Louise Caouette-Laberge fait sourire l'Afrique

Un enfant africain découvre son nouveau visage après la chirurgie.En Afrique, les enfants qui naissent avec un bec-de-lièvre sont souvent bannis par leur communauté. Avec son équipe de bénévoles, la Dre Louise Caouette-Laberge leur redonne le sourire.

 

Il faut tout un village pour élever un enfant, dit un proverbe africain... et il faut parfois toute une équipe pour lui rendre le sourire ! C'est la mission que s'est donnée la chirurgienne plasticienne pédiatrique Louise Caouette-Laberge, du CHU Sainte-Justine, et professeure au Département de chirurgie de l'Université de Montréal. Spécialiste des fentes labio-palatines (becs-de-lièvre), elle a fondé en 2006 Mission Sourires d'Afrique (MSA), un organisme humanitaire qui a déjà permis d'opérer quelque 400 enfants au Burkina Faso, au Mali et au Cameroun.

La correction du bec-de-lièvre est une opération essentielle, car l'alimentation, la croissance et l'élocution des enfants en dépendent. Les bébés nord-américains qui en sont affligés sont d'ailleurs opérés dès l'âge de trois mois. Or, en Afrique, cette intervention est difficilement accessible. Et, pour ne rien arranger, les enfants ayant une malformation – surtout au visage – sont victimes de rejet. « Dans beaucoup de pays, ils sont une honte, une malédiction pour leur famille, explique la Dre Caouette-Laberge. Ceux qui survivent doivent souvent vivre cachés et ne peuvent ni aller à l'école, ni se marier, ni travailler... »

Premiers sourires

Lèvres supérieures fendues, dents et gencives apparentes, crevasse du nez au menton... Impossible de ne pas être touché par les portraits des dizaines de petits visages africains déformés, photographiés avant l'opération. Maison se rassure vite en voyant les photos des mêmes enfants réalisées sitôt après leur chirurgie de reconstruction faciale. Les résultats sont immédiats. Et spectaculaires.

« Regardez la fierté de cette jeune mère devant son enfant qui vient d'être opéré », mentionne Louise Caouette-Laberge en montrant une photo prise par Bernard Fougères, photographe qui a participé bénévolement à plusieurs missions et publié un livre sur le sujet. « Quand on conduit les parents en salle de réveil, ils sont tout émus, presque intimidés : ils regardent leur enfant comme s'il n'était pas le leur. »

Chaque mission de MSA dure une dizaine de jours, durant lesquels de 60 à 70 enfants sont opérés. Pédiatres, infirmières, anesthésistes... une vingtaine de bénévoles du monde médical y prennent part (sur une équipe de 40 personnes au total). Sans compter tous ceux issus du milieu des affaires, qui aident notamment aux campagnesde financement – une mission coûtant environ 80 000 $. La Fondation CHU Sainte-Justine appuie l'organisme depuis ses débuts, recueillant les dons et délivrant les reçus fiscaux.

« Notre priorité, ce sont les enfants de moins de cinq ans, porteurs de fentes du palais nuisant à la prononciation, précise la chirurgienne. Plus ils vieillissent, moins bonnes sont leurs chances qu'on puisse corriger leur langage. »

Trois jours de marche

En plus de son engagement humanitaire, la Dre Caouette-Laberge participe à la campagne de son alma mater.Certains patients doivent faire trois heures, voire trois jours de route pour se rendre à la salle d'opération. La Dre Caouette-Laberge raconte l'histoire de cet homme qui avait dû vendre une vache afin de pouvoir payer le transport en autobus de son neveu et de lui-même vers Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. «Heureusement, on avait les fonds pour leur offrir le retour et rembourser la vache ! » D'autres n'hésitent pas à revenir voir les membres de l'équipe de MSA, au cours d'une mission ultérieure, afin de leur montrer leur bambin et de les remercier.

Si les enfants ont la priorité, ils ne sont pas les seuls sur la liste d'attente. Adolescents et jeunes adultes peuvent avoir recours aux soins de l'équipe, indique Louise Caouette Laberge. Impossible cependant de soigner tout le monde. Une année, au Cameroun, la Dre Caouette-Laberge a noté les coordonnées d'une dizaine d'enfants trop jeunes ou pas assez en forme pour qu'on les opère afin de reprendre contact avec leur famille à la prochaine mission. L'année suivante, cinq d'entre eux étaient morts.

D'où l'idée d'accorder des bourses de formation à des chirurgiens africains ayant déjà ce type de clientèle pour qu'ils puissent améliorer leurs techniques. Et poursuivre le travail après le départ des bénévoles québécois. « Ils viennent travailler avec nous sur place, pendant 10 jours, signale-t-elle. C'est un excellent atelier d'apprentissage. »

Déjà six chirurgiens ont été formés de cette façon. Une fois autonomes, ils sont rémunérés par l'organisme international Smile Train, un partenaire de MSA basé à New York, qui leur permet d'opérer gratuitement à leur tour. « Ces bourses sont probablement notre meilleur investissement.

Isabelle Grégoire

Cet article est extrait de la revue "Les diplômés" (n°427)