Simon Brault homme de culture

Simon Brault. Image : UdeMIl faut commencer jeune à fréquenter les théâtres et les musées pour prendre l'habitude de la culture, estime le nouveau directeur du Conseil des arts du Canada. Comme pour l'activité sportive...

« Nous n'avons pas encore découvert une activité humaine qui puisse autant réenchanter nos vies, nos lieux de vie et notre monde que l'art : la culture est l'avenir de l'humanité parce qu'elle lui permet d'imaginer que cet avenir est possible et, plus encore, elle permet de le faire émerger. »

C'est par ces mots que Simon Brault concluait l'allocution qu'il a prononcée à l'occasion de la conférence internationale Staging Sustainability 2014, en février dernier à Toronto. Celui qui, quelques mois plus tard, allait devenir directeur et chef de la direction du Conseil des arts du Canada veut ancrer la culture, dont il considère le rôle comme vital, dans le développement durable.

« Une vision du développement qui refuse de prendre en compte la culture, comprise dans son sens le plus large, est forcément bancale parce qu'elle n'engage pas les populations en misant sur leur imaginaire et leur capacité de création », insiste Simon Brault.

Pour lui, on ne peut exprimer ni canaliser « les rêves, les espoirs, la créativité, les besoins ou les projets d'une collectivité [...] sans les arts, sans la culture et sans la référence au patrimoine et à la mémoire du monde ».

Cette vision de la culture et des arts, Simon Brault l'a forgée au fil des décennies. Après avoir suivi une formation en droit pendant deux ans, il quitte l'Université de Montréal en 1976 pour occuper, quelques années plus tard, un poste d'aide-comptable à l'École nationale de théâtre du Canada. Il entreprend alors des études de soir à HEC Montréal, où il fera deux certificats. En plus d'un baccalauréat, il obtiendra sa licence de CGA en 1986.

Une enfance baignée par les arts

« Mon père était scientifique et artiste, et ma mère est une grande lectrice de poésie et de fiction, confie-t-il. J'ai rapidement développé le goût des mots de sorte que, très jeune, j'ai compris que l'émancipation passait par les arts et la culture. »

À l'adolescence, il s'éprend de poésie québécoise et est fasciné par le mouvement surréaliste. Et aussi par le rock-and-roll ! « À 14 ans, j'ai lu l'ensemble de la collection Poètes d'aujourd'hui de Pierre Seghers, qui comportait à l'époque quelque 200 numéros mettant en valeur l'œuvre de poètes modernes et contemporains », se remémore M. Brault.

Sans doute avait-il été inspiré par le parcours de son oncle, Jacques Brault, poète et essayiste qui a aussi été professeur et chercheur au Département d'études françaises et à l'Institut d'études médiévales de l'Université de Montréal.

Son amour pour les arts l'incite à s'engager bénévolement au sein de nombreux organismes. En 1981, il passe la porte de l'École nationale de théâtre du Canada. Il en deviendra directeur général en 1997, après avoir gravi les échelons un à un.

Simon Brault sera également instigateur des Journées de la culture, puis cofondateur de Culture Montréal. En 2004, il est nommé vice-président du conseil d'administration du Conseil des arts du Canada, organisme dont il dirige les destinées depuis le 26 juin dernier.

L'ensemble de ses engagements et réalisations dans le domaine des arts et de la culture lui vaudra d'être promu officier de l'Ordre du Canada en 2005, puis de l'Ordre national du Québec en 2011.

Rehausser la fréquentation des lieux culturels

Depuis fin 2010, Simon Brault participe à titre de « porteur de vision pour le secteur culturel » à l'initiative Agenda 21C, qui vise à doter le Québec d'un programme culturel structuré et s'inscrit dans une mouvance internationale en faveur de l'intégration de la dimension culturelle dans les stratégies de développement durable.

Pourquoi cette initiative ? « Le Québec et le Canada vivent un foisonnement créatif dont le dynamisme est d'ailleurs confirmé par son rayonnement à l'extérieur des frontières, explique M. Brault. Toutefois, il existe un déséquilibre important entre l'offre culturelle et la fréquentation des lieux qui y sont associés : seulement de 20 à 30 % de la population au pays participe assidûment à des activités artistiques. »

L'un des défis qu'entend relever Simon Brault à la barre du Conseil des arts du Canada consiste à intéresser davantage les jeunes générations aux lieux et manifestations artistiques et culturels.

« Depuis les 10 dernières années, nous vivons un changement de paradigme en raison des nouvelles technologies de l'information, qui permettent d'accéder à une bonne partie de l'offre artistique sans fréquenter l'art, ajoute-t-il. Le spectacle vivant doit se réinventer. »

Un autre défi le préoccupe, celui d'élargir le goulot d'étranglement de l'offre culturelle, que les diktats du marché ont constitué. « Par exemple, en musique, on estime que 80 % des transactions mondiales d'achat de musique en ligne touchent moins de la moitié de 1 % de la production mondiale, ces échanges se faisant principalement au profit de quelques vedettes de musique pop, essentiellement nord-américaines. »

Simon Brault en est certain : « Il faut s'assurer d'éveiller puis d'entretenir le désir des jeunes à l'égard des arts, à défaut de quoi la culture commerciale dominante occupera tout l'espace culturel. » Pour ce faire, le Conseil des arts du Canada doit agir de pair avec le milieu de l'éducation, « en convergence avec les autres grandes missions de l'État et en complicité avec la société civile », afin d'initier les jeunes aux arts ainsi qu'à la pratique des arts.

« C'est comme l'éducation physique : il faut en faire jeune pour trouver le sport auquel on va s'adonner par la suite de façon régulière. » À cet égard, Simon Brault estime que l'art devrait être présent partout, dans les familles, les centres de la petite enfance et à l'école.

« Dans chacune de nos vies, les expériences que nous vivons et les émotions que nous ressentons sont intimement liées à la culture dont nous sommes issus et aux aspirations que façonne la création artistique, conclut-il. Tout ce que nous vivons et ressentons est lié à la culture et aux arts, qui sont les piliers de l'éducation et l'essence même de la durabilité du développement. »

Martin LaSalle

Cet article est extrait de la revue "Les diplômés" (n°427)