qui voit grand

Dominique AngladeÀ 10 ans, Dominique Anglade voulait savoir comment on devient pape. Elle n'a jamais cessé de voir grand. Ingénieure et gestionnaire engagée, elle pense que l'éducation est la clé de la réussite.

« Ambition. Audace. Ardeur. » Ces trois mots figurent sur le premier rapport annuel que Dominique Anglade signe à titre de présidente-directrice générale de Montréal International. Des mots à l'image de la motivation profonde qui anime la diplômée en génie industriel de Polytechnique Montréal (1996) et titulaire d'une maîtrise en administration des affaires de HEC Montréal (2003). Ambition ? À 10 ans, c'est elle que sa classe désigne pour poser une question au pape Jean-Paul II lors de sa venue au Québec en 1984. Lorsque vient son tour, la petite Dominique demande : « Puis-je être pape ? » Le saint-père la bénit sans toutefois lui répondre...

Audace ? En sixième année du primaire, elle et ses camarades de classe doivent nommer leur principale qualité, en préparation de leur confirmation. Tandis que les garçons s'enorgueillissent d'être bons au hockey, la première qualité qui vient en tête de Dominique Anglade est « Ma volonté »!

Ardeur ? Ses parents – Georges Anglade et Mireille Neptune, qui ont péri tragiquement lors du séisme qui a secoué Haïti en 2010 – étaient des personnes cultivées et scolarisées qui ont inculqué à leurs filles Pascale et Dominique le désir de se surpasser. « D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé que les choses marchent et j'ai toujours su qu'il fallait prendre les moyens nécessaires pour ce faire », affirme-t-elle avec aplomb.

Passionnée par la gestion et l'engagement social

C'est à 15 ans que Dominique Anglade choisit ce qu'elle fera dans la vie : ingénieure industrielle. Elle aime le côté pratique de cette profession. « J'ai songé à la médecine, mais j'étais trop sensible à la douleur des autres et, surtout, je ne comprenais rien à la biologie », se souvient-elle. Et le droit ? « Il y avait trop de lecture à faire ! » lance-t-elle en rigolant.

Non seulement elle fixe son choix de carrière à un jeune âge, mais elle trace même son parcours scolaire en sélectionnant les cours qu'elle suivra à Polytechnique Montréal... tout en songeant à la maîtrise qu'elle fera par la suite !

Étudiante brillante, Dominique Anglade se spécialisera dans la gestion des processus opérationnels. Elle ne peut toutefois se contenter d'étudier. Elle ressent un grand besoin de s'engager socialement « pour réaliser et accomplir des choses ».

Elle prend part aux concours québécois et canadiens d'ingénierie, devient présidente de l'Association des étudiants de Polytechnique, siège au Parlement jeunesse du Québec. « J'étais de toutes les activités parascolaires. J'aimais ça autant, sinon plus que mes études ! » ajoute Mme Anglade, aujourd'hui âgée de 40 ans.

Après son baccalauréat, elle amorce sa carrière de gestionnaire chez Procter & Gamble en Ontario. Au bout de deux ans, elle est promue chef d'un service des opérations qui compte une centaine d'employés. Puis elle rejoint les rangs de Nortel, à Montréal, où elle occupe différentes fonctions de planification avant de devenir directrice des affaires externes et gouvernementales pour le Québec. En parallèle, elle termine sa maîtrise à HEC Montréal.

En 2005, McKinsey & Company la recrute pour accompagner les dirigeants de grandes entreprises engagées dans des transformations organisationnelles majeures.

L'ampleur de ses réalisations scolaires et professionnelles lui vaut de nombreuses récompenses, dont la plus récente qui la désigne aux yeux du Forum économique mondial parmi les jeunes leaders de demain à l'échelle internationale (Young Global Leaders 2014).

Voir grand et loin

Se dépasser et inciter les autres à en faire autant, c'est ce à quoi Dominique Anglade s'applique depuis sa nomination, en novembre 2013, à la tête de Montréal International, un organisme dont la mission est de promouvoir le développement économique de la métropole et son positionnement sur la scène internationale.

Motivée par la capacité de Montréal à attirer des investissements étrangers qui créeront de la valeur par laquelle on améliorera le sort d'un plus grand nombre de personnes, elle juge que la métropole a « besoin d'ambition ». « Montréal doit rompre avec son excès de modestie et cesser d'être un secret bien gardé sur le plan international, soutient-elle. La métropole possède un pouvoir d'attraction extraordinaire grâce aux talents et à la diversité culturelle qu'on y trouve, aux deux principales langues qu'on y parle, sans oublier la méritocratie qui règne ici et partout au Canada », s'anime-t-elle.

La méritocratie, c'est cette possibilité que tous peuvent avoir les mêmes chances de réussir. À fortiori lorsqu'on fait preuve d'ambition, d'audace et d'ardeur !

Éduquer pour réduire les inégalités

Dominique Anglade est consciente que tous ne partent pas avec les mêmes chances dans la vie.

Celle qui a été présidente de la Coalition Avenir Québec de janvier 2012 à novembre 2013 soutient que le Québec doit faire mieux en matière d’intégration des immigrants, en plus de se servir de l’éducation comme outil de lutte contre les inégalités sociales.

Elle s’indigne d’ailleurs d’une statistique sur la réussite scolaire. « Il est absolument révoltant de constater que 30% des élèves entrent au secondaire en éprouvant des difficultés soit en écriture, soit en lecture, ou même dans les deux; c’est un non-sens qui mine les chances de réussite. »

Si elle était ministre de l’Éducation, sa priorité serait de faire en sorte que tous les enfants sachent lire et écrire à la fin de leur deuxième année du primaire. « Bien connaître la langue, c’est la base de tout : ne faisons qu’une seule chose, mais faisons-la bien et le reste suivra, car l’éducation mène à la créativité, à l’innovation, et contribue à combler les retards en matière d’égalité », conclut celle dont le retour en politique est «probable, mais pas avant plusieurs années».

Martin LaSalle

Cet article est extrait de la revue "Les diplômés" (n°427)